En juin prochain, à Pointe-St-Charles, je vous propose de venir participer au « Réclame ta Pointe ». Il s’agit d’un événement populaire, festif et engagé à saveur libertaire. Il y aura toutes sortes d’activités: projections de films en plein air, conférences sur l’action communautaire dans le quartier, spectacles de gum boots et de marionnettes géantes, ateliers et débats libres, etc. [ cliquez ici pour un aperçu de la programmation]
Mais, selon ce que j’ai compris, le « Réclame ta Pointe », c’est aussi un événement qui a pour objectif de proposer à la population un projet commun. Celui de créer ensemble, ce que les organisateurs appellent un « Centre Social Autogéré ». C’est-à-dire d’inventer un espace communautaire, convivial et autogéré qui serait totalement indépendant de l’État et qui fonctionnerait par démocratie directe. Un lieu de débat socio-politique, où l’on n’aurait pas peur de prendre position politiquement et d’inventer une société qui fonctionnerait sur des valeurs autres que celles du capitalisme…
Un Centre Social Autogéré, ça commence souvent par la réappropriation de bâtiments abandonnés dans des quartiers urbains… Par exemple, dans le cas de Pointe-St-Charles, on propose rien de moins que de se réapproprier les fameux terrains du CN pour les transformer en un centre d’activités culturelles, sociales et politiques. Le projet est téméraire, mais pourquoi pas!
Laissez votre imagination prendre le dessus, vous allez voir, ça fait du bien! Personnellement, j’imagine les terrains et les toits des bâtiments du CN parsemés de jardins collectifs. Un lieu urbain où l’on appliquerait le principe de la souveraineté alimentaire. Un endroit où l’on n’est pas redevable de l’État, où les décisions sont prises directement par ceux et celles qui y habitent. Un lieu où l’on se donne véritablement les outils pour apprendre à vivre ensemble dans une perspective d’autogestion… Et vous, comment imaginez-vous ces lieux ?
Ainsi, durant trois jours, le 6-7 et 8 juin, au Carrefour Populaire de Pointe St-Charles, vous aurez, entre autres, la possibilité d’échanger avec les gens du quartier sur ce projet un peu fou, mais combien génial. Parfois, il faut sortir un peu de notre routine, et prendre le temps d’oser agir ensemble sur la trajectoire du monde !
L’événement commence le vendredi 6 juin dès 17h00 au Carrefour Populaire de Pointe-St-Charles, situé au 2356 rue Centre à quelques minutes de marche du métro Charlevoix.
[une vidéo de Laetitia Bertolino et un texte de Martin St-Pierre]
En conférence de presse le 5 mai 2008, la maison d’édition Écosociété a fait le point sur le SLAPP qu’elle s’est vu assénée par Barrick Gold suite à la publication du livre Noir Canada, Pillage, corruption et criminalité en Afrique d’Alain Deneault et ses collaborateurs du collectif Ressources d’Afrique.
[vidéo] Les éditions Écosociété menacées par un SLAPP réalisation: Laetitia Bertolino
Rappelons que la sortie du livre avait été retardée de quelques jours suite à la mise en demeure que la plus importante société aurifère au monde (revenus de 6,332 milliards en 2007) avait fait parvenir aux auteurs et à la maison d’édition.
Une semaine auparavant, Barrick avait mis sa menace à exécution en intentant une poursuite de 6 millions de dollars, ce qui représente 0,1 % de ses revenus, mais 2500% du chiffre d’affaires d’Écosociété!
Soulignons le courage d’Écosociété dans cette affaire, car c’est bien sa survie qui est en jeu dans cette bataille des plus importante pour la liberté d’expression. Mais soulignons également la nécessité d’un réel débat public sur les activités douteuses des entreprises minières canadiennes à l’étranger.
Même si la nouvelle a été reprise le jour de la conférence, une version intégrale s’impose puisque les courts clips auxquels les médias nous ont habitués ne peuvent transmettre l’importance de ces enjeux.
C’est pourquoi nous vous proposons d’écouter en entier la touchante et pertinente intervention d’Alain Deneault à la conférence de presse.
