Mon coeur est d’or mais ma côte est d’acier
Un blogue qui questionne le concept de “région ressource” tout en documentant l’opposition des citoyens de Sept-Iles à un projet de mine d’uranium

Au lendemain des dernières élections municipales, le nouveau conseil de ville de Sept-Iles s’engageait à prendre le pouls des citoyens quant au projet de la compagnie Terra Ventures dans la région.
Les résultats sont maintenant connus: 91 % des Sept-Iliens sondés par la firme Léger marketing se prononcent contre l’exploration et l’exploitation d’uranium au lac Kachiwiss.
Radio-Canada donne les détails ici.
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Quelques heures après avoir publié le billet précédent, j’apprends que Terra Ventures a décidé de suspendre ses travaux d’aménagement d’un chemin d’accès au site minier du Lac Kachiwiss.
Mieux encore, la compagnie confirme qu’elle cesse ses opérations de forage.
Évoquant le prix de l’uranium sur les marchés et le projet de scinder l’entité en deux compagnies distinctes, elle ne confirme toutefois pas l’abandon définitif du projet.
Certains le font pour elle, optimistes de nature, mais je me garderais une petite gêne à leur place.
*
Le communiqué de la compagnie laisse croire que c’est le marché qui a eu raison du projet et non la colère des citoyens.
J’en doute.
Au-delà du marché, cette lutte contre l’uranium campe désormais sur le terrain politique:
- Elle jette les bases d’un nouveau contrat social entre les nord-côtiers - Québécois et Innus rassemblés - et leurs élus.
- Elle questionne notre rapport à la forêt et aux ressources naturelles, nous obligeant à reconsidérer nos modèles de gestion et d’occupation du territoire.
- Elle remet le citoyen au centre de l’espace public (lire le magnifique “Recours didactique” de Gaston Miron):
Je suis sur la place publique avec les miens/et mon poème a pris le mors obscur de nos combats
Mais par-dessus tout, et c’est là où il y a un réel progrès, elle est en train de faire la preuve qu’il est possible d’agir sur les politiques d’un gouvernement plutôt que de les subir à perpétuité.
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Pendant que 1200 personnes sortaient dans la rue à Sept-Iles hier pour manifester leur opposition au projet de mine de la compagnie Terra Ventures, le président de la très impopulaire junior de l’uranium brillait toujours par son absence.
Drôle de stratégie médiatique: appels non retournés, mise en demeure du conseil de bande de Uashat-Maliotenam ignorée, etc.
Silence radio.
On a quand même trouvé dans l’internet une vidéo promotionnelle de sa compagnie. Double-cliquez sur l’image pour écouter son speech de vente.
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Mercredi, le conseiller juridique pour la communauté innue de Uashat-Maliotenam, Jonathan Genest-Jourdain, était l’invité de l’émission du matin à la radio de la SRC Côte-Nord.
Brillant, articulé, il a expliqué la position du conseil de bande quant à la venue d’une possible mine d’uranium sur le site du lac Kachiwiss.
C’est non. Et ce n’est pas négociable.
Pourquoi ?
Parce que l’exploration et l’exploitation de l’uranium contreviennent aux activités traditionnelles des Innus. Elles vont à l’encontre des modèles d’occupation et de gestion du territoire que la communauté souhaite mettre de l’avant.
Sans compter les dangers pour la santé publique, évoqués par les scientifiques et le corps médical, qui feraient des Innus - les premiers utilisateurs de la forêt - des victimes potentielles de la contamination environnementale.
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Sur le site de Radio-Canada, la CRÉ de la Côte-Nord se rallie au groupe Sept-Iles Sans Uranium:
La Conférence régionale des élus (CRE) de la Côte-Nord prend finalement position dans le dossier de l’exploitation de l’uranium.
La CRE donne son appui au mouvement Sept-Îles sans uranium et se prononce contre le projet d’exploration piloté par Terra Ventures au lac Kachiwiss, au nord de Sept-Îles. Pourtant, en mai dernier, lors du forum sur l’uranium, la CRE avait refusé de se prononcer sur le sujet.
« Évidemment, dans le cas de Sept-Îles, il y a certaines inquiétudes qui ont été manifestées. Il faut dire également qu’il y a eu des élections. Il y a eu des changements au point de vue du conseil d’administration de la conférence, donc la position maintenant a été donnée pour le cas de Sept-Îles », soutient le directeur général de la CRE, Patrick Hamelin.
La CRE ne s’oppose pas à d’autres projets uranifères. Ils doivent toutefois obtenir l’appui de la population locale.
