Avec la récente remontée du prix de l’uranium, les projets d’exploration se sont multipliés sur le territoire du Québec, passant de 2-3 projets en 2004 à plus de 70 projets en 2008. Ces projets concernent principalement cinq régions de la province, soit l’Outaouais, les Hautes-Laurentides, la Côte-Nord, les monts Otish et le Nunavik.
L’exploration minière est la première étape de la chaîne de l’uranium et du nucléaire. Une fois les gisements découverts, ils sont exploités (généralement sous forme de mines à ciel ouvert), puis le minerai est broyé, transformé chimiquement et enrichi pour produire le combustible servant à alimenter les centrales nucléaires. Une fois utilisé, le combustible est entreposé temporairement sur le site des centrales nucléaires parce qu’il est trop radioactif pour être déplacé, et ce, pendant 7 à 10 ans. Par la suite, l’uranium peut être réutilisé pour produire du plutonium, composante essentielle de l’armement nucléaire.
De nombreux déchets et résidus dangereux sont produits tout au long de la chaîne de l’uranium et du nucléaire. Ces résidus demeurent radioactifs et doivent être gérés et surveillés pendant des milliers d’années.
Risques pour la santé
Si l’exploration uranifère n’est pas l’étape la plus polluante de la chaîne de l’uranium, imposer un moratoire sur cette étape cruciale permet d’éviter les problèmes majeurs associés aux étapes suivantes. Par ailleurs, il n’existe aucune étude qui prouve que l’étape d’exploration est sans danger pour la santé et l’environnement, en particulier en ce qui a trait aux impacts cumulatifs et à long terme des travaux d’exploration intensive réalisés pour sonder les sols et le socle rocheux contenant de l’uranium.
Outre les risques pour les travailleurs (hausse démontrée de 20 % du taux de cancer des poumons, en plus d’autres types de cancers et de problèmes pour la santé plus difficiles et plus complexes à démontrer), les impacts sur la santé et sur l’environnement de l’exploitation de l’uranium sont principalement associés aux résidus miniers générés. Or, en plus des impacts négatifs généralement associés aux résidus miniers des mines de métaux traditionnels, tels que le drainage minier acide et la contamination aux métaux lourds, les résidus miniers des mines d’uranium constituent un important risque de contamination radioactive.
Les résidus peuvent contenir jusqu’à 85 % de la radioactivité qui se trouvait originalement dans le gisement et demeurent radioactifs pendant des centaines, voire des centaines de milliers d’années. L’entreposage des résidus miniers à la surface expose de grandes superficies de terrain à l’action des éléments, augmentant le risque d’émissions du gaz radon, de poussières radioactives et toxiques, et de contamination avec les eaux de surface et souterraines. La grande superficie des sites de dépôts de résidus miniers signifie également que des pans importants du territoire perdent leur valeur à perpétuité et ne peuvent être voués à d’autres usages.
Plusieurs risques
Les principaux risques environnementaux des mines d’uranium sont donc associés à l’entreposage et la gestion des résidus miniers, notamment: les risques de déversements accidentels; les risques de propagation de poussières et de gaz radioactifs pouvant affecter les animaux et les populations environnantes, et les risques de contamination des eaux de surface ou souterraines par exfiltration ou infiltration d’eau contaminée. Il n’existe encore aucun cas et aucune méthode éprouvée et testée à long terme qui permette d’éliminer ces risques. La Saskatchewan, seule province actuellement productrice d’uranium au Canada, est elle-même aux prises avec plusieurs sites de résidus miniers d’uranium dont elle devra assurer à perpétuité le suivi et le maintien.
Les risques pour la santé reliés à l’exploitation de l’uranium sont multiples et complexes. Ils relèvent du caractère radioactif des sous-produits de l’uranium, ainsi que de son association dans le sol avec de nombreux métaux lourds et autres éléments toxiques, tel l’arsenic.
Éléments radioactifs
Comment l’uranium peut-il agir sur notre santé? Il faut d’abord savoir que l’uranium est un métal lourd naturellement instable, dont la radioactivité génère une longue série d’autres éléments radioactifs, y compris le polonium-210 qui est des milliards de fois plus toxique que le cyanure d’hydrogène. Somme toute, les éléments radioactifs issus de la désintégration de l’uranium ont chacun leurs caractéristiques propres, et ont des effets différents dans le corps humain, pouvant occasionner une panoplie de cancers, de problèmes sanguins et de problèmes reliés au système reproducteur (infertilité). Le radon est la principale cause de cancer du poumon chez les non-fumeurs.
Par ailleurs, il est faux de prétendre que l’on a besoin davantage de mines d’uranium et de centrales nucléaires pour soutenir la production d’isotopes médicaux. Ce sont plutôt de davantage de laboratoires et de petites unités de production de ces isotopes que nous avons besoin, lesquels peuvent très bien être alimentés par les grandes quantités de matériel radioactif déjà en circulation.
Sur le plan économique, les contribuables québécois paient une part importante des dépenses en exploration pour l’uranium (estimée à 40 %, soit près de 60 à 80 M$ entre 2004 et 2008) à cause de programmes fiscaux de toutes sortes (actions accréditives, crédits d’impôt remboursables, programmes de soutien, etc.)