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Graffiti et Muralisme universitaire au FSA

“Un pays sans manifestations artistiques est un pays qui condamme à mort sa culture.”
[Sindicato de Trabajores de Las Artes Plasticas de Guatemala]

Le muralisme universitaire est une expression culturelle, de la résistance très notable sur le campus de la Universidad San Carlos, hôte du 3e Forum Social des Amériques à Guatemala Ciudad.  La réappropriation des espaces publiques, des murs universitaires pour marquer la mémoire historique, revendiquer et s’affirmer dans les luttes quotidiennes est assez criante.  Les différents édifices du campus ressemblent à un véritable musée où se rencontrent des murales aux mémoires des étudiants disparus, assassinés lors de la Guerre civile, où s’affichent des représentations de solidarité au Chili et Salvador Allende,  des symboles de la Révolution cubaines, zapatistes, guatémaltèques et une variété de murales colorés, riches et grandes en teneur historiques et politiques. Pour mieux comprendre ce phénomène visuel, voici un bref historique de l’USAC et une exposition photographique d’espaces alloués au graffiti et au muralisme lors de cette troisième édition continentale. L’USAC au cours de son histoire est devenu un centre de la conscience démocratique au pays où se sont mobilisés plusieurs groupes s’opposant à l’autoritarisme étatique. Au sein de cette institution d’enseignement supérieur, s’est révélée différentes oppositions face aux diverses inégalités sociales et économiques guatémaltèques et à la recherche d’alternatives efficaces pour construire un futur plus juste.  Durant le Forum, plusieurs rencontres informelles et principalement le débat de la privatisation de l’éducation au sein de la USAC (grève étudiante) ont fait que certains individus ont partagé leurs mémoires sur l’époque des années 80. La USAC durant la guerre civile et les années de répression a subit l’invasion des forces armées formelles et des forces armées privées, clandestines visant à intimider, éliminer les représentants militants et toutes formes de participants, individus pouvant créer ou représenter une forme de force, de lutte ou de changement progressiste au pays. Dans les années 80, époque de terreur, d’intimidation et d’offensive armée de la dictature pour réprimer toute forme de mobilisation ou production de savoir contre la dictature et la présence de mouvements révolutionnaires, plus d’une centaine d’universitaires ont été assassinés, ont disparus et par conséquents, plusieurs étudiants ont abandonné les cours par peur de représailles ou pour s’impliquer plus activement au sein des mouvements de résistances.

La lutte révolutionnaire toute comme la répression a pris des proportions dans l’ensemble du territoire guatémaltèque, jusque dans les communautés autochtones. Le régime de peur et d’oppression de la révolution a justifié l’application de politiques d’éliminations massives pour empêcher la poursuite des luttes populaires. Armée d’une campagne de terreur contre-révolutionnaire , plusieurs centaines d’étudiants et professeurs de l’Université de San Carlos ont été censurés, disparus ou assassinés . Ces vagues de violences sont profondément inscrites dans la mémoire guatémaltèque et ces histoires restent toujours vivantes à travers les luttes, les discours étudiants et à travers entre autres la culture de muralisme universitaire. Bien qu’il est toujours difficile de dénombrer réellement le nombre exact de victimes, près de 500 universitaires au Guatemala auraient disparus dont une majorité étudiait à la USAC. Ces dommages humains, en vie, ne tiennent pas compte non plus de tous les autres disparus reliés au milieu universitaire ou à la résistance ayant péri dans ce projet de « terrorisme d’état » et de complet déni d’État de droit des citoyens guatémaltèques. La réalisation du III FSA sur le campus de l’USAC était donc très justifié pour réunir des représentant de la société civile de tout le continent, pour réfléchir des alternatives constructives aux respects des peuples et de la planète et lutter contre toute forme de dominations, rompre le silence sur le génocide guatémaltèque, les méfaits de la dictature et l’implication étrangère dans ses vagues de violences au Guatemala.