Rappelons que 23 médecins entendent démissionner si le projet d’une mine d’uranium se poursuit à Sept-Îles. Les professionnels de la santé pressent à nouveau le gouvernement du Québec d’imposer un moratoire sur tout développement uranifère dans l’ensemble de la province.
Nouveau président à la CRE
Julien Boudreau succède à Georges-Henri Gagné à la tête de la CRE de la Côte-Nord.
Élu sans opposition au poste de préfet de la MRC de la Minganie, M. Boudreau prend en charge la CRE pour un mandat de deux ans.
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Au tour de Josée Legault, chroniqueuse politique à l’hebdomadaire Voir, de tomber sur la tomate du gouvernement Charest quant à nos politiques minières moyenâgeuses et le secret qui les entoure.
L’article, éloquent, est justement titré “Mine de rien“.
Il souligne non seulement l’absence de transparence et de débat dans ce dossier, mais les problèmes structurels des régions ressources comme la Côte-Nord:
Cette histoire en cache une autre. Celle de la relation particulièrement avenante qu’entretient depuis des lunes le Québec avec les minières. Regorgeant de ressources naturelles, le Québec demeure à leurs yeux un objet de convoitise. Et selon les régimes en place, la Belle Province se fait plus ouverte ou plus fermée à leurs avances. Qui n’a pas entendu parler de Maurice Duplessis cédant l’exploitation du minerai de fer à l’Iron Ore pour “un sou la tonne”?
Même cette année, le vérificateur général trouvait que de 2002 à 2008, 14 minières n’avaient versé aucun droit minier même si elles avaient produit annuellement pour 4,2 milliards de dollars. Amir Khadir de Québec Solidaire soulignait aussi qu’au cours des dernières années, les minières “ont extrait pas moins de 17 milliards de dollars du sous-sol québécois en or et en métaux. Là-dessus, ces compagnies n’ont payé que 260 millions de dollars en redevance à l’État québécois, soit un maigre taux de 1,5 %. Dix fois moins qu’un pourboire au restaurant! (…) Clairement, on se rit de nous!” En effet.
Bref, le Québec demeure un paradis pour les minières. À tel point que même si le gouvernement Charest a promis depuis de serrer la vis aux minières, son projet de loi sur le sujet reste faiblard.
Les minières savent en fait que le Québec est “open for business“, comme on dit. Quitte, dans certains cas, à se préoccuper de la santé publique après coup. Selon Le Devoir, Terra Ventures serait même une “société minuscule” dont l’argent dépensé “provient en totalité d’investisseurs à la recherche de titres très spéculatifs qui espèrent que l’action s’envolera un jour“. Vous avez dit “moratoire”? Oui. Et ça presse.
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Parmi les lieux communs et les clichés qui circulent ces jours-ci à Sept-Iles et sur la Côte-Nord, il ne s’en trouve aucun de plus particulièrement tenace que celui-ci: les médecins contre l’uranium prennent la ville en otage en menaçant de démissionner si leur cause n’est pas entendue par le gouvernement.
C’est faux, bien entendu. Archi-faux.
La vérité, c’est que la population nord-côtière est otage d’un gouvernement qui, depuis un an, gère ce dossier avec une désinvolture qui frôle le mépris.
Un gouvernement qui - soucieux de son agenda industriel davantage que du bien commun - a décidé de procéder dans son attribution de permis de route d’accès en dépit de la volonté citoyenne.
Au fait, le Québec, c’est une compagnie privée maintenant ?
À lire, cette lettre de Pascale Lafortune, médecin, spécialiste en médecine interne, publiée ce matin:
En tant que médecin cosignataire de la lettre écrite par un groupe de médecins de l’hôpital de Sept-Îles concernant un projet de mine d’uranium à proximité de la ville, je désire exprimer mon opinion sur le sujet.
Les nombreuses publications scientifiques traitant des effets délétères de l’exploitation (et peut-être de l’exploration) de l’uranium sont suffisantes pour me convaincre de son effet nocif sur la population. Il est également très important de souligner que le site actuel d’exploration se situe à environ 15 km de la ville de Sept-Îles et tout proche de sa source d’eau potable et de la magnifique rivière Moisie.
Je me questionne sérieusement sur l’attitude actuelle de notre gouvernement majoritaire, qui refuse d’imposer un moratoire sur l’uranium alors que plusieurs autres provinces ont statué sur le sujet, et ce, en 2009 pour l’une d’entre elles. Je suis attristée de constater que des compagnies avides de profits ont davantage d’influence sur le gouvernement que peut en avoir la population d’une région et la santé des Québécois. Je ne peux passer sous silence l’odieuse remarque de madame Nathalie Normandeau, vice-première ministre, comparant le projet d’uranium à celui de la rivière La Romaine.
