Les blogues de Parole sont des espaces ouverts aux dialogues, à l’échange et au partage. Les sujets sont vastes, citoyens et passionnants. Lecteurs et internautes sont appelés à prendre part au dialogue… Enfin le “je” devient le “nous”!
Voici les deux dernières capsules rendant compte de cette « incroyable aventure ».
Après avoir vécu le festival de Cannes pendant presque 10 jours, nous répondons de cette expérience en exprimant une deuxième fois nos impressions devant la caméra. Sentiments de déception, de tristesse et d’euphorie s’entremêlent dans ces témoignages captés lors de notre dernière journée de festival alors que nous nous apprêtons à passer une dernière soirée ensemble avant de nous quitter.
Côté cinéma, je ne m’attendais pas à ça, mais je repars de Cannes avec le sentiment d’en avoir beaucoup appris sur le « monde du cinéma » ainsi que sur moi-même en tant que cinéaste. Je comprends maintenant mieux les rouages de l’industrie du 7ème art et comment je peux m’y inscrire (encore faut-il le vouloir). Nul doute à ce propos, j’en ai plus appris en dix jours qu’en quatre ans sur la facette industrielle et commerciale du cinéma.
Je sais que je pourrai revenir à Cannes tous les ans si je suis prêt à y mettre les efforts, la volonté ou le prix. Mais il n’y a pas de prix à mettre sur cette chimie qui s’est créée en mai 2008 entre jeunes d’Indonésie, du Bengladesh, du Canada, des Etats-Unis, de Serbie, du Monténégro, d’Italie, du Maroc, d’Algérie et de Grèce…
À la revoyure Cinéastes et Cinéphiles du monde entier! embedded by Embedded Video
« Il n’y a pas d’école de cinéma en Algérie. Pour étudier le cinéma, pour faire du cinéma, il faut être autodidacte. »
Voilà à peu près ce que mon ami algérien me répondait parfois avec un peu d’amertume dans la voix lorsque nous échangions sur les conditions du 7ème art dans notre pays.
Dès que je les ai rencontrés, Chahinez et Abdessalam ont accroché mon esprit. Tous les deux membres d’associations basées à Constantine et à Alger, ils participent aux activités d’un ciné-club où les gens viennent voir les films pour ensuite discuter et débattre. Loin des discours ronflants, répétitifs et défaitistes réduisant souvent le 7ème art à son inconditionnelle nature industrielle (« Il faut de l’argent pour faire un film! »), Chahinez et Abdessalam rappellent que le cinéma, réalisé ou projeté avec des moyens modestes, peut aussi simplement être un puissant outil de dialogue et d’échange.
- Connais-tu Ginou Richer ?, me demande René Lefeuvre, un des membres de J. Productions qui chapeaute notre séjour à Cannes. Ginou Richer? Ginou Richer? Je réfléchis rapidement et ce nom ne me dit absolument rien. - Euh…le nom me dit quelque chose.
Voilà la réponse passe-partout qu’on donne lorsqu’ on pense qu’on devrait connaître et qu’on ne connaît pas. - Ginou Richer, me répond René, elle vient de publier un livre sur ses quinze années passées aux côtés d’Édith Piaf. Elle a aussi travaillé longtemps pour le festival du film de Cannes. Je l’ai rencontré hier au festival et j’ai de suite pensé à toi…elle a accepté de faire une entrevue.
- Génial! - Tiens, voici son numéro. On l’appelle?
Voilà. Aussitôt dit aussitôt fait. Je ne connaissais rien de cette dame qui en avait long à raconter, mais poussés par notre curiosité et notre attrait de cette voix inconnue, moi et Sin-Aly partions à sa rencontre l’espace d’une trop courte pause-café.
