inicio sindicaci;ón

Grand angle : cinéma et culture

Un blogue sur la culture avec un accent sur le cinéma et la voix de la relève culturelle.

À l’Ouest de Pluton (Henry Bernadet et Myriam Verreault)

Plus j’y repense, et plus je me dis qu’À l’Ouest de Pluton est un film magique. Pourquoi ? Parce que c’est de la vie pure à l’écran. C’est exactement le contraire de ce que je reproche à des films trop bien faits (comme C’est pas moi, je le jure ! par exemple, dont je parlais ici récemment), des films dans lesquels chaque parole est calculée, chaque effet d’émotion est contrôlé.

Avec ce premier long-métrage de deux jeunes cinéastes de Québec, Henry Bernadet et Myriam Verreault, le rire n’est pas décidé pour nous à l’avance. Il surgit par hasard, par surprise… D’ailleurs, aucun spectateur ne rit exactement au même moment. Et même si quelques répliques ont surement été pensées drôle à l’écrit, ce sont plutôt les situations si familières de l’adolescence, ces comportements si absurdes et déroutants qui nous interpellent.  Dans un film pareil, on se sent libre, à l’aise, on devient l’observateur complice de l’histoire et non le pigeon pris au piège d’un scénario bien ficelé. On respire ! Merci.

D’À l’ouest de Pluton, je ne peux pas vraiment présenter le synopsis. À part dire qu’il s’agit d’une bande d’adolescents, certains amis, d’autres non, qui vivent (juste vivent et rien d’autre) dans une banlieue de Québec, je ne vois pas quoi d’autre ajouter. On est à mille lieux des drames de Tout est parfait. Ici, les drames sont quotidiens, à la hauteur de ceux que nous avons tous vécu.

J’ai vu À l’Ouest de Pluton hier soir aux Rendez-vous du cinéma québécois, et je suis une retardataire puisque le DVD est déjà en vente depuis une semaine. Ma première pensée en le voyant a été “Je n’ai jamais rien vu de pareil”. C’est neuf, c’est nouveau. Alors, Henry Bernadet et Myriam Verreault appartiendraient vraiment à cette nouvelle vague québécoise dont on parle ?

Et puis, un peu plus tard, j’ai fait le rapprochement avec une autre nouvelle vague, celle que portaient les premiers films de Milos Forman, dans les années 1960 en Tchéquoslovaquie. Avec notamment Black Peter (L’as de Pique, 1964) : on y suit un gars un peu perdu qui fleurte, qui danse au bal, qui se frotte aux autres ados et aux colères de son père. Tout comme les réalisateur d’À l’Ouest de Pluton, Milos Forman observait les jeunes de son époque d’un regard précis et scientifique, comme s’il s’agissait de comprendre (tout en les respectant) les habitants d’une planète étrangère (Pluton?). Black Peter est également un film quasi anti-narratif, l’histoire tenant sur un morceau de feuille, rien ne nous étant lourdement expliqué, signifié. Nous n’apprenons pas au troisième plan que telle fille est orpheline, que telle autre est une peste. On nous laisse découvrir et juger par nous-même. Et tant pis si l’on s’emmêle dans les personnages… Dans les deux cas, le tout semble avoir été tourné dans une collaboration particulière entre les membres de l’équipe, entre  la réalisation et les acteurs surtout.

Black Peter (Milos Forman, 1964)

Black Peter (Milos Forman, 1964)

Bref, À l’Ouest de Pluton est une perle à laquelle je pardonne ses quelques longueurs au montage, sans pour autant me sentir magnanime. En fait, les longueurs font partie du jeu : s’il n’y en avait pas, on ne trouverait  pas non plus une telle vie à l’écran. Car la vie est faite de longueurs…

Je souhaite à Henry Bernardet et Myriam Verreualt de réaliser de nombreux autres films, et de ne pas oublier leur fraîcheur en chemin.

Catégories : Cinéma!