Advenant l’exploitation d’une mine d’uranium à Sept-Îles, ce serait avec beaucoup de déception et d’amertume que je remettrais ma démission comme médecin, et ce, après 13 années de pratique dans ce milieu de travail épanouissant.
C’est la citoyenne et médecin qui invite la population en désaccord avec le projet d’uranium à manifester ouvertement son opposition. En espérant pouvoir offrir encore longtemps mes services médicaux à la population septilienne.
Voilà qu’on dépêche maintenant le Dr. Alain Poirier pour conter fleurette aux vingt-trois praticiens, leur expliquer le consensus médical, la position de l’ordre des médecins, et quoi encore.
Extrait de l’article de radio-canada.ca:
Afin de tenter de désamorcer la crise en gestation, Québec a décidé de dépêcher cette semaine le directeur national de la santé publique, Alain Poirier, à Sept-Îles. La rencontre avec les médecins démissionnaires devrait avoir lieu vendredi prochain.
D’après le bureau du ministre de la Santé, Yves Bolduc, M. Poirier aura pour mission d’expliquer aux médecins mécontents que les activités d’exploration d’uranium sont sans danger.
Et si les médecins du CRHSI avaient justement fait leurs devoirs ? Et s’ils avaient raison sur l’industrie, le MRNF, les géologues à tous crins et autres “développeurs” patentés ?
Et si bien soigner ses patients, et avoir à coeur leur santé, en 2009, c’était d’abord les prévenir d’un environnement radioactif et toxique ?
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Dans un papier intitulé “L’alerte raisonnable” et publié hier dans Le Devoir, l’éditorialiste Jean-Robert Sansfaçon n’y va pas par quatre chemins pour qualifier le travail de la compagnie Terra Ventures au lac Kachiwiss.
Il demande lui aussi un moratoire.
Extrait:
À cause du risque inhérent, l’exploration et l’exploitation d’une mine d’uranium exigent non seulement que le site soit idéal sur le plan géographique et géologique, ce qui n’est pas le cas du projet du lac Kachiwiss, mais aussi qu’il soit mené par une entreprise solide et crédible dont le bilan est absolument parfait. Terra Ventures Inc. ne répond pas à cette exigence.
Selon nos recherches, Terra Ventures est une société minuscule qui n’a réalisé aucun profit ni même aucun revenu au cours des deux dernières années! L’argent dépensé, soit à peine 4 millions l’an dernier, provient en totalité d’investisseurs à la recherche de titres très spéculatifs qui espèrent que l’action s’envolera un jour.
La presque totalité des dépenses effectuées l’an dernier est allée en frais de justice et en frais administratifs, en consultations et en commissions à des courtiers. À peine 900 000 $ ont été consacrés au forage… la totalité à Sept-Îles. Bref, rien ne dit que Terra Ventures existera encore dans un an, mais les milliers de mètres de trous forés au lac Kachiwiss seront toujours là, sans protection comme la loi l’exige, du moins si l’on se fie à la vidéo diffusée sur Internet par les opposants.
Entre les craintes exprimées par les médecins et par des centaines de citoyens de la Côte-Nord, de l’Outaouais et des Hautes-Laurentides où des projets sont annoncés, et les ambitions d’une société d’exploration de Colombie-Britannique, la population du Québec doit pouvoir trancher en connaissance de cause. Pour cette raison, un moratoire s’impose.
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Excellent article dans Le Devoir expliquant la position des médecins du CHRSI en regard de l’uranium.
Le texte est signé par Isabelle Gingras et Bruno Imbeault, respectivement psychiatre et pneumologue, du Rassemblement des opposants nord-côtiers aux mines d’uranium.
Il faudrait le citer in extenso, mais je pige ici:
Avec la récente remontée du prix de l’uranium, les projets d’exploration se sont multipliés sur le territoire du Québec, passant de 2-3 projets en 2004 à plus de 70 projets en 2008. Ces projets concernent principalement cinq régions de la province, soit l’Outaouais, les Hautes-Laurentides, la Côte-Nord, les monts Otish et le Nunavik.
L’exploration minière est la première étape de la chaîne de l’uranium et du nucléaire. Une fois les gisements découverts, ils sont exploités (généralement sous forme de mines à ciel ouvert), puis le minerai est broyé, transformé chimiquement et enrichi pour produire le combustible servant à alimenter les centrales nucléaires. Une fois utilisé, le combustible est entreposé temporairement sur le site des centrales nucléaires parce qu’il est trop radioactif pour être déplacé, et ce, pendant 7 à 10 ans. Par la suite, l’uranium peut être réutilisé pour produire du plutonium, composante essentielle de l’armement nucléaire.
