“Cette édition de .dpi propose de réfléchir sur la relation riche et problématique qui se noue, dans nos sociétés contemporaines, entre les pratiques artistiques et le processus d’archivage. Á l’heure où les technologies permettent un foisonnement de « documents » artistiques, comment l’art peut-il constituer un moyen d’archiver notre société? Mais aussi comment archiver l’art actuel? Jusqu’à quel point l’art peut-il s’auto-documenter?”
Le Studio XX est un centre d’artistes féministe engagé dans l’exploration, la création et la critique en art technologique. En dehors de cette publication, le Studio XX donne des ateliers de formation, des conférences, reçoit des artistes féminins en résidence. Je me suis entretenu dernièrement avec Paulina Abarca-Cantin, directrice générale du centre d’artistes, pour l’émission radio ‘Ondes citoyennes’ dans le cadre de la campagne de sensibilisation à la violence faite contre la femme : Technologie sans violence.
Pas de fautes de frappe, Nollywood, c’est l’industrie explosive du cinéma nigérien. Avec plus de 2 500 films réalisés par année, elle est devenue en une dizaine d’année la troisième plus importante production cinématographique nationale au monde, après les États-Unis et l’Inde (Hollywood et Bollywood). Si on juge que la qualité formelle de ses oeuvres est plutôt secondaire pour le moment, l’urgence de produire elle, est au rendez-vous. Filmer à tout prix, c’est réaliser avec de faibles budgets (très souvent en-dessous de 10 000$) sans l’aide des studios, dans la rue et pour la rue, puisque ces films passent directement à la vente dans les marchés des grandes villes. Dans les rues de Lagos, on vend bananes, eau et VCD des derniers succès de Nollywood. Comme le remarque Franco Sacchi, réalisateur du documentaire This is Nollywood, raconter des histoires est devenu ici un véritable besoin primaire. Le cas du cinéma du Nigéria, en plus de donner une voix et des images à l’Afrique entière, fait preuve d’une remarquable persévérance. Une inspiration éclairante pour tous les cinémas nationaux ou pour le coeur des jeunes cinéastes qui vivent de films et d’eau fraîche.
Pour en apprendre davantage sur le phénomène, je vous suggère la présentation de Franco Sacchi, donnée dans le cadre des conférences TED :
A voir également, la bande-annonce du documentaire Nollywood Babylon, présenté au dernier Festival Nouveau Cinéma à Montréal.
Aux Rencontres Internationales du documentaire de Montréal (RIDM), je suis allée voir le film Chats errants (zone temporaire d’inutilité), de la belge Yaël André. Un documentaire qui habite le charme des recoins inutiles et, par la même occasion, les formes inusitées du cinéma.
Un festival de films documentaires, ça peut faire peur. Je veux dire, c’est comme le journal, le matin. On le lit parce qu’on se doit de le faire pour être ouvert sur le monde, et aussi parce que cela nous fascine et nous passionne. Mais dès la Une, on sait qu’on ne va pas rigoler toutes les pages. Avec les RIDM, c’est un peu pareil. On va nous parler d’injustices, de conflits, de pauvreté… On le sait. Mais heureusement, on ne va pas nous parler que de ça. On ne verra pas que des films qui nous feront pleurer et nous révolter. On verra aussi ceux, comme celui de Yael André, qui nous feront rire, au moins sourire et nous sortirons des zones habituellement battues par leur genre documentaire.
Chats errants(zone temporaire d’inutilité) suit des chats (errants), ou plus précisément quelques personnages un peu loufoques qui les nourrissent au jour le jour. Mais les minous, ce n’est qu’un prétexte. “Les chats, ils nous en ont ouvert, des portes !”, rigolait la réalisatrice Yaël André au terme de la projection qui avait lieu dimanche. “Quand on veut tourner au Colysée à Rome, il faut normalement dépenser quelques milliers d’euros, mais s’il s’agit de filmer les chats qui dorment sur les vieilles pierres, on nous ouvre grand les portes.”