Les réfugiés (Émile Proulx-Cloutier)

Les Rendez-vous du cinéma québécois (dont aujourd’hui samedi est la dernière journée) ont été l’occasion d’assister à la projection des courts métrages en nomination pour les Jutra 2009. Hier soir, j’ai pu l’un des  quatre finalistes : Les réfugiés, le second court métrage d’Émile Proulx-Cloutier. Il était programmé dans une séance regroupant plusieurs films de fictions ayant pour thème l’immigration : Terre des hommes de Ky Nam Le Duc (l’histoire d’un réfugié Mexicain attrapé par la police de Longueuil), et “Sur la frontière” de Bogdan Stefan (l’histoire d’un Roumain qui cherche à rejoindre le Canada en s’enfermant dans un container).

Les réfugiés raconte l’histoire d’un homme solitaire et pas bien riche, qui, en vacances au Mexique rencontre une très jolie femme. De retour à Montréal, recevant plusieurs lettres d’elle, il vend ses meubles pour la faire venir au Québec. Mais il ne sait pas exactement dans quoi il s’embarque…

Ce qui aurait pu faire le scénario d’un documentaire, puisque le réalisateur avoue avoir croisé plusieurs personnes vivant cette situation, devient ici une fiction délicate, économe de mots et universelle : l’immigration est pour Émile Proulx-Cloutier un beau prétexte pour parler d’amour. Cet amour réaliste et complexe, mêlé d’intérêt peut-être, qu’on ne montre pas beaucoup au cinéma, selon l’avis du réalisateur.

On l’écoute parler du sujet de son film.

Les Réfugiés est réalisé très proprement : il est efficace, et selon moi presqu’un peu trop sobre. Mais c’est sans doute aussi cette simplicité qui font le succès du film. Avec ses comédiens aussi, dont la physionomie est particulièrement bien choisie. Leur couple crée une tension érotique certaine et un malaise latent.

En plus d’être nominé aux Jutra, le court-métrage était selectionné pour la compétition officielle du Festival international de Clermont-Ferrand, en France. La troisième réalisation d’Émile Proulx-Cloutier,  La vie commence (titre provisoire), devrait paraître dans le courant de l’année. Son premier court-métrage, Papa, avait reçu le Jutra du meilleur court métrage en 2005.

Catégories : Cinéma!

Nouvelle vague : réaliser pour le grand ou le petit écran ?

C’est une salle bondée qui, mardi soir, assistait au débat des Rendez-vous du cinéma québécois “La nouvelle vague québécoise” à la cinémathèque. Les débattants étaient eux aussi fort nombreux : Rafaël Ouellet, Simon Lavoie, Stéphane Lafleur, Maxime Giroux, Henry Bernardet, Myriam Verreault et Denis Côté.

Il a tout d’abord été question pour ce jeune et joli panel de savoir si oui ou non l’étiquette “Nouvelle Vague” était bien choisie pour les qualifier. Quelques points communs avec la première nouvelle vague (celle qui démarrait à la toute fin des années 50 en France) : les jeunes cinéastes pullulent soudainement sur nos écrans (l’an passé surtout, en fait), ils font des films en réaction au cinéma commercial et ils réalisent coute que coute malgré les obstacles financiers et techniques.

Denis Côté (photo Olivier Blouin)

Passé ces quelques points, les réalisateurs présents ne se proclamaient pas tant que cela d’un mouvement, et encore moins d’un mouvement si important que les Resnais, Truffaut et Godard de 1960.

Maxime Giroux (Demain), posait d’ailleurs la question très pertinente de savoir si, au contraire, les jeunes cinéastes rassemblés pour cette table ronde ne seraient pas des traditionalistes : ils défendent le grand écran, il réalisent pour le grand écran. La tendance actuelle d’une nouvelle génération (d’une nouvelle vague), ne serait-ce pas plutôt de créer pour internet et pour l’écran portable ?

Installée debout au fond de la salle (car arrivée en retard), j’ai eu  de la misère à vous trouver des extraits sonores non couverts des chuchotements et déplacements de mes voisins. Voici cependant un morceau rescapé : l’avis du bavard Denis Côté (Nos vies privées, Elle veut le chaos), sur cette question de la génération du petit écran. (La voix que l’on entend à la fin défendre le grand écran, c’est Maxime Giroux)

La conclusion de cette question, c’est Alain Desrochers (Nitro), parmi les spectateurs du débat, qui la donnera finalement.

