Comme premier billet sur Grand Angle, j’ai choisi de vous parler d’une pièce présentée dans le cadre du Festival TransAmériques, le FTA, festival qui bat son plein jusqu’au 6 juin. La pièce TheSound of Silence, directement de Lettonie, nous fait revivre la fin des années soixante sur une trame sonore de Simon & Garfunkel.
Découpée en plusieurs tableaux, la pièce nous fait suivre une douzaine de personnages dans leurs moments quotidiens et intimes. Tous ces moments sont teintés d’onirisme et de la saveur du souvenir grâce aux chansons très douces et mélodiques de Simon & Garfunkel, dont on découvre ou redécouvre les classiques. Les personnages vivent leurs premières rencontres, leurs premiers amours, et nous les suivons dans leur parcours, montré de façon très authentique et jamais caricatural.
Sound Of Silence
L’un des aspects les plus intéressants de la pièce est la mise en place de la trame sonore. La pièce, sans parole, s’appuie vraiment sur les chansons et entre elles, les personnages cherchent la musique. Ils la trouvent à travers des accessoires ou des hasards, des bocaux de verre (voir la photo) ou une plume, une antenne pointée vers la bonne personne ou par un livre ouvert. La répétition de certaines parties de la discographie de Simon & Garfunkel vient renforcer l’impression du souvenir, et toute la recherche du son donne lieu à des moments très forts dans la pièce.
La mise en scène est signée lvis Hermanis, directeur du Nouveau théâtre de Riga, en Lettonie.
Lorsque vous lirez ces lignes, les représentations de Sound of Silence seront déjà terminées, mais je vous invite fortement à consulter la programmation en ligne du FTA, où il est possible de visionner vidéos et photos des 25 oeuvres qui sont présentées tout au long du festival. Si vous n’en avez pas assez, la programmation du OFFTA, qui comme vous l’aurez deviné consiste en la version “off” du FTA (jusqu’au 5 juin) bouillonne littéralement. Je vous recommande d’ailleurs de jeter un oeil sur les rencontres Mix-OFF, où deux univers artistiques se côtoient pour une performance unique. Vous pourrez voir Pierre Lapointe avec un duo d’architectes le 27 mai, ou encore une performeuse collaborant avec un duo de danseurs le 4 juin… Bien des surprises en perspective.
Peu avant la chute du régime en 2002 en Afghanistan, les talibans soulevaient toute une vague d’émoi à travers la planète en dynamitant les statues de bouddhas géants de Bamiyan, vieilles de quinze siècles. Profondément iconoclaste, la société afghane, sous le règne des talibans, interdisait toute forme de représentation de figures humaines et animales. Seule exception à la règle : les hommes qui avaient besoin d’un passeport, pouvaient être pris en portrait. Les femmes s’identifiaient elles, à l’encre et à l’empreinte de leurs doigts.
Thomas Dworzak, photographe pour la grande agence Magnum, se trouvait à Kandahar en 2001. A l’intérieur d’un studio de photo, il tomba sur une pile de photographies abandonnées, leurs propriétaires ayant déjà pris la fuite de la ville. On comprend l’intérêt de Dworzak pour cette découverte qui témoigne de l’affection des afghans à poser devant la caméra, mais également de l’importance d’une certaine ‘tradition’ d’homosexualité dans la société afghane. Ces images colorées font littéralement contraste avec le photojournalisme d’usage, rappelant plutôt des portraits de l’artiste Andy Warhol. Ces trouvailles dévoilent ici les soldats talibans posant entre eux, fardés, maquillés, tenant des fleurs et posant fusils en main devant des toiles idylliques évoquant l’éden de villas imaginaires. Un romantisme et des moments de paix presque désarmants.
A voir : un diaporama commenté sur ces curieuses photographies avec les commentaires d’Ahmed Rashid, journaliste d’expérience dans la région.
A consulter : le dossier Chroniques afghanes, avec des extraits du film documentaire de Dominic Morissette.
Betty Goodwin est décédée à Montréal le 1er décembre 2008, à l’âge de 85 ans. Le Musée d’art contemporain de Montréal (MACM) lui rend hommage par une exposition en forme de rétrospective, présentée du 22 mai au 4 octobre. À la fois reconnue pour ses gravures, sculptures, peintures et dessins, Betty Goodwin est l’une des figures les plus importantes de l’art contemporain canadien. En un demi-siècle de carrière, elle a reçu plusieurs prix distingués et a participé à une ribambelle de manifestations internationales. Les institutions n’ont pas attendu sa disparition pour reconnaître l’importance de son travail : en 1976 déjà, le MACM lui consacrait une première exposition.
