Avez-vous remarqué cette intervention poétique sur quelques feux de circulation à Montréal? Là où le cercle rouge devient le symbole d’un coeur? Voyez le petit film de Maia Iotzova “Heart in trafic” à ce sujet.
Le « street art » ou « art urbain » est un mouvement artistique contemporain qu’on désigne également sous l’expression de « post-graffiti ». C’est que, s’il se lie intimement aux infrastructures, aux murs des villes par exemple, sa forme ira toutefois au-delà des lettres. Un travail qui retient mon attention est celui du rapprochement avec les ombres créées dans l’espace urbain. L’intervention des artistes devient alors spectacle d’un moment éphémère, l’objet d’une chance particulière d’être à un endroit, au bon moment, à l’angle parfait d’un rayon de lumière. Le public de cette expression redevient témoin puisque l’objet est ici chose du temps. Dans la perspective où la ville est génératrice de monuments et de fixité, l’art urbain et éphémère s’éloigne du piédestal de l’objet fixe pour devenir une expérience issue d’un rendez-vous…
Allons en Lituanie où l’artiste urbain Morfai joue en intervenant sur l’ombre d’un monument public. Rappelons que dans la mythologie grecque, Morphée est la divinité des rêves prophétiques. Voir les photos de”Seeder”, le planteur qui sème les étoiles ici. Également, cette vidéo montre les nombreuses idées de l’artiste avant le choix des étoiles. Tout cela évoque plus près de chez nous le travail de Roadsworth, artiste dont le terrain de jeu a longtemps été les rues de Montréal.
La densité visuelle des milieux urbains regorge de signaux de circulation ou d’affiches publicitaires. Dans ce contexte, l‘art de rue (“Street art“) se démarqueavec une volonté de s’inscrire dans les environnements de la ville. En regroupant différentes formes de pratiques qui prennent d’assaut tous les lieux imaginables des cités, une préoccupation persistante du street art demeure d’offrir un art hors des institutions “hermétiques” telles les musées ou les galeries conventionnelles. Son art va donc bien plus loin que le graffiti : “l’affiche, le sticker, le pochoir, la peinture, la mosaïque ou les installations dans l’espace urbain.”
Une première démonstration de l’ingéniosité de l’art de rue nous amène à New York. Ce qui ne semble être qu’un déchet gisant sur les sols de la ville prend vie à chaque fois venu le souffle créé par le passage du métro souterrain. Ces créatures qui jaillissent des trottoirs sont réalisées par l’artiste Joshua Allen Harris.
Une notion importante à retenir dans le street art est celle de l”intervention“, car l’art de rue a essentiellement pour toile l’espace de nos villes. Ainsi, c’est un art qui se joue aussi sous les accords de l’opération; ouvrir les yeux, ouvrir nos sens sur un espace urbain en perte de sens.
Et si le documentaire pouvait passer par le théâtre?
C’est la proposition que nous fait la troupe Porte-Parole avec la pièce Sexy Béton. Une pièce, ou plutôt une série de cinq pièces ayant toutes pour thème l’effondrement du viaduc de la Concorde à Laval en 2006. Il s’agit de la septième création de la troupe.
Le premier épisode, Qui a fait tomber ce viaduc?, est présentement à l’affiche au Centre Segal des arts de la scène.
Le public y est amené à réexaminer l’histoire de l’effondrement à travers une reconstitution de l’histoire de l’effondrement. On est loin de se contenter ici du “personne n’est responsable” qui avait conclu la commission d’enquête, et il y a un réel effort pour trouver une autre fin, où les responsables regretteraient le sort des cinq victimes et des six blessés.
Chaque soir après la représentation, un débat est mené par l’équipe de Sexy béton auquel tous sont invités.
Le format théâtral sied très bien au sujet, et à travers les deux narrateurs dont la vision des événements s’opposent, la lumière se fait lentement sur la négligence des uns et des autres. Tout y est: des extraits d’éditoriaux de l’époque, une enquête, les témoins interrogés… L’information est là, provenant de sources nombreuses, et la troupe la fait très bien passer jusqu’à nous. À voir!