Le sujet qui dort derrière Chats errants, ce sont ces terrains vagues, ces bâtiments abandonnées, ces chantiers qui n’avancent plus, cloîtrés derrière leurs grillages, ce bout d’espace abandonné, dans votre rue, qui ne sert à rien. Tous ces endroits où vous n’allez pas, parce qu’il n’y a rien à y faire, parce que souvent c’est interdit, et que les chats investissent naturellement - comme ils trouvent dans les maisons des recoins sans intérêt pour se rouler en boule.
Dans Chats errants nous rencontrons, entre deux nourrisseurs de chats (un réfugié politique qui n’a pas grand chose d’autre à faire, un homme âgé qui se sent seul, une dame qui connaît le nom des 51 chats habitant un cimetière) des urbanistes, des cartographes, des hommes de loi ou encore des élus, qui, à Rome, nous expliquent que les chats font désormais partie du patrimoine de la ville. Et qu’il est interdit d’empêcher quiconque de les nourrir.
Insérant des réflexions philosophiques, des lectures d’extraits poétiques, des citations littéraires ou historiques, Chats errants fait le tour de la question du vide. Du vide juridique, du vide urbain, du vide de sens : l’absurde. Comme cet endroit, près de Bruxelles, où la direction de la capitale belge est indiquée depuis le même endroit dans deux sens opposés.
Dans son film-promenade entre des lieux inutiles, Yaël André a gommé sa subjectivité pour permettre au spectateur d’y glisser la sienne. Loin d’essayer de le convaincre ou de lui démontrer quoi que ce soit, elle ne fait que l’emmener dans les espaces qu’il a oublié lui-même. Dans son appartement peut-être, dans son jardin, qui sait? Dans sa famille, pourquoi pas.
Samedi dernier a eu lieu la soirée de remise des prix du concours Caméra Verte 2008. Dans le lounge des RIDM, un brave public a affronté la pluie pour venir voir les 15 courts métrages environnementaux finalistes.
Voici une vidéo de quelques moments captés lors de la soirée, avec notamment une courte entrevue avec Sylvain Robert et Philippe Nobert (”Le vent t’emmène ailleurs”)
Crédits : Musique d’introduction par Windom Earle.
Dans ma première intervention sur ce blogue, je parlais du film Valse avec Bachir, d’Ari Folman. Pour compléter ma réflexion à propos de ce long-métrage d’animation, je mets en ligne une intervention de Marcel Jean, producteur et professeur de cinéma à l’Université de Montréal. Ce dernier n’est pas d’accord avec la qualification “documentaire”, attribué par bon nombre de critiques à Valse avec Bachir. Il explique pourquoi ici.
Cette intervention, je l’ai enregistré le vendredi 14 novembre, à l’occasion d’une table ronde des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) intitulée Documentaire et cinéma d’animation : Vieux mariés, passion nouvelle.
Ça y est, les Rencontres Internationales du Documentaire à Montréal sont lancées! La onzième édition se déroule du 13 au 23 novembre prochain et toute la programmation est disponible ici. Julie et moi-même tenterons de nous déployer tels de tentaculaires spectaculaires cinéphiles pour vous présenter les meilleurs moments ici même sur le blogue de Grand Angle. Suivez-nous!
Après de longues minutes devant la programmation...
Voici quelques suggestions que j’ai inscrites dans mon calendrier pour la semaine :
Quelques films qui ont retenu mon attention, plus particulièrement la sérieRubans Canards
Esther Forever : deux soeurs septuagénaires filmés durant six ans. Primé au Panorama du Cinéma Documentaire Belge et au Festival International du Film indépendant de Bruxelles.
Roadsworth, crossing the line : un artiste montréalais qui imprègne ses traces sur le paysage urbain.
In the year of the dog : Portrait de la Chine via ses chiens.