Les réalisateurs présents ont contesté leur étiquette “nouvelle vague” par un triste argument. Leur ainés français n’avaient pas seulement récolté des salutations critiques, mais aussi des succès en salle très importants. Les jeunes québécois, pour leur part, peine à rester longtemps à l’affiche, et se voient désolés, comme Denis Côté, de constater que leurs films sont davantage vus à l’étranger qu’au Québec. Mais la salle est particulièrement bien remplie ce soir, leur a-t-on fait remarquer. “Oui mais les gens, ici, s’intéressent aux événements, il ne s’intéressent pas assez aux œuvres”

Je vous laisse méditer sur la question.

Catégories : Cinéma!

Journal d’un danseur nomade, de Yannick B. Gélinas

30×30 : c’est le nom du solo de 30 minutes que le danseur montréalais Paul-André Fortier a exécuté dans divers terrains vagues et urbains à travers le monde. Chaque fois, dans chaque ville, il dansait 30 jours consécutifs, 30 minutes par jour. De cette expérience in situ, la réalisatrice Yannick B. Gélinas en a tiré un documentaire : “Journal d’un danseur nomade”. Elle a suivi la performance du danseur de Newcastle à Nancy, Ottawa, Yamaguchi et bien-sûr Montréal. Le film est narré par Paul-André Fortier lui-même, qui lit des extraits du journal de bord qu’il a tenu pendant ses voyages.

Demain, jeudi 26 février, c’est nom seulement la réalisatrice Yannick B. Gelinas, mais aussi le danseur (Paul-André Fortier), l’équipe de de Fortier danse-création, et le compositeur de la musique originale du documentaire, Martin Tétreault, qui seront présents pour la projection du film dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois. Une belle occasion pour leur poser des questions.

Pour vous rendre compte de la performance du solo 30×30, quelques vidéos sont disponibles en ligne. (Il ne s’agit cependant pas des extraits du film Journal d’un danseur nomade)


Journal d’un danseur nomade
, Yannick B. Gelinas, jeudi 26 février, 19 h, cinémathèque québécoise.

Catégories : Cinéma!

Chroniques turques #7 (vidéo)

Le cinéma du Ye?ilçam - entrevue avec Cem Kaya (1è partie)

Dans cette première partie, Cem Kaya nous introduit à ce cinéma populaire, coloré et déjanté qu’a produit la Turquie entre les années 60 et 80.

(Voir la vidéo en plein résolution en cliquant sur HD)

Cem Kaya a grandi entre Istanbul et Berlin, où son père tenait un vidéoclub avec une collection de films turcs. “Tout les soirs, il revenait à la maison avec deux cassettes. Je crois que là est né mon intérêt… ” Aujourd’hui cinéaste, Kaya retourne vers ces mêmes films qui l’ont regardé grandir, avec la préparation d’un documentaire sur le cinéma “pop-corn” et mélodramatique du Ye?ilçam.

Lire la suite »

Catégories : Chroniques turques, Cinéma!
Mots clés: , , , , , , , , , ,

10 ans de KINO

Jeudi soir prochain, les Rendez-vous du cinéma québécois fêteront les 10 ans du mouvement Kino, né à Montréal en 1999. Ce laboratoire de création ultra-démocratique a fait des émules à travers le monde : 50 cellules Kino existent aujourd’hui, dispersées dans 14 pays. Ceux qui ne connaîtraient pas encore le mouvement peuvent en parcourir le site, ou lire ici un résumé de leur philosophie.

François Jacob, l’un des directeurs artistiques de Kino, a rejoint le mouvement en 2005.  En pleine préparation pour la soirée de jeudi, il a abandonné un instant son banc de montage afin de répondre à quelques questions pour Parole Citoyenne. Merci à lui.

Pour quelles raisons à été fondé le mouvement Kino ?
Lire la suite »

Catégories : Cinéma!

Mirages d’un Eldorado

Les Rendez-vous du cinéma québécois présente cet après-midi le documentaire de Martin Frigon : Mirages d’un Eldorado. En novembre passé, ce long-métrage avait reçu le grand prix du 26e Festival international du film d’environnement, à Paris.

