Passage est un carnet d’itinérance multimédia, un échantillon d’atmosphère, de rencontres, de rythmes et de couleurs, glanés au fil des longues heures d’autobus d’un périple de 4 mois qui nous mènera jusqu’au Honduras, à la rencontre du peuple Garifuna. Préoccupés par l’impact du tourisme de masse sur les populations locales, nous prônons une autre idée du voyage, loin des structures hôtelières déconnectées de la société à laquelle on les arrime, un voyage aux sièges inconfortables et aux repas trop vite pris, un chemin aux milles attentes, fait de bonjours et de au revoirs répétés, une route sinueuse et peu pressée, des échanges de comptoir, des regards, des découvertes… Un voyage qui dessine un portrait éclectique des hommes, des idées, des territoires… (Crédit de la première photo : roatanhistory.com)
A Triunfo de la Cruz, la lutte contre les méga- projets touristiques passe par la création de propositions de tourisme alternatif.
Ainsi, La Voix des Femmes, un groupe de femmes garifunas, a initié un projet de quelques cabañas et d’un petit restaurant pour contrer l’offensive des investisseurs étrangers sur leurs terres. Plus qu’un projet touristique, cette action constitue une réappropriation des terres par la communauté garifuna. En effet, les terres sur lesquelles les cabañas sont installées ont, selon elles, été achetées illégalement par des non-garifunas pour y construire des résidences de luxe.
Nous rencontrons la présidente du groupe, Teresa Reyes, qui nous parle de sa vision d’un développement touristique sur les terres garifunas.
Des problèmes techniques avec la caméra ont causé des dommages dans la bande son et ont rendu l’image inutilisable. Voici donc un court extrait audio illustré de photos d’une réunion de ce groupe.
A Triunfo de la Cruz, nous rencontrons l’un des leaders de la lutte pour la défense des terres garifunas. Membre fondateur de l’OFRANEH ( Association de fraternité noire du Honduras) et du CODETT (comité de défense des terres de Triunfo de la Cruz), Alfredo Lopez nous éclaire sur les problématiques posées par le développement d’un tourisme de grande échelle sur les terres garifunas.
Après avoir passé 7 ans en prison pour de fausses accusations de trafic de drogues et après avoir vu plusieurs de ses amis leaders du mouvement de résistance mystérieusement assassinés, Alfredo continue une lutte qui se veut chaque jour plus dure.
Si le peuple Garifuna a su préserver ses terres et sa culture jusqu’à aujourd’hui, c’est qu’il a toujours vécu sur la base d’une propriété commune des terres qui ne permet pas de démembrer les terres et de vendre son terrain à un non Garifuna. Aujourd’hui pourtant, de plus en plus de Garifunas, las de la pauvreté dans laquelle les maintient le gouvernement du Honduras, vendent illégalement leurs terres aux entrepreneurs.
Le CODETT tente de conscientiser les Garifunas de l’importance de préserver des terres qui ont forgé l’unité de leur peuple depuis des siècles.
“Le voyage est un moyen privilégié de lien et de compréhension entre les peuples. Il doit permettre l’épanouissement du voyageur et de l’accueillant. Ses ressources doivent servir un développement durable des populations visitées.” C’est avec ce discours que Miguel nous invite chez lui à boire un verre pour parler du méga-projet touristique de la Bahia de Tela.
Il y a près de 15 ans, Miguel est tombé amoureux d’une garifuna avec qui il a eu 5 enfants. Il a alors quitté sa France natale et vit depuis lors dans le petit village de Triunfo de la Cruz, à quelques kilomètres de Tela. Ici, il a créé Coco Tours, une agence de voyage qui promeut le tourisme équitable, solidaire, durable et éthique. Ainsi, il engage des guides et chauffeurs à un juste prix dans le contexte économique local, propose des hébergement dans les familles du village et reverse 15% de ses profits pour financer des initiatives locales. En se moment, par exemple, Miguel investi temps et argent pour la restauration et l’agrandissement du centre de santé de la commune.
Nous lui avons demandé de nous parler de sa vision du complexe hôtelier de Los Micos Beach& GolfResort qui va s’installer à proximité de la zone protégée du Parc national Punta Sal (Jeanette Kawas).
Nous voilà de retour dans la Baie de Tela. La caméra n’a pas pu être réparée à San Pedro Sula. Le film que nous pensions faire ne verra donc pas le jour. Mais nous ne baissons pas les bras pour autant!
Lors de notre séjour à Triunfo de la Cruz, nous avions déjà tourné plusieurs heures d’interviews. Les bandes souffrent de beaucoup de “drops” mais nous avons réussi à sélectionner des témoignages éclairants que nous vous présenterons au cours de la prochaine semaine.