Voici comment j’ai vécu ma manifestation du 1er mai dernier. Il s’agit ici d’un récit éminemment subjectif. Pour un vrai regard objectif sur ce qui s’est passé, il faudra consulter la grosse Presse à Desmarais ou l’un des nombreux médias concentrés de PKP qui, eux, c’est bien connu, ont l’apanage de l’objectivité journalistique désintéressée. À moins, bien sûr, que l’événement n’y soit malencontreusement passé sous silence…
Cette année, une vaste coalition de groupes sociaux avait décidé d’organiser sa propre manifestation et de ne pas se joindre à la grosse manifestation syndicale appelée deux jours plus tard, le samedi 3 mai. Avec un slogan comme « Le capitalisme est notre misère ! Manifestons notre colère ! », c’est à cet événement que j’avais plutôt décidé d’accorder mon appui. Je trouvais son message plus clair et radical que celui des syndicats. Car c’est bien beau de défendre le système de santé public (thème de la marche syndicale de cette année), mais ne pas mettre de l’avant que c’est le capitalisme sauvage dans lequel on baigne qui le gruge constamment pour le donner au privé, c’est se mettre la tête dans le sable. Aux autruches, je préférais donc les taupes. Elles peuvent manquer à l’occasion de perspective dans leur tunnel étroit censé mener à la révolution, mais au moins, elles ont le mérite de vouloir creuser jusqu’à la racine du problème. C’est d’ailleurs aussi le sens étymologique du mot « radical », la racine. « Protège les feuilles tant que tu voudras, si la racine est pourrie, t’auras pas de bons fruits », aurait pu dire Bakounine s’il avait été moins nomade et plus jardinier…
Bref, j’arrive un peu en retard sur la rue Ontario et la manif, qui vient vers moi, est déjà en route. Il y a beaucoup de noir et de rouge, certes, mais on est loin de la manif annuelle contre la brutalité policière : pas de rage ciblée contre les flics omniprésents, plutôt une atmosphère de chaude solidarité contre un système qui, justement, tend toujours à nous isoler pour mieux nous acheter à bas prix. Plus j’avance avec eux, plus je remarque la diversité des marcheurs de tous âges, y compris plusieurs enfants en poussette ou à pied avec leur maman. L’atmosphère bon enfant incite les commerçants de la rue Ontario à sortir sur leur porche et à accepter avec plaisir les dépliants qu’on leur tend pour expliquer le but de la marche.
Je me laisse tranquillement glisser vers l’arrière de la manif ou une petite fanfare joue des airs militants que fredonnent les marcheurs. À un moment donné, la section percussion de la fanfare devient de plus en plus présente, tout en marquant le rythme d’une manière quelque peu désordonnée… Curieux, je me retourne vers eux pour voir qui sont ces nouveaux musiciens pas encore tout à fait capables de marcher et de tenir le rythme en même temps. C’est alors que je m’aperçois que mes percussionnistes amateurs sont en fait une ligne de policiers anti-émeute qui s’approchent en ligne derrière la manif en frappant leur matraque contre leur bouclier. Mon premier réflexe a été de me dire : « Mais qu’est-ce qu’ils font là ces clowns ? Ils se sont trompés de manif ou quoi ? Les émeutes du Canadien, c’est dans l’ouest que ça se passe, pas dans l’est… ». Je me suis alors rappelé que, comme par hasard, quand du grabuge a lieu par pure délinquance, la police est capable de faire des arrestations ciblées. Capacité qu’elle perd comme par magie dès que la manifestation a un message politique, pour se rabattre vers les bonnes vieilles arrestations de masse.
N’en étant pas à ma première manif, j’aurais dû comme à mon habitude prendre alors la première rue perpendiculaire pour me soustraire à cette tactique policière malheureusement écrite dans le ciel. Mais la manif était si calme, et les gens tellement plus perplexes qu’apeurés ou agressifs, que j’ai continué à marcher avec eux. Mais ce qui devait arriver arriva. Juste avant la rue De Lorimier, alors que, « comme par hasard », nous longions la longue clôture d’une école d’un côté de la rue et les grilles de commerces de l’autre, la manif se met à refouler. Traînant mon vélo d’une main avec moi et ne voulant pas le pousser sur les jambes de ceux qui venaient de s’immobiliser devant moi, je m’arrête donc à mon tour. Sauf que derrière moi, les flics s’étaient pompés et criaient de plus en plus fort : « Move, move ! ». Même pas capables de nous réprimer en français…
« Je veux bien, mais où est-ce que tu veux que j’aille ? » lançais-je au flic qui était devant moi et qui me regardait avec un mauvais œil. En guise de réponse, je reçus un coup de matraque dans le ventre. Sympathique. C’est là que j’ai compris la pleine utilité du petit bout de matraque de cinq ou six pouces qui dépasse de l’autre côté du long bout de la matraque : ça rentre plutôt bien dans les abdos quand tu ne t’y attends pas. Encore heureux qu’il ne m’ait pas frappé juste un peu plus haut, ce con. Avec le peu de graisse qui protège mon squelette, il aurait facilement pu me péter le sternum. Avec le cœur juste derrière, ce n’aurait pas été une bonne idée.