Ainsi que ces titres : Durakovo : village des fous, La forteresse, Lashmi and me, Seeds of summer…
Les Twin Towers à New York ont marqué et continueront toujours à fasciner l’imaginaire du monde entier. Paradoxalement, on peut remarquer qu’elles ont impressionné d’abord par leurs magnitudes, puis par leurs chutes. Si on a été un jour en haut de ces défuntes tours, on en redescend très souvent marqué par une sorte de béatitude devant la grandeur, un sentiment semblable à la sidération de la planète entière devant le téléviseur le matin du 11 septembre 2001.
Ces fameuses jumelles tiennent un rôle dans deux récents films documentaires : Man On Wire et Le magicien de Kaboul. Et ces films transportent tous deux un certain sentiment de fantastique et de magique (quoique très différent de l’un à l’autre) comme si cette qualité de surprendre se puisait à même les twins.
Man On Wire (Homme sur le fil) est le récit de l’exploit d’un funambule français, Philippe Petit. Son rêve : marcher sur un fil, entre les tours jumelles. Le documentaire se déroule drôlement au rythme d’un film de suspense hollywoodien (c’est une production américaine) et tisse de superbes images d’archives aux interventions du funambule et de ses acolytes qui revisitent leur ‘coup’, célébré majestueusement à l’aube new-yorkaise. Au bout du chemin, ce documentaire accomplit le tour de force d’entraîner le spectateur dans les idées de grandeur et de folie de Petit. Car son ambition est sans limite, mesurables que par la hauteur des ces Twins. Si l’exploit et délit de Philippe Petit a été réalisé le 7 août 1974, on peut même se demander pourquoi le film de James Marsh n’a vu le jour qu’aujourd’hui? En quittant la salle, le spectateur a fait plus que marcher avec le funambule, il aura appris lui-même des pas de danse sur le mince fil de cette fantastique défiance à l’ordre et à la raison incarnés par les tours.
Le magicien de Kaboul joue de la magie dans un tout autre ordre. Réalisé par Philippe Baylaucq, ce merveilleux documentaire suit le périple du japonais Haruhiro Shiratori dont le fils unique disparaît dans l’effondrement des tours du World Trade Center. Si les twins sont le rêve et le fil d’arrivée d’une vie dans Man on Wire, elles représentent ici plutôt un point de départ, symboles d’un vide et d’une perte qui forceront ce père à vivre une sorte de voyage du deuil en accomplissant lui aussi un exploit : aller à la rencontre de l’autre. Il part donc à Kaboul avec l’idée charitable d’aider les citoyens afghans par la construction d’une école et de rendre ainsi hommage à la mémoire de son fils. Allant entre les États-Unis, l’Afghanistan et le Japon, le magicien de Kaboul parle par la magie et brise les frontières pour permettre au rêve d’une rencontre réussie de prendre forme.
Plus de 60 ans après l’avènement des camps nazis et du génocide des juifs, l’esprit du souvenir et de la commémoration, particulièrement au travers de l’art et du cinéma, semble ne jamais s’essoufler. Par exemple, La liste de Schindler et La vie est belle sont des exemples de films marquants qui ont relevé ce défi de parler de ce qu’on considère comme la plus grande horreur du XXème siècle. Certaines questions émergent lorsqu’on est confronté à la représentation de quelquechose d’aussi inimaginable que l’Holocauste.
On peut se demander par exemple si la fiction et le cinéma sont des outils justes pour témoigner de ces évènements. Instinctivement, on est porté à croire en la fiction puisqu’elle deviendra obligatoire quand, un jour, tous les survivants de l’Holocauste auront disparu. Or, il faut se rappeler que d’importants mouvements négationnistes en Europe ont voulu justement démentir les crimes nazis en accusant certains témoignages de tomber dans le fictif, donc dans le mensonger et la tromperie…
On peut également se demander ce qu’est devenu le poids des monuments aujourd’hui. Fondamentalement, on éleve un monument pour combattre l’oubli et garder une mémoire. Bien sûr, tous seront d’accord pour que ‘plus jamais, cela ne se reproduise” , mais que ressent réellement le citoyen devant un monument pour la plupart du temps effacé dans nos paysages urbains? Fait-il vraiment un effort de mémoire?
