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Mon coeur est d’or mais ma côte est d’acier

Un blogue qui questionne le concept de “région ressource” tout en documentant l’opposition des citoyens de Sept-Iles à un projet de mine d’uranium

Ferro, l’ami d’acier

Cette oeuvre monumentale du sculpteur André Michel, commandée par la ville de Sept-Iles en 1975, occupe une place importante dans l’imaginaire Sept-Ilien. Outre prêter son nom au tournoi de hockey mineur ainsi qu’à deux ou trois commerces de la place, c’est le colosse d’acier qui protège la baie, poings sur les hanches. C’est l’ouvrier alpha, volontaire et courageux.

Sa devise, dont je ne me souviens plus trop si l’on dit ” Mon coeur est d’or mais ma côte est d’acier” ou l’inverse, qui donne son titre au présent blogue, qualifie parfaitement l’esprit nord-côtier. Une tradition d’accueil légendaire, une empathie jamais démentie, mais aussi un caractère trempé, et ce que notre barde national, Gaston Miron, appelait “une grandeur farouche dans le regard”.

Pas des peureux, les nord-côtiers. Si certains pensent qu’il peuvent leur faire avaler des couleuvres et permettre qu’on plante une mine d’uranium dans leur jardin, s’ils croient les avoir à l’usure parce qu’ils sont loin des grands centres et du cirque médiatique, ils se trompent.

On ne demande pas à des travailleurs du fer de se transformer en hommes de paille (ou en béni oui-oui du salut corporatiste) …

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Malaise à Malartic

Autre preuve du cafouillage quant à la gestion des ressources naturelles au Québec: le projet de mine d’or à ciel ouvert de la compagnie Osisko (à Malartic, en Abitibi).

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Devant l’inquiétude d’une partie de la population, le gouvernement a décidé de tenir des audiences publiques.

Que se passe-t-il au cours de ces débats ?

Le discours des écologistes (et autres, humanistes) affronte celui, biaisé et intéressé, des présidents de chambre de commerce. On oppose volonté citoyenne et développement économique, comme s’il était normal que les québécois assistent, béats et confits d’aise, à l’inondation de leurs terres, qu’ils tolèrent des degrés de pollution qu’on ne retrouve même pas dans le tiers-monde, quand on ne leur demande pas d’applaudir à leur expropriation…

En bout de ligne, il ne s’agit jamais que de diviser la collectivité et de permettre au gouvernement de prendre une “décision éclairée” lui permettant de poser en champion de l’”éthique et de la morale publique” ( traduction: faire passer un agenda douteux en multipliant les “explications”).

Un constat: ces méthodes d’apaisement social où l’on endort le citoyen en lui faisant croire qu’il a voix au chapitre et que son opinion compte - alors qu’on ne fait que mettre le couvercle sur la marmite - ne dupent plus personne.

Le linguiste et militant américain Noam Chomsky parle du besoin des démocraties occidentales - ne pouvant utiliser la force pour se maintenir au pouvoir - de façonner l’opinion publique, fabriquer le consentement et de cultiver les illusions nécessaires à leur survie.

Dans Propaganda, paru en 1997, Chomsky introduit le concept de démocratie ” Canada Dry “, où les citoyens sont maintenus dans une sorte de léthargie pour être appelés de temps en temps aux urnes, histoire de choisir parmi un éventail de spécialistes dont le mot d’ordre est : ” La démocratie est quelque chose de trop sérieux pour être laissée au peuple”…

Commentaire ô combien pertinent, surtout dans le dossier qui nous occupe.

Comment peut-on faire croire aux Malarticois qu’il n’y a encore rien de décidé dans le dossier alors qu’on déménageait récemment un quartier entier, maison par maison, sous lequel Osisko entend creuser ? Deux et deux font quinze maintenant ?

Il y a cinq ans déjà, je tournais un documentaire dans lequel la juge Louise Arbour explique que la charité ne suffit pas, qu’il faut inscrire les droits économiques des personnes dans des chartes et des lois.

Tout est là.

Il faut donner force de loi à nos préoccupations, avoir des objectifs clairs et des demandes concrètes. Le chanteur Richard Desjardins en a une, lui. Une commission d’enquête sur les mines au Québec.

