Laetitia en avait déjà glissé un mot dans son dernier billet intitulé « Nutashkuan et Hydro-Québec signent une entente pour le complexe de la Romaine ». En ce moment, une petite équipe de documentaristes explorent, caméra d’une main, pagaie de l’autre et téléphone satellite dans la poche, la rivière Romaine. Ces explorateurs capteront peut-être les dernières images de cette rivière à l’état sauvage …
Comme vous le savez sans doute, Hydro-Québec prévoit construire sur cette rivière un méga complexe hydroélectrique. Bientôt une autre grande rivière du Québec verra son écosystème bouleversé à jamais …
Aussi, il est possible de suivre les péripéties de l’équipe puisque par le biais de leur téléphone satellite ils envoient fréquemment de leurs nouvelles que des collaborateurs acheminent ensuite sur leur blogue « Chercher le courant ».
En fait, je voulais surtout réagir à cette photo prise au moment de leur départ, en bas du barrage Lobstick du complexe de Churchill Falls. Cette pancarte que vous voyez est en fait un avis public qu’Hydro Terre-Neuve-Labrador doit placer afin d’alerter la population sur le fait que certaines espèces de poissons contiennent un taux anormalement élevé de mercure !!!

J’ai fait un gros plan de cette photo afin que l’Avis public soit bien lisible, au cas où vous iriez pêcher du Touladi dans le coin
Trop souvent on nous martèle le cerveau qu’un barrage hydro-électrique c’est « environnement friendly » … Environnement friendly mon œil!
Après avoir fait quelques recherches sur le web, j’ai appris que certaines espèces de poissons se trouvent systématiquement contaminées au mercure, et ce, pendant près d’une trentaine d’années suite à la construction d’un complexe hydro-électrique. C’est la création du réservoir qui en est la cause! C’est donc le même sort qui attend la rivière la Romaine puisqu’on prévoit d’y construire 4 réservoirs! Mmmm des bons poissons assaisonnés au mercure en perspective!!!
D’ailleurs sur le blog Chercher le courant dans un billet intitulé « Nicolas et Alexis discutent de la contamination du poisson à Churchill Falls », il y a quelques hyperliens intéressants pour vous renseigner sur le sujet!
Pour ma part, je vous invite à lire ce texte de Pêches et Océans Canada intitulé « Les lacs expérimentaux résolvent l’énigme du mercure » et à consulter le petit dossier web confectionné, paradoxalement, par Hydro-Québec sur la question du mercure. Il est possible d’y télécharger une fiche synthèse expliquant bien le processus de la contamination du mercure dans les réservoirs hydro-électriques.
Afin de comprendre un peu comment se fait cette contamination au mercure, voici un petit extrait provenant de cette fiche synthèse produite par d’Hydro-Québec intitulée « La question du mercure dans les réservoirs hydroélectriques »:
« Dans les réservoirs hydroélectriques récemment inondés, la partie verte de la végétation, soit le couvre-sol, les feuilles et les mousses, nourrit les bactéries qui transforment le mercure inoffensif en méthylmercure que les organismes vivants (plancton, insectes,poissons, animaux ou humains) peuvent accumuler facilement dans leur organisme. Il y a donc plus de mercure dans les poissons des réservoirs (et en aval) peu après la mise en eau. Le phénomène est cependant temporaire, car les bactéries décomposent rapidement la partie verte de la végétation. »

Pour finir, je vous invite à consulter de temps à autre le blogue Chercher le courant. En ce moment, l’équipe, après avoir canoté pendant plusieurs jours sur une rivière sans nom, vient juste de prendre contact avec la rivière la Romaine. Je vous laisse sur cet extrait du dernier billet envoyé par Nicolas Boisclair qui fait partie de l’expédition. Cet extrait évoque son émerveillement, lorsqu’au sommet d’une montagne il découvre pour la première fois la rivière la Romaine:
« Vu du haut de la montagne, c’est un peu comme le Nevada ou le Colorado: des escarpements rocheux, des couleurs contrastantes, mais au lieu de gros cactus, des petits sapins de Noël clairsemés un peu partout.
Du haut de la montagne, on pouvait voir aux environs les dix premiers kilomètres de la Romaine: d’abord un chapelet de lacs entrecoupé de minuscules bras de rivière. Nous sommes sur la bébé Romaine, n’est-ce pas ?
Le couché de soleil était hallucinant! Est-ce que je vous ai dit qu’on était au paradis? » [ extrait du Journal de Bord de Nicolas Boisclair du 24 juillet 2008]
un texte de Santiago Bertolino