L’hommage qui ouvre ses portes ces jours-ci retrace, en quelque 45 œuvres, les différentes pratiques qui ont forgé la reconnaissance de l’artiste montréalaise. Ce tour d’horizon d’une vie entière dégage une cohérence frappante : une esthétique sobre, sombre, qui se développe et se répond d’un médium à l’autre, autour du fil conducteur de la trace, du deuil, de la présence et de l’absence du corps. Betty Goodwin a vécu et a grandi, en tant qu’artiste, en même temps que le Pop Art. Mais, tout en tenant elle aussi une réflexion autour de la société de consommation (elle utilise par exemple des bâches de camions dans son travail) elle s’est cependant tenues à distance des couleurs du mouvement. D’emblée, son travail a quelque chose d’ancestral, il est davantage « métaphysique », précise Josée Bélisle, la conservatrice du MACM dans le texte du catalogue de l’exposition.
Pour la néophyte que je suis, la série la plus marquante de la rétrospective de l’oeuvre Betty Goodwin est celle des vestes (et autres vêtements : une casquette, une paire de gants…) gravées, compressées à l’eau forte afin d’en tirer une empreinte fossile, imprimée comme un fantôme sur le papier. Une métaphysique qui évoque les débuts de la photographie et les premiers portraits, qui gardaient l’image des êtres après leur mort. Plus tard, Betty Goodwin enferme ces mêmes vestes (elles représentent en partie le père, le sien était tailleur) dans une boîte en plexiglas, les enterrant sous une couche de terre, superposées comme des strates géologiques, ou comme… des cadavres.
Son dessin, lui aussi, peut accrocher n’importe quel œil novice. À l’amatrice de bande dessinée contemporaine que je suis, il rappelle dans quelle lignée se situe les traits de la talentueuse Dominique Goblet, ou du plus exposé Lino (que j’apprécie un peu moins, mais il m’est immédiatement venu en tête). Crayon, huile et fusain se mêlent pour tracer des corps anonymes car toujours, au moins légèrement, leurs têtes ont été effacées. Des Nageurs, on ne sait pas bien s’ils flottent, dérivent, coulent ou remontent le courant. Ils semblent avoir lutté, non dans la violence mais dans la beauté, comme pour So certain I was, I was a Horse ou Untitled (nerves) n5. « Une grande paix dans la douleur », disait Joseph Beuys, dont Betty Goodwin était l’admiratrice.
Betty Goodwin m’a touchée, comme s’il s’agissait de découvrir une œuvre que je connaissais sans connaître, quelque chose qui m’aurait inspiré sans le savoir.
Personne ne fabule en soulignant aujourd’hui l’importance du rêve dans l’élection du président américain Barack Obama. La sémantique de l’espoir, du désir et de l’ambition s’est déployée dans toutes les directions, depuis le titre des livres “Dreams of My Father” ou “The Audacity of Hope” à la fameuse devise “Yes, we can” reprise par tous aujourd’hui en situation critique. (Je l’ai entendue à la bouche d’un entraîneur de hockey lors d’un septième match des séries éliminatoires.)Les stratèges l’avaient compris : espoir rime avec croire. (Ça fonctionne en anglais aussi, il faut le croire.)
Lors des primaires de 2008, Sheila Heti rencontre une amie, la peintre Margaux Williamson, qui lui raconte son rêve de la nuit dernière où elle magasine des pots Tupperware… accompagnée de la sénatrice Hilary Clinton. Voyant là un potentiel comique et évocateur, Heti entreprend de recueillir autant de rêves que partagés à travers le pays sur les candidats présidentiels. 800 échantillons glanés en 6 mois - Obama menant les effectifs avec une avance marginale - et on y trouve de tout. Un Barack Obama près de l’adultère, qui regarde “Lost” dans votre salon ou qui vous bat au basket-ball. En général, on y découvre le portrait d’un Barack presque messianique et d’une Hillary plutôt castratrice, présages des résultats à venir. Quand le rêve des citoyens est l’Oracle de la politique contemporaine…
La documentariste Jehane Noujaim, née d’une mère américaine et d’un père égyptien-syrien, s’est toujours intéressée aux ponts qu’on peut tendre entre les différentes cultures. Quelques semaines avant le début de la plus récente guerre en Iraq, en 2003, Noujaim a pu obtenir la permission de filmer, au Qatar, le travail de la chaîne d’information Al-Jazeera et les bureaux de direction de l’armée américaine (le United States Central Command, USCENTCOM). Le documentaire issu de cette immersion dans le conflit, l’excellent Control Room, offre donc un regard critique et nuancé sur le rôle des médias lors de la guerre en Iraq.