« Quoi? Tu ne connais pas Maradona ? », s’exlama mon ami marocain Wahid à l’adresse de notre ami américain Nic qui ne comprenait pas pourquoi tout le monde s’excitait à l’égard de ce film qu’il ne fallait pas manquer. Moi-même qui n’avait encore pas eu la patience de faire la pêche aux invitations, de m’habiller en pingouin (costume sombre, chaussures de soirée et, non pas une cravate, mais un nœud papillon) et de faire ensuite la queue pendant au moins une heure, je me laissai emballer par l’idée d’assister à la projection de ce documentaire sur le plus grand footballeur de tous les temps, et ce, dans la salle Lumière où seraient présents Diego Maradona lui-même ainsi que le réalisateur du film, ni plus ni moins qu’Emir Kusturica.
Dans un premier temps, nous partions en mission, nous partions à la pêche aux invitations. Nos attentes étaient grandes et le défi tout autant. En moins d’une heure, il nous fallait gagner nos places pour ce film qui allait attirer une des plus grandes foules du festival.
Peut-être le Dieu des stades, Diego Maradona, surveillait-il notre destin ce soir là? Car, à notre grand étonnement, entre la grande carrure de Sin-Ali et la belle gueule de Wahim, la pêche fut la plus bonne de la semaine.
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La montée des marches
Qui dit invitation… qui dit Palais… qui dit Grand Théâtre Lumière… dit…montée des marches!
Voici donc ma très discrète montée des marches…bof…ce ne sont que des marches!
Et pourtant, pourquoi ces battements de cœurs et ces papillons dans mon estomac?
Mais je le répète encore…bof…ce ne sont que des marches…
« Maradona a-t-il été réalisé par Emir Kusturica ou par Maradona lui-même? »
Voilà la question qui m’a torturé l’esprit alors que le film défilait devant mes yeux. Je le dis franchement, entre le constant rappel des images d’archives du but du siècle que Maradona assène aux anglais en coupe du monde et un discours politique ne se résumant bien souvent qu’à « Fuck Bush » ce documentaire m’a personnellement déçu.
Pourquoi?
Peut-être parce que je suis documentariste, que mes attentes sont plus grandes et que je suis parfois plus critique;
Peut-être parce que pour moi, Maradona est sans doute un Dieu du stade, mais rien de plus;
Peut-être aussi parce que, comme beaucoup d’autres, j’estime Emir Kusturica et qu’avec toute son expérience et ses deux palmes d’or à son actif, sa signature sous-entend un regard plus critique aussi…
Mais ça n’est pas le cas. On sent que le réalisateur veut exprimer quelque chose et qu’il n’y arrive pas, il se laisse donc conduire par les quelques moments où Maradona a bien voulu consacrer un peu de son temps à l’équipe et, dans ces situations bien choisies, il s’accapare la caméra comme une idole s’adressant à ses sujets.
- Faut pas exagérer, dis-je à mon ami marocain qui trépigne sur place en attendant l’arrivée de Maradona dans la salle, après tout ce n’est qu’un bon footballeur!
- Quoi! Quoi! Mais tu te rends pas compte! Excepté peut-être aux Etats-Unis ou au Canada, partout où tu vas dans le monde…partout, je te dis… dans les plus petits bleds reculés du fond de l’Afrique comme au plus haut des montagnes du Népal, ils connaissent le footballeur argentin Diego Maradona. Pour nous, c’est presque un Dieu. C’est le symbole que le plus petit pauvre des pays du Sud peut devenir aussi grand et même gagner contre les géants du Nord. C’est un des plus grands héros populaires des temps modernes…
Qu’on n’y adhère ou pas, l’accueil de la star internationale fut monumentale. Sans exagérer, la salle trembla pendant presque 10 minutes!
Voici quelques images captées par Sin-Ali avec son appareil photo.
S’il y avait bien une fête où tous nous rêvions d’aller, c’était celle organisée après la projection du film et où Kusturica et son groupe No smoking Orchestra devait y animer la soirée. Dans une grande villa située à l’extérieur de Cannes, bien évidemment avec invitations obligatoires, environ 2000 personnes se sont rejoints pour fêter toute la nuit.
