Hydro-Quebec et la communauté Innu de Nutashkuan ont signé une entente, le 4 juillet dernier, de 43 millions$ en compensation pour la construction des 4 barrages du complexe hydro-électrique sur la rivière Romaine. Selon Hydro-Québec, le projet générerait des retombés économique de 3,5 G$ pour le Québec dont un tiers uniquement pour la côte-Nord. Les quatre centrales totaliseront 1 550 MW. Selon le chef de Nutashkuan, François Bellefleur, le versement de 43 millions$ qui se fera sur 60 ans servira au développement de la communauté par des projets économiques, communautaires et culturels. Les fonds seront gérés par une société conjointe du conseil de bande et d’Hydro-Québec, la Société Ishkuteu. L’entente prévoit aussi que la communauté participera à la construction et au suivi environnemental du projet. Une entente de 100 millions$ à déjà été signé avec la MRC de la Minganie en janvier 2008 et des ententes sont en cours avec les 3 autres communautés autochtones de Mingan, St-augustin et La Romaine. Le projet n’a toutefois pas encore reçu l’approbation du Bureau des audiences publiques en environnement dont les audiences sont prévues pour septembre 2008. Si le projet est accepté, il débutera dès l’été 2009.
Selon la société d’État, le complexe hydroélectrique devrait créer 2 000 emplois à chaque année de la réalisation prévue entre 2009 et 2020. Cependant, les Innus s’inquiètent des occasions qui leur seront offertes de participer à la construction due à leur manque d’expérience et de formation.
La rivière Romaine, située au Nord de Havre-St-Pierre, est une des dernières rivières encore vierges au Québec. Le projet d’Hydro-Québec ennoiera environ 275 km2 de territoire et consistera également à construire la route de La Romaine qui couvrira une distance de 150 km à partir de la route 138 et permettra le développement de la villégiature et des activités récréotouristiques. Cet aspect « suscite par ailleurs des craintes chez les utilisateurs actuels, minganois et innus, particulièrement quant à la possibilité de perte de quiétude (villégiature et utilisation concurrentielle du territoire) et au risque de surexploitation des ressources fauniques. »[1] et inquiète les Innus quant aux interactions avec les futurs pécheurs non-autochtones. Les changements provoqués par la déviation de la rivière, les inondations, la modification du régime hydrologique naturel de la rivière auront des conséquences sur la communauté et l’habitat des poissons et l’abondance des espèces. De plus, le caribou des bois est très présent dans la vallée de la Romaine et est en voie de disparition. « Tout comme le caribou, le castor est un animal très valorisé par les Innus. Ces derniers redoutent l’impact de la création des réservoirs sur la petite faune et sur les animaux à fourrure en général, mais plus précisément sur le castor. »[2]
Comme on peut le lire sur le site du Sierra Club du Québec,
« La rivière Romaine est un habitat naturel pour le saumon de l’Atlantique, le caribou des bois, l’aigle royal, le faucon pèlerin, le balbuzard, l’aigle d’Amérique, les insectes, les arbres, les fleurs sauvages et cette forêt boréale constitue un des plus importants puits de carbone au monde. Ainsi, non seulement la construction des quatre immenses centrales proposées détruira l’écosystème, la faune et la flore par l’effet de fragmentation, de contamination par le mercure et par l’inondation de vastes étendues de forêt boréale, mais en plus elle contribuera grandement aux émissions de gaz à effet de serre. Finalement, comme cela a été le cas avec plusieurs autres rivières au Québec où il y eu la construction de barrages et réservoirs, on voit émerger des impacts environnementaux négatifs à long terme sur les berges et les écosystèmes.
L’Alliance Romaine, un regroupement de scientifiques et citoyens, mène une campagne pour s’opposer au projet de barrages sur la rivière Romaine en collaboration avec le Sierra Club du Québec et la Fondation Rivières. Voici ce qu’ils proposent :
- La conservation de l’énergie sous toutes ses formes. Ce serait une option économiquement viable pour le gouvernement qui pourrait, du même coup, créer des emplois en préservant l’écosystème.
- L’appui aux énergies propres telles que l’énergie éolienne, solaire et géothermique. Ces options sont plus sûres pour l’environnement que l’édification de gros barrages et, pour cette raison, doivent être mises de l’avant.
- La reconnaissance, l’appréciation et la chance de profiter de cette belle et grande rivière. En tant que Québécois, nous devons agir pour sauver nos rivières. Pour pouvoir continuer d’en profiter, nous devons les protéger.
- Un changement radical dans notre approche du «développement ». Le plus important, pour la survie de notre planète, c’est de se préoccuper des enjeux environnementaux contemporains et de porter attention aux discours qui les concernent. Nous devons adopter une perspective plus holistique et une vision à long terme.
Visitez leur site web pour plus de détails sur leur opposition :
Alliance Romaine
Par ailleurs, une expédition en canot se prépare à parcourir la rivière Romaine pendant 50 jours dans le cadre d’un documentaire réalisé par Alexis de Gheldere. Ils veulent documenter l’écosystème de la rivière Romaine et questionner la manière de produire de l’électricité au Québec. Chercher le courant ou Alliance Romaine.
** Signez la pétition en ligne **
[1] Étude d’impact sur l’environnement, vol.1 point 6.2, Hydro-Québec Production, déc. 2007
[2] Étude d’impact sur l’environnement, vol.1 point 6.8, Hydro-Québec Production, déc. 2007
Dans les médias :
- http://www.cyberpresse.ca/article/20080705/CPSOLEIL/80704250/6586/CPSOLEIL02
- http://www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2008/07/04/007-la-romaine.asp?ref=rss


