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Grand angle : cinéma et culture

Un blogue sur la culture avec un accent sur le cinéma et la voix de la relève culturelle.

La Shoah et la crainte de l’oubli

Le Centre commémoratif de l’Holocauste à Montréal organise en collaboration avec le Cinéma du Parc entre le 6 et 13 novembre prochain, une série de projections de films sur la Shoah (signifiant ‘catastrophe’ ou ‘destruction’ en hébreu).

Plus de 60 ans après l’avènement des camps nazis et du génocide des juifs, l’esprit du souvenir et de la commémoration, particulièrement au travers de l’art et du cinéma, semble ne jamais s’essoufler. Par exemple, La liste de Schindler et La vie est belle sont des exemples de films marquants qui ont relevé ce défi de parler de ce qu’on considère comme la plus grande horreur du XXème siècle. Certaines questions émergent lorsqu’on est confronté à la représentation de quelquechose d’aussi inimaginable que l’Holocauste.

On peut se demander par exemple si la fiction et le cinéma sont des outils justes pour témoigner de ces évènements. Instinctivement, on est porté à croire en la fiction puisqu’elle deviendra obligatoire quand, un jour, tous les survivants de l’Holocauste auront disparu. Or, il faut se rappeler que d’importants mouvements négationnistes en Europe ont voulu justement démentir les crimes nazis en accusant certains témoignages de tomber dans le fictif, donc dans le mensonger et la tromperie…

On peut également se demander ce qu’est devenu le poids des monuments aujourd’hui. Fondamentalement, on éleve un monument pour combattre l’oubli et garder une mémoire. Bien sûr, tous seront d’accord pour que ‘plus jamais, cela ne se reproduise” , mais que ressent réellement le citoyen devant un monument pour la plupart du temps effacé dans nos paysages urbains? Fait-il vraiment un effort de mémoire?

***

En lisant sur cette question, je me suis transporté (virtuellement) dans la ville de Hamburg, en Allemagne, pour y découvrir quelquechose de fort intéressant. Il fut un temps où on pouvait y voir ceci :
Monument contre le fascisme

Monument contre le fascisme

Il s’agit du monument contre le fascisme imaginé par Esther Shalev-Gerz et Jochen Gerz. Entre 1986 et 1993, les citoyens étaient invités à y apposer leurs signatures, un geste qui devenait la promesse de garder vigilance. Puis, au fur et à mesure, cette colonne s’enfonça dans le sol, pour ne devenir aujourd’hui qu’une simple dalle. C’est un monument qui fait donc figure de “l’anti-monument”, et qui incarne le devoir de mémoire et la crainte de l’oubli auxquels nous faisons face à propos de la Shoah.  Dans ce cas, le vide devient presque plus fort que tout.

Le même monument, une fois enfoncée dans le sol

Le même monument, une fois enfoncée dans le sol

Enfin, revenons à nos moutons! Il y aura donc 4 documentaires dès ce jeudi le 6 novembre au Cinéma du Parc à Montréal. Une programmation qui s’inscrit dans la Série éducative sur l’Holocauste (29 octobre au 16 novembre 2008.)

Également, surveillez le lancement du site internet : Histoires de vie Montréal, un projet axé sur l’histoire orale et des entrevues avec des Montréalais déplacés par la guerre, le génocide et autres violations aux droits de la personne. (en partenariat avec Parole citoyenne et CitizenShift)

Lancement et réception - Histoires de vie Montréal

Vendredi, 7 Novembre 2008
17h30-19h30
Concordia Centre d’histoire orale et de récits numérisés de l’Université Concordia
Pavillon de la bibliothèque - 1400 de Maisonneuve Ouest,
10e étage


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La mémoire au quotidien

Je crois que tout bloggeur se demande un jour ou l’autre : qu’adviendra-t-il de mon blogue dans 100 ans? Qui pourra faire le ménage dans mes courriels ou entretenir mon profil Facebook lorsque je serai mort?!  Il semble évident que la notion d’empreinte digitale est de plus en plus prégnante, mais quel héritage en gardera-t-on vraiment? Les mllions de vidéos, de photos et d’écrits sur le Net deviendront-ils que poussières? Le métier d’archiviste ne m’aura jamais semblé aussi excitant… car comment archiver le virtuel?

Plus les moyens de documenter le quotidien deviennent accessibles, plus les traces laissées sur la toile se multiplient. A l’ère du numérique, on rencontre sans trop de surprise des démarches comme celle de Noah Kalina qui se photographie quotidiennement depuis près de huit ans.

Lartiste Noah Kalina

L'artiste Noah Kalina

Je suis sincèrement beaucoup plus ému devant la mémoire laissée par Jamie Livingston, un auto-portraitiste à l’âge du Polaroïd qui a documenté 18 ans de sa vie par plus de 6000 photographies quotidiennes. Entre 1979 et et 1997, ces images nous transportent dans le fil d’une vie et témoignent par la même occasion de l’évolution de New York. C’est un véritable musée aux couleurs de l’intime qui évoque cette grande puissance du rapport entre l’image et la mémoire. Car l’image est une trace et elle dit avant tout : voilà, ça a eu lieu.

Une journée dans la vie de Jamie Livingston

Une journée dans la vie de Jamie Livingston

Quand je regarde ce genre de choses, la première chose qui me frappe est cette frontière entre le très intime et l’universel. C’est une sorte d’album de famille certes, mais il n’est pas dénudé de sens pour moi. Au contraire, la vie de Jamie Livingston a un poids, une valeur historique et non négligeable. Si l’univers de l’Internet est parsemé de confessions et de traces au JE,  ces éléments sont également le paysage d’une mémoire collective qu’il faut préserver.

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A ce propos, deux récents films fait d’archives : j’ai eu la chance de voir au FNC la semaine dernière un doucmentaire composé entièrement d’images et de son d’archives d’une famille vivant dans les années 60 aux États-Unis : Must Read After My Death. Espérons seulement qu’il aura une vie en salle.

Par ailleurs, surveillez la sortie cette semaine du film de Luc Bourdon, un documentaire revisitant la mémoire de Montréal des mêmes années : La mémoire des anges.

A écoutez : Spark, de la radio de CBC, qui a réalisé une excellente émission sur la question de la mémoire digitale.

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