Nous croyons vraiment que ce qui se passe ici mérite d’être médiatisé. A défaut de film, nous tenterons de faire publier un article sur l’impact du projet de la Baie de Tela sur l’environnement et la population locale.
Mais déjà, en guise d’introduction, voici une carte de l’emplacement du complexe hôtelier à venir dans la Baie de Tela.
Nous venons de passer notre première semaine dans le village de Triunfo de la Cruz, sur la côte Caraïbes du Honduras. Là, tout en vivant avec une famille garifuna, nous avons entamé nos recherches pour le film. Mais la tâche se révèle plus ardue que prévue. Là où nous pensions rencontrer des gens en lutte contre le méga-projet touristique de la Bahia de Tela, nous trouvons une communauté divisée.
Los Micos Beach, un complexe hôtelier de grand luxe financé en majorité par des entrepreneurs étrangers a choisi pour terre d’élection les terres garfunas de la côte nord. Plusieurs villages ont déjà été achetés, certains à près de 90% après que le projet ait mis plusieurs milliers de dollars dans des campagnes de séduction de la population (quand on ne parle pas de pressions) pour que les villageois cèdent leur bout de plage.
Mais à Triunfo, alors que la majorité se dit opposée à la venue de ce resort de 4 hôtels de 5 étoiles, un golf, plusieurs piscines et une marina dans une zone protégée, le village est divisé. Deux groupes s’opposent à travers deux organisations garifunas qui s’accusent mutuellement de corruptions et de ventes illégales de terrain.
Les terres garifunas sont normalement indivisibles et propriété de la communauté, ce qui signifie qu’elle ne peuvent pas être vendues à un non-garifuna. Mais il semble que beaucoup dérogent à la règle et vendent au plus offrant.
La situation se corse! Nous qui pensions rencontrer un peuple uni, faisant bloc contre ce projet gargantuesque, nous nous heurtons finalement à une querelle de clochers qui affaiblit la communauté elle-même, faisant les bonnes affaires des entrepreneurs.
Nous investigons, cherchons à comprendre… Le projet est déjà entamé dans les villages de Miami et de Tornabé, la plupart des garifunas n’en sont plus vraiment à lutter contre la construction des hôtels, bataille qui semble déjà perdue. Certains se demandent plutôt comment tirer profit, à leur manière, de la venue des 3000 touristes que peut accueillir le complexe. D’autres tentent plus que jamais de sauver ce qu’il reste encore de terres non-vendues.
Après plusieurs heures d’interview, c’est la caméra qui bat de l’aile. Les images se saccadent… Nous décidons de partir dans la seconde ville du pays, San Pedro Sula afin de faire réviser notre matériel. Et par la même occasion, nous prendrons le temps de faire décanter toutes nos recherches… pour savoir quel film va naitre… peut-être.
LES GARIFUNAS Les Garifunas sont issus de métissages entre des groupes originaires d’Afrique et des Caraïbes dont ils ont intégré des éléments culturels. Ils se sont établis au dix-huitième siècle le long de la côte atlantique de l’Amérique centrale après avoir survécu aux naufrages de bateaux négriers. Aujourd’hui, ils vivent principalement au Honduras, au Guatemala, au Nicaragua et au Belize.
“La langue, la danse et la musique des Garifuna” , ont été proclamées Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO en 2001.
La langue garifuna, qui appartient au groupe de langues arawak, a survécu à des siècles de discrimination et de domination linguistique. Elle est riche en récits (úraga) à l’origine racontés lors des veillées ou de grands rassemblements.
Les mélodies mêlent des éléments africains et amérindiens et les textes constituent un véritable creuset de l’histoire et des savoirs traditionnels des Garifuna, tels la culture du manioc, la fabrication de canoës ou la construction de maisons en terre cuite. Il y a également une veine satirique très importante dans ces chansons rythmées par des tambours et accompagnées de danses auxquelles se mêlent les spectateurs.
Ces traditions restent essentielles dans la vie des Garifuna. Ce sont les anciens qui perpétuent la plupart des cérémonies, fêtes et traditions orales. La transmission pâtit pourtant des migrations économiques, de la discrimination et de l’absence de la langue garifuna dans le système scolaire. Bien qu’elle ait encore de nombreux locuteurs, elle n’est plus enseignée que dans un seul village.
Après notre magnifique semaine auprès de la famille de Thelma et Hypolito, dans la région du Peten au Guatemala, nous décidons de reprendre la route, mais cette fois en direction de notre destination finale au Honduras.
Nous décidons de nous installer à Triunfo de la Cruz, la ville où se retrouvent les militants et militantes les plus assidus contre le méga projet touristique prévu sur les plages de la baie de Tela, sur la côte est du pays.
Carlos et Ingrid ont accepté de nous accueillir au sein de leur famille, le temps de commencer une petite recherche sur la situation.
