Difficile de rester indifférent face aux violences ethniques en Chine, où près de 10 000 individus de la minorité ouïghours auraient disparu en une nuit. Difficile également, de rester de pierre devant l’incapacité de Washington d’intervenir dans “les affaires intérieures de la Chine”. Lors des récentes journées de dialogue entre les grandes puissances américaines et chinoises, le président Obama avait toutefois souligné son souci de voir la Chine se comporter plus sagement dans le dossier des droits humains :
“En même temps que nous respectons la culture ancienne de la Chine et ses remarquables prouesses, nous croyons fermement qu’on doit respecter la religion et la culture de tous les peuples, que chacun doit pouvoir s’exprimer librement, a-t-il dit. Cela inclut les minorités religieuses et ethniques de Chine, aussi sûrement que cela inclut les minorités des États-Unis”. (rapporté dans Le Devoir, le mardi 28 juillet 2009)
De passage à Manchester, en Grande-Bretagne, j’ai pu visité dernièrement le URBIS, un centre d’exposition particulièrement orienté vers la culture urbaine, le design, l’architecture, le graffiti et la musique.
L’exposition présentement en vedette porte sur l’art pictural qui a soutenu le mouvement révolutionnaire afro-américain du Black Panther, fondé en 1966 aux États-Unis: “Black Panther: Emory Douglas and the Art of Revolution.”
Une affiche d’Emory Douglas (nommé Ministre de la culture du Black Panther)
La force de cette présentation est la mise en scène de l’oeuvre d’Emory Douglas dans le contexte socioculturel de l’époque. Dans un premier temps, on nous rappelle qu’entre 1889 et 1922 aux États-Unis, 3 500 personnes furent lynchées, la majorité étant des hommes noirs. En 1924, le Ku Klux Klan était à son apogée, avec près de 4 millions de membres. Les images de Douglas émergent de ce triste passé et la montée du Black Power apparaît donc emblématique du mouvement des droits civiques aux États-Unis, entraînant avec lui le rêve de l’égalité des droits pour tous.
Si le Black Panther entreprend l’art révolutionnaire comme un moment clé dans la lutte pour la libération des Afro-Américains, l’oeuvre d’Emory Douglas devient un outil d’éducation, un faisceau de lumière, puis un véritable moteur vers la prise de position. Formé par le graphisme publicitaire, Douglas façonne des illustrations qui tapissent les ghettos et qui voyagent par le journal publié par le Black Panther. Son art est intimement tissé à la politique et servira l’insurrection de la population noire partout en Amérique. L’impact du travail de Douglas est donc considérable, établissant enfin une réelle identité visuelle pour l’Afro-Américain. Inspiré du “Black Art Movement”, il fit même un pas de plus en allant puiser droit dans l’art africain, faisant usage par exemple d’amples traits noirs et de motifs détaillés.
Il faut connaître le travail d’Emory Douglas : ses oeuvres, on les observe comme on fait face au regard de la panthère. Acculée au mur, rugissante, prête à bondir.
Voir en ligne une galerie de Douglas (Museum of Contemporary Arts de Los Angeles)
Pour en apprendre davantage, voici un petit film sans retenue:
Cointelpro and the Black Panther Party par Thomas Bunn
***Ex-blogueuse*** Passionnée de bande dessinée et de cinéma, Julie écrit beaucoup, dessine un peu, bricole des sons, est allergique aux chats. On la retrouve sur CHOQ.FM et sur Le dernier kilomètre
***Ex-blogueuse*** Productrice de films éprise du documentaire comme de la fiction, Élaine se passionne pour le cinéma d'auteur, le court métrage et les arts en général.
Maryse étudie en médias interactifs à l'UQÀM et partage son temps entre ses nombreux champs d'intérêts. Suivez-la dans sa garde partagée entre les arts médiatiques, la musique et le théâtre.