C’est alors que je me suis réveillé. En avant de la manif, un cordon d’anti-émeute, qui semblait plus dense que celui derrière nous, bloquait complètement le passage. Avec les clôtures de chaque côté, et les cochons qui nous « vargeaient » dessus derrière, on était faite, comme on dit. Pardonnez mon langage un peu émotif ici, mais quand on voit une vieille dame se faire pousser violemment (heureusement quelqu’un l’a soutenu sinon elle tombait par terre), une poussette d’enfant (avec l’enfant dedans) se faire tasser avec sa mère si durement que la poussette en vacille, quand on voit, surtout, la peur dans les yeux de la petite fille de six ans d’une amie qui regarde tout ça, alors on devient quelque peu émotif. Ça s’appelle avoir une réaction humaine devant des actes inhumains. C’est ce que je me suis évertué à crier aux flics en face de moi, me disant qu’au moins si je passais la soirée assis à terre avec des menottes dans le dos, je n’allais pas me retenir en plus pour leur dire ce que je pensais d’eux.
Mais au moment où une jeune fille à côté de moi commençait à me dire que ce n’était pas la peine, que je parlais à des robots (ce qui était vrai, le dressage policier étant passé maître dans l’art de faire disparaître toute trace de jugement dans le cerveau de ses fantassins), à ce moment précis donc, un phénomène aussi surprenant qu’étrange survint : les flics commencèrent à reculer, lentement, d’une manière aussi coordonnée qu’ils l’avaient fait pour nous coincer (les ordres leur étant clairement venus de plus haut), jusqu’à nous ouvrir une porte de sortie par une rue perpendiculaire. « Quelle étrange stratégie… », me dis-je alors, tout de même content de retrouver ma liberté.
Mais ce qui allait se passer ensuite me montra que, loin d’être étrange, cette manœuvre avait exactement réussi le but qu’elle poursuivait : disperser les manifestants. En effet, les gens peu habitués à ce genre de répression se sont éloignés en en étant quittes pour une bonne frousse. « Je vais y penser deux fois avant de retourner dans une telle manifestation » se disaient-ils sans doute. Les autres, exaspérés par le comportement de la police, avaient maintenant la rage au cœur et haranguaient les « robotcops ». Situation toute à l’avantage de ces derniers qui n’attendaient alors que les gestes de revanches des plus outrés pour cueillir les auteurs comme un fruit mûr, avec toute la délicatesse qu’on leur connaît. C’est arrivé à l’un de mes amis dont je n’ai pas vu l’offense. Mais à voir la façon dont il s’est fait ramasser, ça ressemblait plus à l’arrestation d’un forcené qui venait de tirer dans une école qu’à un militant qui scandait des slogans en distribuant des tracts dix minutes auparavant…
Car voilà ce qui agace au plus haut point : des gens qui se tiennent ensemble et diffusent un message cohérent sur les injustices et l’exploitation dont eux et une majorité de leurs semblables font l’objet. Cela, pourtant, s’appelle le droit de manifester, et c’est un des acquis les plus précieux de nos soi-disant démocraties. « Soi-disant » parce que tout, dans les lois, est assez flou pour permettre à n’importe quel constable de police municipal, de décréter qu’il a un doute raisonnable (raisonnable pour qui, selon quels critères ?) que tel ou tel attroupement menace l’ordre public. Or, il faudra bien avant longtemps faire cesser ces abus de pouvoir qui minent à la base, à la racine (on y revient toujours), les fondements de ce que devrait être une démocratie : le pouvoir du peuple par le peuple, une peuple qui doit être informé des enjeux qui le concerne et des voies qui s’offrent à lui pour rendre sa société plus juste.
En bout de ligne, c’est le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui aurait la responsabilité de faire cesser les tactiques de bas étages de sa police qui étouffent toute tentative d’amener sur la place publique les problèmes les plus criants. Mais il est sans doute plus occupé à dîner avec un quelconque promoteur immobilier qui va « revitaliser » sa ville qu’il aime tant, surtout quand ses rues sont propres, c’est-à-dire vides de toute revendication sociale.