De nombreux déchets et résidus dangereux sont produits tout au long de la chaîne de l’uranium et du nucléaire. Ces résidus demeurent radioactifs et doivent être gérés et surveillés pendant des milliers d’années.
Risques pour la santé
Si l’exploration uranifère n’est pas l’étape la plus polluante de la chaîne de l’uranium, imposer un moratoire sur cette étape cruciale permet d’éviter les problèmes majeurs associés aux étapes suivantes. Par ailleurs, il n’existe aucune étude qui prouve que l’étape d’exploration est sans danger pour la santé et l’environnement, en particulier en ce qui a trait aux impacts cumulatifs et à long terme des travaux d’exploration intensive réalisés pour sonder les sols et le socle rocheux contenant de l’uranium.
Outre les risques pour les travailleurs (hausse démontrée de 20 % du taux de cancer des poumons, en plus d’autres types de cancers et de problèmes pour la santé plus difficiles et plus complexes à démontrer), les impacts sur la santé et sur l’environnement de l’exploitation de l’uranium sont principalement associés aux résidus miniers générés. Or, en plus des impacts négatifs généralement associés aux résidus miniers des mines de métaux traditionnels, tels que le drainage minier acide et la contamination aux métaux lourds, les résidus miniers des mines d’uranium constituent un important risque de contamination radioactive.
Les résidus peuvent contenir jusqu’à 85 % de la radioactivité qui se trouvait originalement dans le gisement et demeurent radioactifs pendant des centaines, voire des centaines de milliers d’années. L’entreposage des résidus miniers à la surface expose de grandes superficies de terrain à l’action des éléments, augmentant le risque d’émissions du gaz radon, de poussières radioactives et toxiques, et de contamination avec les eaux de surface et souterraines. La grande superficie des sites de dépôts de résidus miniers signifie également que des pans importants du territoire perdent leur valeur à perpétuité et ne peuvent être voués à d’autres usages.
Plusieurs risques
Les principaux risques environnementaux des mines d’uranium sont donc associés à l’entreposage et la gestion des résidus miniers, notamment: les risques de déversements accidentels; les risques de propagation de poussières et de gaz radioactifs pouvant affecter les animaux et les populations environnantes, et les risques de contamination des eaux de surface ou souterraines par exfiltration ou infiltration d’eau contaminée. Il n’existe encore aucun cas et aucune méthode éprouvée et testée à long terme qui permette d’éliminer ces risques. La Saskatchewan, seule province actuellement productrice d’uranium au Canada, est elle-même aux prises avec plusieurs sites de résidus miniers d’uranium dont elle devra assurer à perpétuité le suivi et le maintien.
Les risques pour la santé reliés à l’exploitation de l’uranium sont multiples et complexes. Ils relèvent du caractère radioactif des sous-produits de l’uranium, ainsi que de son association dans le sol avec de nombreux métaux lourds et autres éléments toxiques, tel l’arsenic.
Éléments radioactifs
Comment l’uranium peut-il agir sur notre santé? Il faut d’abord savoir que l’uranium est un métal lourd naturellement instable, dont la radioactivité génère une longue série d’autres éléments radioactifs, y compris le polonium-210 qui est des milliards de fois plus toxique que le cyanure d’hydrogène. Somme toute, les éléments radioactifs issus de la désintégration de l’uranium ont chacun leurs caractéristiques propres, et ont des effets différents dans le corps humain, pouvant occasionner une panoplie de cancers, de problèmes sanguins et de problèmes reliés au système reproducteur (infertilité). Le radon est la principale cause de cancer du poumon chez les non-fumeurs.
Par ailleurs, il est faux de prétendre que l’on a besoin davantage de mines d’uranium et de centrales nucléaires pour soutenir la production d’isotopes médicaux. Ce sont plutôt de davantage de laboratoires et de petites unités de production de ces isotopes que nous avons besoin, lesquels peuvent très bien être alimentés par les grandes quantités de matériel radioactif déjà en circulation.
Sur le plan économique, les contribuables québécois paient une part importante des dépenses en exploration pour l’uranium (estimée à 40 %, soit près de 60 à 80 M$ entre 2004 et 2008) à cause de programmes fiscaux de toutes sortes (actions accréditives, crédits d’impôt remboursables, programmes de soutien, etc.)
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