Invitée au TED, ces conférences où sont mis de l’avant les idées, l’innovation et l’espoir d’un monde meilleur, Jehane Noujaim se voit décernée en 2006, l’un des prix TED, qui ne consiste en rien de moins que la somme de 100 000$ et la possibilité de prononcer un souhait…
Si vous l’aviez manqué en décembre 2007, le spectacle Norman est de retour cette semaine à Montréal à la 5ème salle de la Place-des-Arts. Hommage au génie créateur d’avant-garde de l’animation, Norman McClaren, Norman fusionne danse, théâtre, musique, cinéma et technologie de projection virtuelle. La création de 4d Art Lemieux/Pilon se veut donc un déploiement multidiscplinaire où se tissent des approches documentaires, fictives et artistiques.
Il reste quelques billets, il faut faire vite!
Norman (hommage à Norman McLaren)
créé par lemieux.pilon 4d art avec Peter Trosztmer ou David Albert-Toth
du 5 au 9 mai à 20 h - Matinées le 9 mai à 15 h
Cinquième Salle, Place des Arts.
Profitez-en pour revoir quelques films du célèbre animateur, Norman McClaren.
Pierre Perrault fait partie de ses ces artistes dont l’impact est aussi important à l’internationale que chez lui, au Québec. Ce cinéaste, qu’on dit ‘de la parole’, a été une figure de l’avènement du cinéma vérité qui trouvera écho chez des regards comme ceux de Jean Rouch en France, Richard Leacock aux États-Unis par exemple. On ne peut donc pas passer à côté de ses films, dont le plus connu demeure sans doute “Pour la suite du monde” dans la trilogie de l’Ile-aux-Coudres.
Voyez ces films en intégralité sur le site de l’ONF. De plus, à suivre pendant tout le mois de mai, une série documentaire radiophonique sur Pierre Perrault diffusée sur la radio de Radio-Canada.
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Pour souligner le 10e anniversaire de la mort du cinéaste québécois Pierre Perrault, la Première chaîne de Radio-Canada (95,1 FM) diffusera à compter du lundi 4 mai une série documentaire sur son oeuvre, dans le cadre de l’émission Vous êtes ici, animée par Patrick Masbourian.
Pionnier du cinéma direct (Pour la suite du monde, Les voitures d’eau, La bête lumineuse, etc), poète (Gélivures, Chouennes, Irréconciliabules, etc), essayiste (De la parole aux actes, Le mal du nord, L’oumigmatique ou l’objectif documentaire) et homme de radio (auteur de plus de 300 émissions pour la radio de Radio-Canada entre 1956 et 1965), Pierre Perrault a poursuivi de multiples façons sa quête de la parole de l’homme québécois.
La série «Pierre Perrault: un poète sans bon sens» dresse un portrait du cinéaste en quatre volets:
Lundi 4 mai : Le cinéma direct vu de l’intérieur
Lundi 11 mai : Poète sur parole
Lundi 18 mai : La radio - écho de la parole des hommes
Lundi 25 mai : L’homme derrière le poète
La série est réalisée par Mathieu Beauchamp et Charles Plourde, en collaboration avec Jean-Philippe Pleau. Narration: Marie-Ève Soutière.
L’émission «Vous êtes ici» est diffusée du lundi au jeudi, de 20h à 22h, à la Première chaîne de Radio-Canada (95,1 FM)
Ce dimanche aura lieu un évènement tout particulier et unique en son genre. “This American Life“, une émission de radio produite à Chicago offrira une performance cinématographique diffusée à Montréal. Filmée à New York et rediffusée dans près de 400 salles à travers les États-Unis, la performance radiophonique de l’animateur Ira Glass et ses collaborateurs visitera une seule salle de cinéma au Canada : l’AMC FORUM.
Produite depuis 1995, l’émission “This American Life” , d’une durée d’une heure, offre du contenu de nature journalistique plus près de l’essai, mais également de la fiction et de l’art sonore, autour d’un seul thème par épisode. Elle a depuis gagné d’importants prix : Peabody, DuPont-Columbia et Edward R. Murrow Awards. En 2001, l’animateur Ira Glass a été nommé “Meilleur animateur radio aux États-Unis” par le journal TIME. Ses émissions hebdomadaires sont écoutées par près de 2 millions d’auditeurs, et bien sûr, sont maintenant disponibles en baladodiffusion.
“This American Life” est une émission radio à découvrir pour tous ceux qui s’intéresse à du documentaire créatif et souvent humoristique. À ne pas manquer!
***Ex-blogueuse*** Passionnée de bande dessinée et de cinéma, Julie écrit beaucoup, dessine un peu, bricole des sons, est allergique aux chats. On la retrouve sur CHOQ.FM et sur Le dernier kilomètre
***Ex-blogueuse*** Productrice de films éprise du documentaire comme de la fiction, Élaine se passionne pour le cinéma d'auteur, le court métrage et les arts en général.
Maryse étudie en médias interactifs à l'UQÀM et partage son temps entre ses nombreux champs d'intérêts. Suivez-la dans sa garde partagée entre les arts médiatiques, la musique et le théâtre.