Histoire classique. Élias, notre ami marocain, dont un ami d’un ami avait dégotté une invitation, s’est retrouvé à la dernière minute en galère car cette même invitation fut donnée à quelqu’un d’autre. Doublement dégoûté, parce qu’il avait manqué le film Maradona pour dormir avant de faire la fête, il décide quand même de se rendre à la villa et de tenter l’impossible. Or pour prendre l’autobus, on lui demande déjà l’invitation. Il décide donc de faire du stop, arrive à la villa, reste quelques temps à l’écart, se rapproche doucement, réussit à capter un nom sur la liste d’invités que le garde laisse ouverte une seconde de trop, répète le nom à l’entrée et intègre la fête…
Lorsqu’il nous a raconté ça le lendemain, nous nous sommes tous regardés en soupirant en silence…nous n’en pensions pas moins!!!!!!
Peut-être le saviez-vous? Je ne le savais que trop…
À ce 61ème festival de Cannes, la classe de maître était donnée par le réalisateur américain Quentin Tarantino. Je ne suis pas très patient en général et surtout lorsqu’il s’agit d’attendre en rang pendant longtemps. Mais pour cette conférence, par son aspect formateur et pour Tarantino, j’ai fait une exception. Je me suis dépêché à manger en vitesse, j’ai couru me mettre en ligne et j’ai attendu sous le beau soleil méditerranéen pendant deux longues heures afin de gagner mon droit d’entrée dans la salle.
Mais la hiérarchie du festival a imposé sa logique implacable : les invitations prioritaires, la presse et ensuite… les autres.
Résultat : les invités sont entrés, la presse aussi et ensuite, il ne restait que quelques places pour tous les autres. Bref, Tarantino a donné sa « classe de maître » devant un public de quelques privilégiés et de journalistes…embedded by Embedded Video Download Video
Pour faire suite à la première entrevue (voir I come from Monténégro I) tenue avec Djuro Radosavovic et pour répondre à la question-commentaire laissé par Michael dans le blog, je suis allé relancer mon ami au sujet de la situation de son pays.
(Petit résumé en français :
Il explique tout d’abord qu’il trouve amusant qu’à l’étranger les gens de sa région (Monténégro, Serbie et Croatie dans ce cas-ci) se respectent et se serrent les coudes, alors que de retour au pays, les frontières imposent une tension.
Il poursuit ensuite en expliquant que pendant les années 90, la télévision a fait beaucoup de propagande et a participé à accentuer le sentiment de colère et de haine. C’était l’époque de l’embargo sur les Balkans et les gens ne pouvaient regarder que deux chaînes de télévision. Selon lui, les nouveaux dirigeants et les personnes de pouvoir doivent maintenant être démocratiques et responsables dans ce qu’ils disent et propagent comme idées, car la région des Balkans demeure aujourd’hui encore un baril de poudre que l’on peut allumer à tout moment.
Mais il demeure positif et affirme que la situation s’est améliorée. Nous sommes au 21ème siècle et les gens peuvent désormais s’informer par l’intermédiaire de l’Internet, des chaînes de télé étrangères, etc. Ils peuvent ainsi s’ouvrir l’esprit, mieux être informés et être plus critiques. Selon lui, cela peut permettre à la situation de s’améliorer pour que dans dix ans, la paix soit complètement installée.)
Fort heureusement, même pendant le festival, il est existe à Cannes, un petit bout de plage situé entre le cinéma de la plage et le bar Le goéland, qui demeure libre d’accès à tous. Ni prix d’entrée, ni port obligatoire du costard, ni réservation et surprotection de stars ne viennent troubler l’envie légitime des gens qui choisissent cette petite terre d’accueil pour finir leur soirée en beauté.
Sur cette bande de sable, je rencontre deux Cannois. Dans l’effervescence de la fête, François Garbez (informaticien, infographiste et aussi acteur à ses heures) profite de ma bonne écoute pour relâcher quelques ressentiments face de résident face à Cannes. Bien que la soirée soit bien entamée, il finit par résumer une part d’amertume qu’au bout de huit jours de festival, nous ressentons tous en partie déjà… Cannes n’est pas que ça, mais c’est aussi ça!
