Les blogues de Parole sont des espaces ouverts aux dialogues, à l’échange et au partage. Les sujets sont vastes, citoyens et passionnants. Lecteurs et internautes sont appelés à prendre part au dialogue… Enfin le “je” devient le “nous”!
Fernand Melgar m’était un nom étranger, mais puisque les RIDM sont d’abord faites de ‘rencontres’, je n’ai pas manqué l’occasion de faire connaissance avec ce documentariste (suisse originaire du Maroc). En compagnie de Jean Perret du festival Visions du Réel et Denys Desjardins (animateur), il a offert à une salle remplie d’étudiants une classe de maître digne de ce nom.
D’entrée de jeu, Melgar avoue qu’il a fait très peu d’études, justifiant ainsi au passage un cinéma dénudé de commentaires et d’entrevues, comme s’il allait au-dessus des mots pour attraper l’expérience d’un moment vécu en plein vol. Le documentariste choisit de ne pas scénariser et ne rencontre presque jamais les personnages qu’il filme, de peur de les épuiser. Voilà déjà quelques manières de mettre la table pour recevoir la magie de la rencontre et de l’inattendu. La conviction de Fernand Melgar est que la fiction, la vraie fiction ne peut naître que de cette appréhension du réel.
Paraphrasant l’esprit d’un aventurier, Melgar dit ne pas faire de film. Car c’est le film qui le fait, et le défait. Il compare ainsi l’entreprise de ses réalisations à la démarche d’un sculpteur debout devant une pierre brute. Et à l’intérieur de cette matière vit déjà le film comme une oeuvre pré-existante. Son cheminement se révèle alors tel un parcours plein d’humanité et parsemé d’adages, à la manière d’un regard de sagesse qui s’impose devant soi.
“Rendre le présent présent est un présent.” est une autre citation qui porte bien les documentaires de Melgar.
Les courts extraits présentés lors de cette rencontre évoquent une esthétique du dévoilement et d’une grande sensibilité au mystère et de l’émergence de l’insoupçonné. Engagé, mais non militant, il filme sans pointer le doigt, mais bien avec un regard fait de compassion et d’empathie, car pour lui, on ne peut que capter des gens pour qui nous avons un certain amour.
Léopard d’or à Locarno, son dernier film La forteresse donne la réplique à Exit, le droit de mourir, portant sur l’euthanasie. Si Exit peint le portrait de ceux qui souhaitent quitter le monde et trouver assistance dans cette dernière démarche, La forteresse parle plutôt de ceux qui veulent arriver et s’intéresse aux immigrants en attente d’un verdict d’asile au Centre de Vallorbe.
En voulant se faire plaisir et enterrer les ennuis du métier, Fernand Melgar a un jour dressé 10 commandements, 10 interdits qui lui ont permis de redéfinir un “cinéma direct” propre à lui.
J’aimerais, à mon tour, souligner la richesse de leur héritage conceptuel qui s’articule, si je comprends bien, autour de la notion de biomimétisme.
Wiki définit le comme suit le biomimétisme:Le biomimétisme est une démarche consistant à reproduire artificiellement des propriétés essentielles d’un ou plusieurs systèmes biologiques.
Dans le vidéo que Sylvie a mis en ligne, le principal intéressé y va de sa définition (de ce qu’il appelle le design écologique): ‘“C’est la compréhension des lois qui régisssent les systèmes naturels et leur utilisation pour résoudre les problèmes humains. Ce design peut être mis à profit pour la création d’énergie, pour l’agriculture, pour le traitement des déchets, pour la restauration des écosystèmes … “
Voici un exemple simple, qui concerne la valorisation (énergétique) des déchets (putrescibles). Soit on les enfouit comme on l’a fait pendant des décennies à l’ancienne Carrière Miron et, éventuellement, on récupère le méthane (qui est produit par les bactéries qui digèrent ces déchets dans des conditions anaérobiques - en l’absence d’oxygène -) pour produire de l’énergie. C’est ce qu’on fait maintenant à la centrale de Gazmont, tout à côté de la Tohu.
