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Mon coeur est d’or mais ma côte est d’acier

Un blogue qui questionne le concept de “région ressource” tout en documentant l’opposition des citoyens de Sept-Iles à un projet de mine d’uranium

La France contaminée

Dépendante du nucléaire pour sa production énergétique, la France se réveille d’un long sommeil citoyen et mesure désormais l’ampleur du problème: routes, stades et immeubles contaminés, mépris des pouvoirs publics envers les citoyens, entreprises prêtes à tout pour dégager des profits, etc.

Début 2009, un documentaire de l’émission “Pièces à conviction” sur France 3 levait le voile sur ce qu’il est désormais permis d’appeler “le scandale de la France contaminée”.

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Entre autres sujets, on y discute d’une compagnie, Cogema, désormais intégrée au groupe Areva, dont les pratiques soulèvent des questions non seulement en France, mais dans plusieurs coins de la planète.

Au Niger, la Française lançait récemment le projet d’Imouraren (2012), une gigantesque mine d’uranium dont personne ne veut. Personne sauf le gouvernement local, qu’on a arrosé de billets.

Par une drôle de coïncidence, on apprenait ce matin, au déjeuner du forum citoyen, qu’Areva est la compagnie témoin que la conférence régionale des élus de la Côte-Nord a invité pour parler de l’exploitation d’uranium…

Les mots me manquent, mais je dirai quand même ceci: quelqu’un, quelque part, nous prend pour des cons, des incultes et des illettrés.

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L’hypothèse du triangle radioactif

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Rasvan Popescu a exprimé le premier son inquiétude face aux travaux d’exploration uranifère sur la Côte-Nord.

L’ingénieur d’origine roumaine - président de la firme Progénie - explique ici les conséquences d’un hypothétique déversement d’uranium dans la baie de Sept-Iles.

L’homme parle d’expérience, sa famille ayant subi les contrecoups de la catastrophe de Tchernobyl.

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Citoyen Fafard (1) - Kachiwiss

Le 29 mars dernier, une centaine de Sept-Iliens se rendaient au Lac Kachiwiss - 12 km du centre-ville - pour manifester leur opposition au projet de mine d’uranium de la compagnie Terra Ventures.

Sous l’impulsion du porteur de projet, Marc Fafard, une oeuvre éphémère fut mise en place, véritable ballet où motoneiges et citoyens formaient ensemble le symbole de la radioactivité.

Il n’y a qu’un esprit libre pour penser à ça, cette géométrie de motoneiges en mouvement avec le shaputuan dans le milieu.

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Le même gars - que nous suivons pour le film - organise le Forum Citoyen Plus, un événement parallèle au forum (un brin occulte) de la CRÉ :

On sera sur place pour filmer, jaser, projeter des films. Manger des crevettes aussi.

Départ mercredi. Vidéo-conférence jeudi soir et projection de Parole citoyenne à l’Auberge Le Tangon samedi soir, en clôture d’événement.

Beau programme.

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Terrain(s)

D’en haut, elles se ressemblent toutes.
Ma fille leur pointe un index mou contre le hublot, ma femme pose des questions.

Les Isles rondes de Jacques Cartier.
Ce qu’elles peuvent être belles, chacune plus touffue que sa voisine, plus ébouriffée.

Et que de souvenirs, mes amis.

Le temps de se rassurer, de se dire que” oui, c’est bien la grande Basque celle-là”,
Et voilà qu’on survole des bâtisses, puis des hangars,
Un peuple entier d’épinettes,

Ensuite ça se dégage,
Et on touche la piste
Presque du feutre

Sur le chemin de la maison, dans le vieux pick-up rouge de mon père
J’ai fait du repérage, pris quelques photos
(que voici)

Same old voie ferrée
Qui ramène des wagons chargés de minerai
Qu’on manutentionne aux installations portuaires de l’Iron Ore Company

Comme par hasard
Deux barges de la Canada steamship
Mouillaient dans la baie
Non loin de l’aluminerie Alouette

On est rentrés par le boulevard Laure,
Cette fausse avenida qui sépare la ville en deux

Un boulevard que Foglia a déjà qualifié de “Stalinien”
- un peu fort -
Et dont il est mention dans les pages de Nikolski de Nicolas Dickner

Après avoir déchargé les bagages
Installé la petite dans son parc
Et joué avec mon vieux labrador à bout d’âge qui n’a plus de force dans le rinqué
Sitôt assis
S’est posée devant moi une assiette de pattes de crabe et de crevettes fraîches

Oh my, my…

J’ai mangé comme je le fais tout le temps
En brisant les pattes pour aspirer le jus salé
En me gavant d’oeufs de crevette avec les doigts

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Une brèche dans le Plan Nord

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Lors de la dernière campagne électorale, en pleine débâcle économique, le premier ministre Charest nous sortait un lapin de son chapeau: le fameux Plan Nord.

Dans une vidéo qui nous le montre particulièrement emphatique, évoquant les grandes figures libérales du passé et leurs réalisations, il nous dévoile son grand projet de faire du nord du Québec un immense chantier, pourvoyeur de richesse et d’espoir.

Debout à une tribune devant de grands écrans sur lesquels défilent des images de notre nord mythique, le monsieur pose en père d’un new deal énergétique et minier pour le Québec, vantant nos ressources minérales et surtout son plan de les arrimer à des politiques fondées sur le développement durable et l’énergie propre.

Nulle part dans la vidéo il n’est mention de l’uranium. L’omission est trop forte dans le contexte pour qu’on ne la relève pas. Ça pose problème parce que les électeurs qui ont reporté ce gouvernement au pouvoir n’ont pas voté pour le nucléaire et l’uranium, mais pour un agenda minier responsable.

