Chroniques turques #10
“Comment j’ai rencontré votre mère”
Déjà deux mois passés entre Istanbul, métropole tentaculaire, et le sud-est du pays… En l’étranger que je suis, l’étonnement n’a cessé de jaillir de ce mouvement d’un lieu à l’autre de ces antipodes. Plus explicitement, il s’agit de ce fameux ‘déchirement’ tant discuté par tous les clichés sur la Turquie; entre les racines de l’Islam d’une part et un désir de modernité et de sécularisation d’autre part. Or, le portrait qu’on esquisse derrière cette description m’est souvent parvenu simplement et sans avertissement. De manière anecdotique même, dans le vide à remplir d’une conversation par exemple…
A Diyarbakir, mais également à Sanliurfa quelques jours auparavant, des jeunes que je croise semblent consternés par mon ignorance : “Quoi? Tu ne connais pas la série américaine : How I met your mother?!“
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Chroniques turques #9 (vidéo)
Cem Kaya et le cinéma du Ye?ilçam (2è partie)
*revoir la première partie de l’entrevue ici*
(Voir la vidéo en pleine résolution en cliquant sur HD)
Le cinéma populaire turc des années 60 et 70, rappelons-le, fut une des industries les plus prolifiques de son époque. Avec des moyens techniques toujours insuffisants, et une inexistante formation cinématographique, le Ye?ilçam ne regardait jamais en arrière, ne se souciant que de répondre à l’excessive demande pour ses films. Prenons un détail technique en exemple: le choix de doubler la voix dans ce cinéma… Si c’était avant tout une stratégie économique (le réalisateur Faruk Kenç décida de tourner sans son dans les années 40 lorsque son matériel d’enregistrement devait être envoyé en Allemagne pour être réparé), le doublage servait également à déjouer la censure, un important problème durant ces années. On raconte qu’un scénariste devait justifier l’explosion de la roue d’une automobile lors d’une poursuite. Pourquoi la droite et non la gauche? Voyez-vous?
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Chroniques turques #8
Deux rencontres fortuites
D’abord, il y a quelques jours, dans le sud-est de la Turquie, je me suis rendu à Mardin, près de la frontière syrienne. Une vieille ville perchée sur le flanc d’une montagne et regardant vers la Mésopotamie. Or, je n’étais pas seul! Cette même journée, Recep Tayyip Erdo?an, le premier ministre actuel et son parti l’AKP, le Parti pour la justice et le développement, prenait d’assaut la ville.
Le 29 mars prochain, 2 941 représentants municipaux devront être élus en Turquie. Or, la campagne menée a des allures d’élection générale et de référendum sur d’importantes questions et notamment du “problème kurde”. Dans les districts majoritairement kurdes de la région de Mardin (non loin de Diyarbakir, la “forteresse kurde”), c’est le DTP (Parti de la société démocratique) qui tient les reines; un pouvoir que l’AKP tentera de ravir.
La présence d’Erdo?an, c’est donc une ville bourrée de policiers, des toits parsemés de tireurs d’élite, un ciel campé par des hélicoptères de patrouilles. Et bien sûr des foules et le drapeau rouge en main, venus assister à un grand spectable avant tout. L’intérêt pour ces élections? On le dit envolé depuis longtemps.
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Chroniques turques #7 (vidéo)
Le cinéma du Ye?ilçam - entrevue avec Cem Kaya (1è partie)
Dans cette première partie, Cem Kaya nous introduit à ce cinéma populaire, coloré et déjanté qu’a produit la Turquie entre les années 60 et 80.
(Voir la vidéo en plein résolution en cliquant sur HD)
Cem Kaya a grandi entre Istanbul et Berlin, où son père tenait un vidéoclub avec une collection de films turcs. “Tout les soirs, il revenait à la maison avec deux cassettes. Je crois que là est né mon intérêt… ” Aujourd’hui cinéaste, Kaya retourne vers ces mêmes films qui l’ont regardé grandir, avec la préparation d’un documentaire sur le cinéma “pop-corn” et mélodramatique du Ye?ilçam.
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Chroniques turques #6
La poussière des tapis.
