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À Dakar, les Jeux olympiques de l’oubli

Je marchais tranquillement dans les couloirs du stade Léopold Sédar Senghor, à Dakar, où s’entraînent, paraît-il, les meilleurs espoirs du Sénégal. À quelques jours des Jeux olympiques de Vancouver, j’étais avide de prendre le pouls des athlètes sénégalais, de ce que représentaient pour eux les Olympiques, avec un grand “O”.

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Les fédérations sportives du pays s’entassent dans les locaux qui ceinturent le stade, sous les gradins : tennis, judo, natation, boxe, gymnastique… L’endroit est désert, hormis pour les quelques pièces converties en dortoir, pour l’armée qui répète son défilé du 50e anniversaire de l’indépendance du Sénégal.

Aucun athlète en vue. Seraient-ils tous à Vancouver?

Na Nga Def… (salutations en wolof). Excusez-moi, je cherche le bureau du Comité national olympique?” Demandai-je à un Sénégalais qui me dépassait de deux bonnes têtes, malgré mes six pieds.

“Là-bas, au fond, dit-il, la tête baissée pour que nos regards puissent se croiser. À droite. Mais je crois que le bureau est fermé présentement.”


Il était à peine 15 heures. Mais le grand Sénégalais avait raison, le bureau du comité olympique n’est ouvert que le matin. C’est du moins ce que m’a répondu un autre Sénégalais (moins grand que le premier mais tout de même plus grand que moi) qui passait par là. Apparemment, le bureau permanent du comité olympique n’est permanent qu’en matinée. Sauf pour les jours fériés, bien sûr.

Manque de pot. Aucun athlète et aucun membre de la délégation olympique! Heureusement, ma déception n’est que passagère. À deux enjambées de là, au-dessus d’une porte, j’aperçois trois affiches défraîchies avec des anneaux olympiques et un logo que j’ai d’abord pris pour celui des JO de Vancouver. Derrière la porte, deux Sénégalais se prélassaient sur des matelas posés par terre.

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- “Vous savez pourquoi il y a ces affiches au-dessus de la porte?” dis-je avec mon air d’inquisiteur. “Vous savez ce qu’elles représentent?

Le premier jette un coup d’oeil aux affiches, l’air songeur. Puis, haussement d’épaules. Il me suggère poliment de demander à son supérieur, qui est malheureusement absent. Le second me regarde avec le visage de quelqu’un qui n’en a rien à branler.

Au moins il y a une affiche des JO de Vancouver!” Pensai-je en quittant le stade.

Mais non Vincent, tu t’es trompé! C’était celui des JO de Barcelone, en 1992!

Pourquoi cette indifférence aux JO de Vancouver? C’est tout de même un événement sportif majeur!

L’explication la plus plausible, c’est un Sénégalais qui me l’a donnée, le jour même au restaurant. Sa tête n’était pas plus haute que la mienne, mais il avait de toute évidence les idées plus claires que les miennes :

“On vous rend la monnaie de votre pièce! Les JO d’hiver se fichent pas mal des pays Africains, et les Africains se fichent pas mal des JO d’hiver.”

Il m’explique qu’il y a bien quelques athlètes africains qui sont parvenus à se qualifier pour Vancouver (le Sénégal en compte un en ski alpin), mais la majorité des pays du continent sont absents. Bon, c’est vrai qu’il ne tombe pas beaucoup de neige par ici et que les patinoires sont plutôt rares. Mais la principale raison, selon lui, ce sont les règles de qualification qui désavantagent les petites nations, et pas seulement pour les JO d’hiver, d’ailleurs.

Catégories : Actualité, Portraits
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