Ils n’ont pas demandé à ce gouvernement de gouverner en autocrate comme si le Québec lui appartenait en propre. Le Québec appartient à tous les citoyens québécois - que le gouvernement a la tâche de représenter, non d’infantiliser (la nuance est importante).

Des mines, oui. Mais pas trop et pas n’importe comment.

De l’uranium, non.

Et puis faire du nord un grand chantier, ce n’est rien de nouveau. D’ailleurs, et c’est bien là le problème, on pourrait dire que ça n’a toujours été que ça, un chantier.

En fouillant, j’ai retrouvé ce petit film de propagande datant de 1956 qui nous raconte sur le même ton triomphaliste la construction et l’inauguration du chemin de fer du lac Knob relié au port de Sept-Iles.

Les plus attentifs reconnaîtront Maurice Duplessis parmi les dignitaires. Monsieur “une cenne la tonne” venu bénir en quelque sorte - le prêtre n’est jamais loin à l’époque - ce chemin de fer qui court toujours sur 550 kilomètres dans la toundra nord-côtière.

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Un forum en travers de la gorge

En ouverture de ce blogue, j’ai posé la problématique suivante:

Une compagnie, Terra Ventures, veut exploiter un gisement d’uranium aux limites de la ville de Sept-Iles. Les citoyens sont contre. Même ceux qui voient des opportunités au niveau de l’emploi reconnaissent les risques au niveau de la santé publique (et environnementaux, sinon éthiques) que pose le projet.

Trois milles d’entre eux signent une pétition et obtiennent du conseil de ville une motion demandant la suspension des permis de travaux forestiers et d’exploration, puis carrément un moratoire sur l’exploration et l’exploitation uranifère au Québec.

C’est clair, net et précis. Abondamment documenté. Le gros bon sens.

Que fait le gouvernement quand il reçoit l’information ? Il commande un forum à la conférence régionale des élus, à organiser pour la fin mai . L’opposition des Sept-Iliens ne suffit pas parce que les dés sont déjà pipés; il faut des avis qui justifieront l’agenda, du lubrifiant médiatique pour faire passer le morceau dans la gorge du citoyen, qui finira bien par se résigner et faire le bon chien.

Il entreprend de mêler tout le monde, de diviser. Il fait circuler des thèses absurdes et des communiqués dans les hebdos régionaux, fait écrire au directeur de la santé publique de la Côte-Nord que ” non, non, non, pas de problème, l’uranium n’est pas dangereux” (on exagère à peine cette construction médiatique aussi gauche qu’erronée).

Non content, il fait intervenir un tel et un autre de l’institut des mines, et pousse au devant de la scène le ministre chargé de la région, Serge Simard, lequel s’empresse d’affirmer que “l’information, non la peur, guidera les débats”.

Quelle information au juste ? La vôtre, M. Simard ? Celle du MRNF, de l’association de l’exploration minière du Québec et de son directeur, Jean-Pierre Thomassin ?

Précisons que ce forum devait au départ être réservé aux “spécialistes”, aux développeurs et autres intervenants de l’industrie. Devant la grogne populaire, on l’a ouvert au public, mais c’est la croix la bannière pour s’y faire accréditer en tant que vidéaste-reporter.

En quinze ans de métier, je n’ai jamais eu le moindre mal à être accrédité pour couvrir un évènement au Québec ou ailleurs.

“Réservé aux médias régionaux”, m’a-t-on répondu.

Né à Gagnon, élevé à Port-Cartier, résidence à Sept-Iles; j’ai failli m’étouffer de rire.

Ceci expliquant peut-être cela, les gens du collectif SISUR ont décidé de faire un événement parallèle; un vrai forum ouvert à tous, dont je vous entretiendrai dans les prochains jours puisque je quitte pour Sept-Iles avec mon équipement demain matin.

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Creuser sous le balcon (s’il le faut)

Pour comprendre le raisonnement derrière l’attribution de permis d’exploration de sites uranifères sur la Côte-Nord (ils sont nombreux, on y reviendra), il faut poser la question suivante:

Pourquoi l’uranium ?

1- Parce que c’est payant. Entre 40 et 45 dollars la livre (selon le Wall Street Journal), le prix d’une tonne de minerai de fer.

2- Parce que la demande est forte sur les marchés, spécialement dans les pays qui ont bâti leur politique énergétique autour du nucléaire et dont on doit alimenter les centrales. Il y a aussi la production d’isotopes médicaux, une utilisation plus vertueuse que la création de réacteurs et ogives qui ne viennent qu’enrichir le complexe militaro-industriel planétaire.

Donc, d’un point de vue strictement économique, le prix est bon et les applications multiples. Rentabilité assurée.

Mais un instant.

On a beau pérorer, examiner la question sous tous les angles, les preuves de la dangerosité de l’exploitation uranifère sont avérées et accablantes.

Et on ne parle pas de la manutention et du transport, des risques encourus. Comment gère-t-on un déversement d’uranium ? On ne gère pas, on subit. Pendant des décennies.

Tellement payant l’uranium qu’en Virginie, un retraité de l’armée est prêt à ce que l’on creuse sur ses terres, jusque sous son balcon s’il le faut.

L’histoire est rapportée par The Economist, pas exactement un canard de gauche.

Son problème à ce monsieur, c’est que l’état de la Virginie possède un moratoire sur l’exploration et l’exploitation de l’uranium.

Tiens donc.
En plein ce que l’on veut pour le Québec.

Ironique, non ?

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