Pour ma part, j’ai été étonnée tout le long de la pièce par l’ingéniosité des procédés théâtraux déployés pour créer l’effet documentaire. J’ai particulièrement apprécié le ton coupant dans la narration et le sarcasme que la mise en scène permettait. Les deux mis ensemble démontraient bien l’absurdité du cheminement du dossier de l’effondrement du viaduc de la Concorde. Vous pouvez me compter présente lors des quatre prochains épisodes de la pièce!
Vous pouvez voir ici l’annonce de Sexy Béton, pour vous donner une idée du ton de la pièce.
Sexy béton,
du 1er au 7 juin
Au Centre Segal des arts de la scène
5170 chemin de la Côte-Sainte-Catherine
‘Grand angle‘ présentera durant tout l’été une série de billets sur des manifestations artistiques et culturelles qui prennent ancrage dans l’espace de la ville. Art public, art de rue, art forain, art graffiti, art monumental, art environnemental, art participatif… Venez jouer dehors!
Alors que Montréal prépare son fameux Quartier des spectacles, nous poserons ici un regard sur le sens que peut porter l’art dans l’espace des villes. L’expression artistique a toujours été une chose de l’espace public, direz-vous, depuis les grottes de Lascaux même, mais quel rôle peut-elle réellement exercer aujourd’hui? Si habiter est une dimension fondamentale d’exister, la ville est un tissu sur lequel il faudra ouvrir les yeux de nouveau. Nous vous invitons à suivre ce parcours sur des artistes et des philosophies où la ville devient une scène à investir, de manière critique ou poétique.
***
Opération cigogne
Premier arrêt : du théâtre ambulant se déroule actuellement dans le quartier Mile-End de Montréal. Présentée par le théâtre Fractal, l’idée est de réunir spectateurs et acteurs (identifiés ou undercovers) à un point donné dans le quartier, puis de mettre en oeuvre cet évènement-spectacle qui est à la jonction de l’art contextuel, du tour de ville et du théâtre. Dans cette expérience interactive, les spectateurs participent donc au jeu, plus particulièrement à une histoire d’enquête se déroulant sur l’axe de l’avenue du Parc, entre les rues St-Viateur et Villeneuve, parfois à l’extérieur et parfois dans un établissement ou un appartement.
Le théâtre ambulatoire apparaît le plus souvent comme un alliage entre différentes formes d’expression, avec l’idée filon de l’engagement. Le fait de prendre ici les lieux de la ville (des lieux parfois désincarnés face au commun des citoyens) dans un esprit de jeu devient alors un brouillage unique de la fiction et de la réalité. Un tel spectacle promet donc de porter le fruit de bien des surprises et d’étonnements.
Une critique par Le Quatrième, blogue sur le théâtre indépendant.
Scénario et mise en scène par Annie-Claude Beaudry
Comédiens — ils seront révélés le 8 juin.
Du 28 mai au 7 juin 2009
Horaire des départs :
jeudi et vendredi à 18 h et 19 h 30
samedi à 17h et 18 h 30
dimanche 15 h et 16 h 30
mercredi 3 juin 18 h et 19 h 30
***Ex-blogueuse*** Passionnée de bande dessinée et de cinéma, Julie écrit beaucoup, dessine un peu, bricole des sons, est allergique aux chats. On la retrouve sur CHOQ.FM et sur Le dernier kilomètre
***Ex-blogueuse*** Productrice de films éprise du documentaire comme de la fiction, Élaine se passionne pour le cinéma d'auteur, le court métrage et les arts en général.
Maryse étudie en médias interactifs à l'UQÀM et partage son temps entre ses nombreux champs d'intérêts. Suivez-la dans sa garde partagée entre les arts médiatiques, la musique et le théâtre.