Mirages d’un Eldorado (bande-annonce)
Mirages d’un Eldorado est une sorte de “Western engagé” qui suit la lutte des habitants de la vallée Huasco, au Chili, alors qu’ils s’opposent à l’implantation de compagnies minières canadiennes (Barrick Gold Corporation et Noranda). Celles-ci veulent exploiter un gisement d’or situé à 4000 mètres d’altitude, à même des glaciers millénaires qui alimentent en eau la population. Incapable d’obtenir une autorisation pour visiter les installations minières afin de mesurer leurs impacts environnementaux et sanitaires, le réalisateur entreprend un voyage de quatre jours à cheval dans la Cordillère des Andes, sur le territoire exploité.
À lire sur le sujet :

- Une entrevue avec Martin Frigon
- Le site No Dirty Gold (campagne contre l’exploitation aurifère non-durable d’Oxfam America et de Earthwork)

Mirages d’un Eldorado, Martin Frigon, lundi 23 février, 17h, cinémathèque québécoise.

Catégories : Cinéma!

Passages, un film d’animation de Marie-Josée Saint-Pierre

Les Rendez-vous du cinéma québécois présente deux projections de courts-métrages d’animation. J’ai assisté à la première hier après-midi, à l’ONF. Parmi les 10 films projetés, plusieurs m’ont laissée indifférente. Trois sortent cependant du lot, quand un seul m’a véritablement marqué.

Ainsi, Le petit gouffre de Frédérick Tremblay est une jolie histoire sur la difficulté de passer à l’âge adulte, tout comme Le Noeud Cravate, de Jean-François Lévesque est une jolie histoire sur le refus de se laisser manger par le système (des adultes). Le court-métrage m’ayant le plus fait rire est très court : une superbe blague d’une minute. Run stupid horse Run a été réalisé par Joël Vaudreuil dans une économie de moyens hallucinante. (Cela donne envie de faire des films.)

Run stupid horse run, Joël Vaudreuil

Run stupid horse run, Joël Vaudreuil

Lire la suite »

Catégories : Animation et bande-dessinée, Cinéma!

Ce n’est qu’un au revoir

Cela fait quelques jours que je suis de retour à Montréal et je commence à digérer mon expérience au Berlinale Talent Campus.  J’ai été un peu déçue des activités organisées spécifiquement pour les producteurs, mais de manière générale les conférences sur les autres aspects du cinéma (scénario, documentaire, musique de film, direction artistique, jeu, etc.) étaient très inspirantes.

C’est une expérience que je recommande sans hésiter. Le Talent Campus est ouvert aux réalisateurs, scénaristes, producteurs, acteurs, directeurs photo, directeurs artistique, monteurs, concepteurs sonores, compositeurs de musique, journalistes et critiques émergents.

Les inscriptions ont généralement lieu au début octobre mais les renseignements à ce sujet sont mis en ligne au cours de l’été sur le site du Talent Campus : www.berlinale-talentcampus.de On vous demandera entres autres de répondre à plusieurs questions sur votre filmographie et vos objectifs de carrière et surtout, il vous faudra produire un assemblage d’extraits de vos films d’une durée de 3 minutes. Lire la suite »

Catégories : Cinéma!

Un écran trop blanc pour un Québec métissé ?

“Un écran trop blanc pour un Québec métissé” : c’était le titre du débat 5 à 7 de ce samedi, aux Rendez-vous du cinéma québécois. Fabienne Colas (comédienne et réalisatrice d’origine haïtienne), Kévin Papatie (cinéaste algonquin formé grâce à la Wapikoni mobile) et Karim Hussain (réalisateur de père pakistanais et de mère québécoise) ont témoigné de la place accordée aux minorités visibles dans la télévision et le cinéma québécois. Tout autant que ces trois invités, la salle, composée de nombreux acteurs aux origines diverses, est intervenue pour donner son point de vue sur l’état actuel des choses.

Leur constat est unanime est alarmant : le Québec est loin de représenter à l’écran la réalité colorée de sa population. Il est en retard sur le Canada, sur les États-Unis, et sur son propre passé. Cela ne semble pas être en voie d’amélioration, comme le note Fabienne Colas : Lire la suite »

Catégories : Cinéma!

Billets suivants »