Bien!
Soit on va plus loin, et on fait vraiment du biomimétisme ou désign écologique, en utilisant la connaissance qu’on a du processus de dégradation bactérienne des déchets putrescibles pour construire un système technique qui va produire le même métahne plus rapidement et en plus grande quantité. C’est précisément ce qu’envisage de faire la municipalité de Rivière du Loup en se dotant d’installations de production de biogaz qui propulseront les véhicules de la flotte municipale.
Bien, bien!
Mais on peut encore aller plus loin, beaucoup plus loin, parce que, dans les faits, le biomimétisme s’inscrit au sein d’un grand courant qui est en train de révolutionner la pensée humaine tout court, et non seulement ses réalisations techniques.
Voici donc ce qu’en dit, en quelques paragraphes, mon gourou, Thierry Gaudin.
Cette transformation – l’essence même du vivant devient informationnelle – est la représentation de la science moderne, après le vivant-machine du dix-huitième siècle et le vivant usine chimique du dix-neuvième siècle. Elle implique une modification fondamentale de la perception de l’homme : la nature, vivante ou inanimée, devient domptable par l’homme et peut, à terme, devenir le jardinier de sa planète et créer sa techno-nature.
La notion d’art intermédiaire est une des clés de cette nouvelle philosophie. Elle dit que la coupure, considérée comme allant de soi, entre le vivant et l’inanimé, doit être transgressée. On peut créer des êtres qui ne soient pas vivants, mais possèdent des caractères qui ressemblent à la vie. Et dans cette zone intermédiaire entre le minéral et le végétal, entre la molécule et le virus, se situe un lieu de création. L’homme considère enfin la planète comme son jardin. La destinée humaine devient enfin la mise en place du grand processus d’hominisation qu’est la techno-nature.
Et permettez-moi de terminer avec cette démonstation implacable à l’effet que l’organisation et l’arcitecture des systèmes naturels devraient nous inspirer dans l’élaboration de nos - nouvelles - architectures sociales: Dans un cerveau humain, il a quelque cent milliards de neurones. Tous, sans exception, sont connectés les uns aux autres. Pourtant. pas un seul ne commande. “Pas de chef et cependant ça marche!“
Voilà vraiment pouquoi les Todd sont géniaux!
P.S.
Une auteure australienne, Jane Cull vien tout juste de faire paraître son ouvrage: THE CIRCULARITY OF LIFE.
Dans la notice qui acompagne l’ouvrage, on peut lire: ” … elle applique les théories realtives aux systèmes vivants aux fins d’illustrer les bouleversements qui chambouillent notre vision du monde et qui constituent une clé dont on doit se saisir pour assurer la pérennité de notre espéce sur cette planète.“
C’est ce qu’a déclaré le Prix Nobel de la Paix 2007, ex vice-président des États-Unis d’Amérique et récipiendiare d’un ‘Academy Awards’ pour ’son’ film: UNE VÉRITÉ QUI DÉRANGE; il a fait cette déclaration, rapportée par l’AFP mais peu diffusée dans les média de masse, lors d’un rassemblement à propos du WEB 2.0 tenue à san Francisco.
« Internet a joué un rôle critique dans la victoire d’Obama … et a … permis de surmonter la crise démocratique que vivait jusqu’alors notre pays, laquelle freinait la lutte contre les changements climatiques … une des raisons qui expliquent le mal fonctionnement du système politique américain est l’influence malsaine des réseaux de télé et leur façon de fonctionner.»
«Puis vient Internet qui démocratise à nouveau l’info et c’est tellement formidable! Mais la télé essaie encore d’imposer sa sourdine à toutes ces formes vibrantes et vivantes d’info qui foissonnent sur le net.»