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En lisant sur cette question, je me suis transporté (virtuellement) dans la ville de Hamburg, en Allemagne, pour y découvrir quelquechose de fort intéressant. Il fut un temps où on pouvait y voir ceci :
Monument contre le fascisme
Il s’agit du monument contre le fascisme imaginé par Esther Shalev-Gerz et Jochen Gerz. Entre 1986 et 1993, les citoyens étaient invités à y apposer leurs signatures, un geste qui devenait la promesse de garder vigilance. Puis, au fur et à mesure, cette colonne s’enfonça dans le sol, pour ne devenir aujourd’hui qu’une simple dalle. C’est un monument qui fait donc figure de “l’anti-monument”, et qui incarne le devoir de mémoire et la crainte de l’oubli auxquels nous faisons face à propos de la Shoah. Dans ce cas, le vide devient presque plus fort que tout.
Le même monument, une fois enfoncée dans le sol
Enfin, revenons à nos moutons! Il y aura donc 4 documentaires dès ce jeudi le 6 novembre au Cinéma du Parc à Montréal. Une programmation qui s’inscrit dans la Série éducative sur l’Holocauste (29 octobre au 16 novembre 2008.)
Également, surveillez le lancement du site internet : Histoires de vie Montréal, un projet axé sur l’histoire orale et des entrevues avec des Montréalais déplacés par la guerre, le génocide et autres violations aux droits de la personne. (en partenariat avec Parole citoyenne et CitizenShift)
Vendredi, 7 Novembre 2008
17h30-19h30
Concordia Centre d’histoire orale et de récits numérisés de l’Université Concordia
Pavillon de la bibliothèque - 1400 de Maisonneuve Ouest,
10e étage
Le 24 octobre dernier, dans le cadre du Festival international du film d’aventure de Montréal, Alexis De Gheldere et Nicolas Boisclair présentaient l’expérience de leur périple sur la Romaine, grande rivière menacée par des projets hydro-électriques. Dans le cadre du projet“Chercher le courant”, le duo de documentaristes canotiers ont parcouru ce cours d’eau afin de la comprendre, de la sentir et de la vivre avant tout. Une démarche immersive qui restaure une grandeur à la nature afin d’entreprendre le débat sur la question de la production d’énergie.
Frappés par une interdiction de filmer les audiences publiques sur la Romaine organisées par le BAPE (Bureau d’Audiences Publiques en Environnement) Nicolas Boisclair et Denis McCready préparent toutefois un compte-rendu qui sera à surveiller dans les prochains jours sur le site du projet documentaire. DocQuébec a souligné ici à quel point il est incompréhensible que des documentaristes n’obtiennent pas les mêmes droits que les équipes de presse.
Écoutez ici des extraits sonores de cetteconférence. D’abord, une présentation par le producteur Denis McCready qui souligne par ailleurs l’expérience du duo sur la rivière Rupert (qu’on peut revoir dans le dossier ‘Pourquoi sauver la Rupert?” sur le site de Parole citoyenne.) Ensuite, quelques mots des deux cinéastes aventuriers et enfin, pour terminer, l’évocation plutôt rigolote de leur plus grand défi : les mouches noires!
Pour une entrevue plus en profondeur en compagnie d’Alexis De Gheldere, écoutez le reportage de Guillaume Jacob, réalisé pour CHOQ.fm.
***Ex-blogueuse*** Passionnée de bande dessinée et de cinéma, Julie écrit beaucoup, dessine un peu, bricole des sons, est allergique aux chats. On la retrouve sur CHOQ.FM et sur Le dernier kilomètre
***Ex-blogueuse*** Productrice de films éprise du documentaire comme de la fiction, Élaine se passionne pour le cinéma d'auteur, le court métrage et les arts en général.
Maryse étudie en médias interactifs à l'UQÀM et partage son temps entre ses nombreux champs d'intérêts. Suivez-la dans sa garde partagée entre les arts médiatiques, la musique et le théâtre.