Arrivé à Konya, les premières questions allaient droit au but. Quelle foi m’habitait? Quelle idée avais-je du Créateur? Quel sens donnais-je à la vie? En attendant à la gare d’Ankara, je savais que je me dirigeais vers une ville où la religion avait bien sa place et ce, depuis plusieurs siècles. Konya apparaît dans les guides touristiques comme la ville la plus religieuse de la Turquie. Pourquoi prier? J’ai osé demander, avec une naïveté avouée. Et les réflexions de mon hôte sonnent encore en moi comme le refrain de cette ville : On ne choisit pas où l’on naît, on ne choisit pas la couleur de sa peau, on ne choisit pas sa famille… Le lendemain, j’entendais la même phrase, dans un tout autre contexte.
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Chroniques turques #5
Ombres et lumières.
Il y a deux semaines déjà, je me trouvais dans un vernissage au Istanbul Modern, le musée d’art contemporain dont il était question dans cette vidéo. On y inaugurait une exposition intitulée “In praise of Shadows” - “L’éloge de l’ombre”. Ce titre, le musée l’a tiré d’une conférence donnée par l’artiste sud-africain William Kentridge, lui-même inspiré par l’oeuvre éponyme de l’auteur japonais Junichiro Tanizaki (un recueil d’essais sur l’esthétique orientale.)
Mettre de l’avant la figure de l’ombre consiste ici à revisiter l’influence du théâtre et des jeux d’ombres sur le cinéma ainsi que sur différentes pratiques en art contemporain. Le musée présente donc dans ce cadre le travail de 8 artistes contemporains venant de 7 pays différents, ainsi que l’oeuvre de deux grands cinéastes de la première moitié du 20è siècle.
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Chroniques turques #4
Libertés d’expression. Insultes et éloges.

Certaines choses me semblent difficiles à saisir comme ça, un matin, un café à la main. La “liberté d’expression” par exemple. Comme pour la faim, c’est dans le sentiment d’une absence que je commence tout juste à la saisir.
A mes yeux, YouTube surpasse parfois le statut d’un média populaire. Il est devenu, à l’image d’Internet, une sorte de greffe à notre langage, une extension de nos corps et de nos histoires. J’exagère un brin, mais à cette adresse se niche, pour le meilleur et pour le pire, une partie de nos horizons de connaissances. Une amie m’envoyait un lien dernièrement en me demandant “J’ai besoin de ton opinion sur ceci”, un autre : “si tu as le temps …” ou bien, “attends, tu comprendras mieux avec ça.” Mais d’ici, j’avoue être bredouille face à ces lignes et ces coordonnées qu’on m’expédie comme devant une clé dont la serrure a été changée. Car depuis le printemps de 2007, l’accès au plus important site d’hébergement vidéo est interdit en Turquie. Le pays appartient depuis au club restreint de “l’anti-Youtube” où l’on retrouve : la Chine, l’Iran, les Émirats Arabes Unis, le Maroc, la Thaïlande, l’Irak et le Brésil.
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Chroniques turques #3
Chroniques turques #2
Palme d’or et pluralisme culturel
Toujours sur la rive européenne d’Istanbul, à Ortaköy, (”village du milieu”) ma première photo fut un cliché obligatoire pour plusieurs photographes venant ici. En posant la caméra dans un certain angle, on flirte avec les idées reçues sur l’identité turque. La mosquée d’Ortakoy et le pont du Bosphore. Histoire, passé et Islam en avant-plan, modernité et symbole d’une rencontre entre l’est et l’ouest comme toile de fond. Tels sont étalés dans un même cadre, les éléments d’un portrait simplifié et caricatural d’un pays dont les enjeux socio-politiques semblent en réalité, hautement plus complexes et nuancés.
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Chroniques turques #1
*** Mes billets des prochaines semaines auront des airs de correspondance, de la Turquie. Grand Angle va à la rencontre du sinema turc. ***
Taksim
Un visiteur rencontre souvent Istanbul, parachuté directement en son coeur, dans le moderne Taksim, ce quartier culturel et festif de la rive occidentale. De ce carrefour, les invitations sont nombreuses et on descend d’abord l’avenue Istiklal (avenue de l’indépendance) avec ses lignes de taxis, ses restaurants, ses étals sous néon et ses parfums : une douce cacophonie, un irrésistible laisser-aller…
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