Je seconde. En autant que les changements proposés permettent de réécrire certains pans de notre obsolète “loi des mines”. Et de faire de nous, collectivement, des propriétaires, non des locataires.

On y reviendra.

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Une situation intenable

Un projet de mine d’uranium à deux pas des réserves d’eau potable de la municipalité; des citoyens en colère qui sortent dans la rue à 30 degrés sous zéro pour protester avec pancartes et porte-voix; une trentaine de médecins qui menacent de foutre le camp si on donne l’aval au chantier; un conseil municipal qui vote pour l’arrêt des procédures et demande un moratoire provincial; et malgré cette unanimité contre le projet, un gouvernement qui s’entête, chipote sur la question.

Scénario de film d’anticipation, science-fiction régionale ou théorie du complot ? Même pas. On est dans le très réel mes amis, et ça se passe à Sept-Iles présentement, sur la Côte-Nord. « Je n’ai jamais vu les citoyens aussi fâchés et mobilisés contre un projet », avouait le maire Ghislain Lévesque au quotidien The Gazette en février dernier.

Pour comprendre, il faut imaginer une mine d’uranium à ciel ouvert dans les environs du lac Kachiwiss, une quinzaine de kilomètres au nord de la route 138, avec tout ce que l’exercice comporte: émissions de gaz radon, radioactivité, pollution de la nappe phréatique; la totale du cauchemar environnemental.

Ladite mine est ensuite raccordée au chemin de fer qui transporte normalement le minerai (de fer, essentiellement) des sites d’extraction de Wabush et Labrador city jusqu’au port de Sept-Iles, qui donne sur l’archipel du même nom, un écosystème unique – là, ça ne va pas, mais pas du tout.

Une certitude: écologie et nucléaire sont inconciliables, d’autant que le choix a été fait dans les dernières années par les instances municipales d’encourager la venue de bateaux de croisière, de promouvoir l’écotourisme et de protéger la baie et les berges, elles-mêmes menacées par l’érosion.

Soyons clair : les nord-côtiers n’ont rien contre les mines en tant que tel, une part importante de l’économie régionale, mais contre l’uranium précisément, sa dangerosité et les problèmes éthiques qu’il pose.

À l’origine de la protestation, Marc Fafard et les activistes du SISUR (collectif Sept-Iles sans uranium) réclament un moratoire sur l’exploration et l’exploitation uranifère au Québec tel qu’il en existe déjà en Colombie-Britannique, en Nouvelle-Écosse et, plus partiellement, au Nouveau-Brunswick. Ils demandent aussi le retrait des permis accordés en catimini, sans consultation publique.

Comme me l’avouait un économiste il y a quelques années, alors qu’on spéculait déjà sur le projet de Terra Ventures au lac Kachiwiss, « on est une région ressource : des mines, du bois, pis de l’eau en masse. Faut pas se faire d’idées là-dessus, on cultivera pas des bananes pis des mangues demain matin. Mais ça ne nous empêche pas de protester et de refuser qu’on nous empoisonne à petit feu… »

Le présent blogue documentera la lutte des citoyens de Sept-Iles pour le retrait du projet et l’adoption d’un moratoire. Comme toujours je compte voyager léger, avec les seules armes du bourlingueur numérique : une petite HD cam flambant neuve, le sans-fil qui va avec, un calepin froissé et mon vieux laptop.

D’un point de vue didactique, le blogue permettra aussi de questionner le concept de région ressource, cette idée d’un milieu défini par sa fonction, d’une aire qui n’existe que pour ce que l’on peut en tirer et dont le développement n’a rien de durable, les matières ayant préséance sur l’humain.

En prenant la moyenne Côte-Nord comme zone témoin, et parce qu’il faut en finir une fois pour toutes avec ce buffet ouvert de l’exploitation minière au Québec, nous examinerons les bases historiques de cette situation qui normalise le bradage de larges portions du territoire aux groupes industriels étrangers et leur transfère la responsabilité du développement socio-économique. Une telle forme de colonialisme industriel ne peut avoir de prise que dans une société géographiquement et historiquement engourdie, qui voit cette situation comme une fatalité.

P.S. : Parce qu’on ne peut toujours être dans la démonstration et la théorie, les sourcils froncés et l’index qui pointe, je vous parlerai aussi de moi, de mes marottes et de mes émois, la grande et la petite histoire se mélangeant allègrement, se répondant.

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