Je ne suis pas plus politisé qu’un autre. Je tente tant bien que mal de me tenir informé par les journaux, la télé, les livres, les films et Internet. Mais toute cette information ne satisfait pas ma curiosité.
Peut-être parce que c’est plus humain et que je m’intéresse avant tout aux hommes, c’est par la discussion que je préfère apprendre. Surtout quand il s’agit de culture, difficile de comprendre un pays, des mœurs, des coutumes et une histoire si on ne se la fait pas raconter. Un journal raconte, un livre raconte, un film peut raconter et un homme raconte aussi. Mais lorsque vient le temps, après avoir raconté, de répondre à une question, l’homme est celui qui puisse encore répondre, débattre, prolonger et dépasser l’histoire racontée.
Mais un seul homme est-il objectif? A-t-il dressé un portrait général de la situation? A-t-il fait le tour de la question?…
Mais de quelle question parlons-nous? Je n’ai pas « LA » question, j’en ai pleins la tête…elle s’entremêlent…je les oublie…puis elles me reviennent…elles changent et se transforment…
Tout ce petit manifeste écrit en vitesse (pardonnez mon manque de suite dans les idées) pour vous introduire à la première d’une série de conversations captée au hasard en flânant avec mes amis de nationalités différentes qui en ont tant à raconter.
Voici donc mon nouvel ami cinéaste du Monténégro Djuro Radosavovic. Natif de la ville de Podgorica, il est le réalisateur du court métrage documentaire Visage des jeunes du Monténégro. Quelque part entre le pavillon de la Serbie et de la Croatie, nous nous arrêtons afin qu’il m’introduise à la situation de son petit pays. (Pour assurer la communication possible, la conversation s’est tenue en anglais.)
Au cours d’un opulent et luxueux banquet, onze convives, servis sans retenue par une horde de valets et de serviteurs attentionnés, participent à un étrange rituel aux allures de carnage gastronomique. Dans cet univers absurde et grotesque, une succession d’événements viendra secouer la procession de cette symphonie d’abondance.
Voici donc le synopsis du tout dernier court-métrage Next floor de Denis Villeneuve. Bien qu’à la sortie d’une projection, les goûts soient souvent partagés, celui-ci semble faire l’unanimité au sein du public et m’a séduit autant moi que mes autres camarades francophones. Ce film sans dialogue de 11 minutes a toutes les qualités d’un bon « court », c’est-à-dire, une idée simple, un univers frappant et une puissance de l’image qui ne passe pas par quatre chemins pour évoquer son essence et son idée première. De plus, l’absence de dialogue donne à ce film-fable une consistence traversant plus facilement la barrière des langues et des cultures.
Sans préméditation, au détour d’un cocktail organisé par le pavillon du Québec au Marché du film, je rencontre l’agente de Denis Villeneuve qui dit pouvoir me caser une entrevue dans son horaire. J’attends mon tour…
Pour des raisons différentes, mais toutes reliées par le cinéma, nous sommes une joyeuse bande de 20 jeunes provenant de 9 pays différents, assistant ensemble au festival de Cannes. Indonésie, Bengladesh, Canada, Etats-Unis, Serbie, Monténégro, Italie, Maroc, Algérie, voilà le mélange culturel qui rajoute de la couleur à cette expérience cannoise.
Les amitiés se sont instantanément nouées entre nous et cette intimité forcée par notre proximité contrebalance le rythme essoufflant et le caractère impersonnel de Cannes. Quoique cela puisse ressembler à une petite colonie de vacances, nous sommes libres de faire ce que nous voulons quand nous le désirons. Bref, il y a une belle énergie collective, mais nous demeurons tous individuellement maîtres de nos horaires.
Filmée dans la fraîcheur de notre deuxième journée, voici donc une petite introduction à notre melting pot des Rencontres Internationales des Jeunes francophones (RIJ).
Christine est la productrice de Parole citoyenne. Elle est aussi une entrepreneure sociale, une journaliste, une pédagogue alternative et une tentative de yogini. Elle aime le vent, les espressos, le poisson cru et les pitous.