Mais il y a un facteur que le pouvoir en place a peut-être sous-estimé. C’est la clarté scandaleuse d’un coup de force anti-démocratique comme celui de ce 1er mai 2008. Le pouvoir en place dispose de nombreux moyens, de commissions en tables de concertation, pour faire semblant d’écouter nos revendications. Mais les gens qui, comme moi, étaient à cette manifestation et ont vu la répression gratuite et sans raisons autres que celle de nous faire taire, font en quelques heures le cheminement politique qu’ils auraient sans doute fait en plusieurs années. Tout s’accélère alors et des gens plutôt tolérants et modérés de nature en viennent à prendre la plume pour dire que ce qu’ils ont vu est inacceptable. C’est ce que je fais aujourd’hui, comme plusieurs autres par divers moyens. Et je le fais au « je », du fond du cœur, parce que la très grande majorité de mes concitoyens en ont encore un, de cœur. Et que les plus grands changements sociaux que l’on chérit aujourd’hui sont toujours venus de là.
[ Dans le contexte du Forum public Nourrir le monde ou les voitures? qui a lieu ce soir et afin d'alimenter la réflexion à propos du lien qui existerait entre l'augmentation des espaces cultivables alloués aux biocarburants et la crise alimentaire, Actualité Citoyenne vous propose un extrait de ce texte de Salim Lamrani intitulé " Biocarburants et crise alimentaire" (l'intégral se trouve sur le site Mondialisation.ca) ]
Biocarburants et crise alimentaire
par Salim Lamrani*
Les émeutes de la faim se sont multipliées à travers le monde suite à la flambée des prix des matières premières alimentaires et se sont révélées particulièrement meurtrières. Les populations du Tiers-monde, écrasées par un système économique irrationnel et insoutenable, ont exprimé leur colère sur tous les continents, que ce soit à Haïti où le Premier ministre a été démis de ses fonctions, aux Philippines ou en Egypte. Plus de 37 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine représentant un total de 89 millions de personnes sont directement affectés par la crise alimentaire1. Mais il ne s’agit malheureusement que du début.
Jacques Diouf, directeur général du Programme alimentaire mondiale des Nations unies, a mis en avant les facteurs qui ont conduit à cette hausse subite des prix, à savoir une baisse de la production due au changement climatique, des niveaux de stocks extrêmement bas, une consommation plus grande dans les économies émergentes telles que la Chine et l’Inde, le coût très élevé de l’énergie et du transport et surtout la demande accrue pour la production de biocarburants2.
Les Etats-Unis ont été les principaux promoteurs, avec le Brésil, de la politique des biocarburants pour faire face à la montée du prix du pétrole, négligeant les conséquences dramatiques et prévisibles d’une telle production. Ainsi, pour satisfaire ses besoins en énergie, Washington promeut une stratégie qui va conduire une grande partie de l’humanité au désastre. Il n’y a aucun doute là-dessus et les grandes institutions internationales sont unanimes à ce sujet, y compris le Fonds monétaire international (FMI)3.
La FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, a souligné que l’augmentation mondiale de la production de biocarburants menaçait l’accès aux denrées alimentaires pour les populations pauvres du Tiers-monde. « A court terme, il est très probable que la rapide expansion des carburants verts, au niveau mondial, aura des effets importants sur l’agriculture d’Amérique latine », a affirmé la FAO4.
En effet, la production de biocarburants s’effectue aux dépens des cultures vivrières en puisant dans les réserves d’eau, et en détournant les terres et les capitaux, ce qui entraîne une augmentation des prix des denrées alimentaires et « mettra en péril l’accès aux vivres pour les éléments les plus défavorisés », conclut l’Organisation dans un rapport présenté au Brésil5. Les conséquences sociales désastreuses de cette politique sont aisément prévisibles alors que l’insécurité alimentaire frappe déjà 854 millions de personnes6.
* Salim Lamrani est enseignant, écrivain et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il a notamment publié Washington contre Cuba (Pantin : Le Temps des Cerises, 2005), Cuba face à l’Empire (Genève : Timeli, 2006) et Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis (Pantin : Le Temps des Cerises, 2006). Il vient de publier Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008).
Offrant vitrine aux causes et aux peuples ignorés des grands médias, elle cherche à faire réfléchir et à poser un tout autre regard sur la réalité de la planète.