Un oeil pour…une caméra?
Documentariste Rob Spence, originaire de Toronto, relève actuellement un défi extraordinaire: tourner un film entièrement du point de vue de la première personne. Pas grande chose, dites-vous? Peut-être, mais si la caméra était installé dans la tête du jeune cinéaste?
Un accident de chasse avait ôté à M. Spence l’utilisation de son oeil droit à l’âge de 13 ans. Depuis ce temps-là il porte un oeil factice à sa place. 20 ans plus tard, en fixant la lentille de la caméra minuscule sur son cellulaire, il a eu une idée digne de L’homme qui valait trois milliards : d’en faire une prosthèse oculaire, transformant ainsi son handicap en atout incroyable. S’inspirant des notions similaires déjà abordées par William Gibson dans Neuromancer ou Bertrand Tavernier dans La Mort en Direct, il est en train de développer, en collaboration avec plusieurs scientifiques et ingénieurs, un appareil qui sera capable à la fois de résister à l’humidité à l’intérieur de la cavité orbitale et de diffuser un signal sans-fil vers une unité d’enregistrement.
Il prévoit commencer le tournage de son premier film, Eye 4 An Eye, dès qu’un prototype fonctionnel sera terminé. Le film sera aussi une co-production de L’ONF. Selon M. Spence:
« Je veux explorer à quel point nous vivons comme des somnambules dans une société de surveillance à la Orwell. Dans le film, je deviens un virus media nommé Little Brother qui ferait un voyage cybernétique à partir, littéralement, de mon point de vue. De cette manière, je peux humoristiquement et visiblement (jeu de mots intentionnel) montrer comment la vidéo et l’humanité s’entrecroisent. Et comment nous devrions penser davantage à notre vie privée. Tout le propos de mon film est de faire réfléchir sur la manière dont notre vie privée est constamment menacée par des gens et des institutions beaucoup plus nuisibles que moi. Si ce projet les amène à réfléchir sur les deux cents fois où ils sont enregistrés sur bande-vidéo chaque jour, alors j’aurai fait mon boulot. Je pense que l’intérêt du film repose aussi sur le fait que nous avons bien plus peur d’un documentariste bionique de centre gauche que d’un Etat ou d’entreprises qui tentent d’envahir notre vie privée tout le temps. »
C’est encore à voir si ce projet nous ouvrira vraiment les yeux à ce sujet…ou si il fera de son auteur un genre de panoptique vivant?
–> En lire plus sur son blogue, Eyeborg, et sur ecrans.fr
EYEBORG– The Two Week Trial from eyeborg on Vimeo.
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