Comme les murs de l’USAC communiquent la douleur, les espérances, les expériences des étudiants et du peuple guatémaltèque, la Commission de la culture a accordé un espace important et « nécessaire » aux artistes muralistes et de graffitis pour réaliser différentes murales pour enrichir le patrimoine de la mémoire collective. Ces espaces urbains souvent délavés, sales et sans vie redeviennent vivants grâce à l’imaginaire et à la magie des couleurs sélectionnées par les différents artistes. Le graffitis par exemple, pratique souvent stigmatisé par idéologie, par incompréhension, par criminalisation des autorités publiques ou médias de masse, on oublie qu’il représente un moyen d’expression vieux comme le monde, remonte à la préhistoire et est une pratique inhérente de l’être humain de communiquer, de créer et d’affirmer sa présence dans l’espace qui l’entoure.  Ce moyen de communication, cette écriture ou art visuel a une grande valeur archéologique et on en retrouve des expressions anciennes jusqu’à Tikal à l’intérieur de temples Mayas.  Pour ce qui est du  graffiti urbain, il s’est développé également dans différents contextes de conflits politiques, de guerres, de dominations et de résistance. Dans les années 60, par l’industrie de l’automobile, l’arrivée des aérosols destinées aux automobiles et comme élément de la culture hiphop promouvant le mouvement et la connaissance pour l’évolution des peuples, le graffiti s’est développé comme écriture, comme esthétique. L’histoire du graffiti mérite plus que 3 lignes mais cette parenthèse est nécessaire pour revisiter l’histoire des pratiques artistiques, des expressions humaines, de communications des peuples dans l’affirmation de leurs identités, de leurs voix que ce soit de manière formelle ou clandestine pour écouter, lire et comprendre les besoins et revendications populaires ou individuelles .  Rizer, un des artistes graffitis invités nous explique que “la culture du graffiti durant les années où il s’est pratiqué et développé au sein de la société et de l’espace urbain devient un moyen d’expression urbaine et graphique ayant pris différentes facettes dont le muralisme arrive à représenter graphiquement le vécu d’une société en réponse à ce qu’il ressent et vit quotidiennement. L’essence du graffiti a toujours tenu ce concept de moyen d’expression, d’affirmation, par lequel il se caractérise et a atteint un niveau pouvant être catalogué comme un art, un art urbain et maintenant être reconnu dans les galeries.” Le sketch suivant réalisé par Rizer en préparation de sa murale représente pour lui la société et la mémoire guatémaltèque où plusieurs symboles tels le quetzal et les chaînes rompues  (liberté), le maïs (la terre), le fusil (guerres et forme de dominations) sont symbolisés. Une explication de son oeuvre sera disponible dans un vidéo prochainement réalisé par la délégation d’Alternatives.

Voici une petite galerie de photo sur la réalisation des murales samedi le 11 octobre 2008. D’autres photos et une vidéo sur l’art comme expression de luttes suivront d’ici quelques semaines!!!!!!! Quelques photos tirées également de la Marche Continentale (12 oct. 2008) où des activitistes  ont profité de l’événément pour laisser quelques messages sur la façade de béton devant l’Ambassade Américaine pour leur rappeler leur implication dans le génocide guatémaltèque et sur la présence des entreprises minières qui font actuellement des ravages et minent des vies, des territoires au Guatémala. Par le fait même,  une intervention a été réalisée sur une publicité de GoldCorp, une grande filiale minière canadienne qui pollue actuellement la ville de Guatemala Ciudad de publicités définissant le développement comme le travail = meilleure qualité de vie.  J’en profite pour souligner l’implication de cette entreprise canadienne dans plusieurs problèmes environnementaux et conflits au Guatemala et la lutte de plusieurs mouvements sociaux et populations autochtones contre cette filiale canadienne. D’autres billets suivront sur ce thèmes suivront mais comme citoyens canadiens, je nous invite à nous informer davantage sur l’impact de cette entreprise canadienne sur le peuple et l’environnement au Guatemala! Merci!!!

Fanny-Pierre Galarneau, délégation FSA 2008, Alternatives

Catégories : Forum Social des Amériques 2008

1 Commentaire »

  Guillaume Loiselle a écrit @ 17/10/2008 à 6:23 pm

Wow! Jolies peintures! J’étais dans la délégation Alter-UQAM-YMCA et j’approuve le tout. La qualité de l’art guatémaltèques m’a vraiment impressioné tout au long du voyage! Beau travail Fanny-Pierre!

Bonne journée!

Guillaume

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