Ça m’a fait penser au musicien Goran Bregovic et sa pièce TV SCREEN, paroles de Iggy Pop
Gore ajoute que «ce qui est arrivé au cours de l’élection [d'Obama] nous fait voir toute une palette de possibilités nouvelles qu’on doit se hâter de mettre à profit.» Qu’après l’élection, «le WEB 2.0 est en quête d’une nouvelle mission (purpose)» ; il propose que «cette mission consiste à hâter l’émergence d’un niveau de conscience plus élevé en ce qui concerne notre relation avec la Planète Terre ainsi que les dangers imminents qui la menacent.»
Pour en hâter l’avènement, Gore fait désormais dans la télé et met sur pied son Current TV, une télé câblée qui puise son matériel de diffusion largement dans les clips ou nouvelles que les navigateurs téléversent sur le site! Une espèce de TV 2.0
Depuis le début de la semaine, les élèves que moi et mes collègues, Marie-Andrée Courval et Sylvain Piquette, accompagnons vivent une expérience marquante. Ici à Churchill, Manitoba, dans l’hiver qui s’installe nous découvrons une communauté qui vit à un autre rythme. C’est une petite ville qui s’est développée depuis les dernières années, après la fermeture de la base militaire, autour du tourisme (ours polaires) et des activités de transport ferroviaire.
Un train de marchandise à Churchill
Il y a deux types de gens qui demeurent ici: ceux qui viennent y travailler temporairement et ceux qui y vivent constamment. Ces deux groupes envoient leurs enfants à l’école secondaire Duke of Marlborough où une petite équipe d’enseignants tentent de les motiver à poursuivre leurs études. Au travers de ces deux catégories de travailleurs, il y a des gens issus des communautés Cris, Dene et les blancs. Tous semblent très bien cohabiter ensemble. Nous le voyons bien dans les classes et les corridors de l’école où nous logeons pour la semaine. Mais derrière certains sourires, il y a un sentiment de désabusement. Ils n’ont pas beaucoup de loisirs mais ils ont accès à un très beau centre communautaire où se trouve une piscine, un aréna, un théâtre, une bibliothèque et des aires de jeux. Ils passent donc beaucoup de temps ici.
Concernant les changements climatiques, lorsque nos étudiants posaient des questions pour le documentaire qu’ils tournent ici, nous avons été étonnés de voir qu’ils ne se sentaient pas vraiment concernés. Ils nous ont parlé de recyclage mais comme tout est importé ici et que pour protéger les aliments il y a suremballage, c’est clair qu’il y a plus de déchets. Ceux-ci sont entassés dans des hangars où ils congèlent et sont ensuite expédiés dans le sud dans les sites d’enfouissement. Donc, il y a certains bacs de recyclage mais ensuite tout est mis ensemble.
Chez nous, tout le monde parle de recyclage, d’économies d’énergie. Ici, même entourés de scientifiques travaillant sur la question, les étudiants ne discutent pas de ce sujet entre eux. C’est plutôt la motoneige, le hockey, le volleyball qui sont au centre de leurs conversations. Ils vont à l’école, vont souper à la maison et reviennent au centre communautaire voir leurs amis jusqu’à la fin de la soirée et retournent ensuite à la maison. Le week-end, ils regardent la télévision. Leur vie tourne autour de ces occupations, c’est pourquoi ils trouvent la vie à Churchill plus ou moins intéressante. Ils ne veulent pas rester ici, ils souhaitent aller ailleurs après leur secondaire. Donc, les enjeux des changements climatiques sont un sujet trop exotique.
Ce sont donc deux réalités qui se sont rencontrées, des jeunes du sud avec une éducation environnementale somme toute bien développée et des jeunes vivants dans l’un des derniers refuges de la nature et qui bien que sensibilisés ont d’autres priorités.
Nous revenons à Montréal demain. Notre blogue se poursuivra dans quelques jours pour suivre nos questionnements et nos réalisations lors du montage de notre documentaire.
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Christine est la productrice de Parole citoyenne. Elle est aussi une entrepreneure sociale, une journaliste, une pédagogue alternative et une tentative de yogini. Elle aime le vent, les espressos, le poisson cru et les pitous.