Nous tentons de voir en quoi des projets touristiques de large envergure menacent aujourd’hui l’avenir de plusieurs communautés garifunas. En effet, les terres Garifunas, situées sur une des plus belles portions de la côte caraïbe, sont convoitées par les promoteurs d’un complexe hôtelier tout inclu. Peuple pêcheur, les garifunas se retrouvent donc mêlés à une bataille financière qui pourraient finir par les priver d’une de leur plus grande richesse: leur plage.
Mais d’abord, vivre dans la communauté de Triunfo de la Cruz, c’est prendre le rythme local et faire la rencontre du peuple Garifuna… et cela, ça passe entre autre par manger des langoustes toutes justes sorties de la mer des Caraïbes… Miam!
Au Guatemala, il reste encore beaucoup à voir en matière de tourisme solidaire, en particulier le petit village de Nuevo Horizonte, situé dans le Peten. Je vous invite à visionner, sur Parole Citoyenne, le film que mon frère Santiago a réalisé auprès de cette communauté hors de l’ordinaire.
La plupart des habitants de Nuevo Horizonte ont participé à la lutte armée contre la dictature qui sévissait au Guatemala. Une amnistie a été signée en 1996, les guérilleros, qui survivaient cachés dans la jungle et luttaient depuis près de vingt ans ont pu regagner une vie civile normale. Nuevo Horizonte c’est la volonté d’une centaine d’ex-guérilleros de continuer à vivre ensemble selon leurs rêves. Nuevo Horizonte, c’est aussi une communauté hors du commun. Des projets de pisciculture, d’agriculture, de reforestation jusqu’à l’écotourisme, en passant par des projets qui naissent à même les bancs d’écoles, cette communauté reflète le dynamisme de ses membres et porte l’espoir de tout un peuple.
Depuis sept ans, leur coopérative est un symbole d’alternative de la résistance. À découvrir, une communauté pour qui le mot « rêve » devient réalité.
Ici, sur le bord du Lac Peten Itza, nous prenons nos cours d’espagnol, tout en vivant dans une famille active et impliquée dans sa communauté.
Thelma, la «Mama» de la famille, nous cuisine de délicieux plats typiques, toujours accompagnés de frijoles et de bonnes tortillas de maïs qu’elle prépare soigneusement au grand plaisir des enfants et petits-enfants. Les après-midi, Thelma est volontaire dans une savonnerie qui utilise les plantes du jardin médicinal de l’école d’espagnol.
Nous avons aussi eu la chance de rencontrer son mari, Hypolito, seulement présent une semaine par mois chez lui. À 65 ans, il travaille toujours comme garde-forestier dans la forêt tropicale du Peten, qu’il arpente 3 semaines par mois sans retourner au village. Hypolito nous avoue qu’il est fatigué de ce travail difficile, mais il dit ne pas avoir le choix, car ici, l’emploi est rare.
- Hypolito, qu’est-ce que tu fais si tu rencontres un jaguar dans la jungle?
- Ça m’est déjà arrivé.
- Et alors ?
- C’est facile! Je lui lance une pierre.
- Ha!?!
.
Ce qui constitue en grande partie la richesse d’Hypolito, c’est qu’il pratique encore la langue de ces ancêtres
Écoutez l’un des derniers au monde à parler le maya Itza!
Dans ce court extrait, Hipolyto nous explique que sa langue a été perdue à cause de la politique du gouvernement dans les années 30, qui a interdit aux enfants de parler le maya Itza. Quiconque parlait le maya était puni.
Aujourd’hui, seulement 150 personnes au monde, principalement des gens âgés, parlent encore cette langue. Tous vivent dans la commune de San José bordant le Lac Peten Itza. Mais le maya Itza ne fait plus partie de leur vie quotidienne, l’espagnol l’a remplacé. Parfois encore, les vieux du village, autour d’un verre, se rappellent les légendes du pays dans leur dialecte.
Mais surtout, depuis une dizaine d’années, une Académie de Maya Itza s’est créée dans le village. On y donne des cours de maya et on s’emploie à refaire vivre la culture maya en reproduisant des cérémonies ancestrales qui chaque année, attirent de plus en plus de monde.
L’espoir de sauvegarder cette langue est mince, car peu à peu, les gens qui parlent encore le maya s’éteignent. Espérons que la jeune génération fasse survivre la culture de leurs parents!
Le Péten, enclavé entre le Mexique et le Bélize est le département le plus vaste du Guatemala, le plus sauvage aussi. Nous décidons d’y suivre notre dernière semaine d’espagnol, dans la petite ville de San José, qui fait face à Florès, sur le Lac Peten-Itza.
A première vue, San José est une petite bourgade tranquille, le clapotis de l’eau sur les berges, les habitants souriants, qui laissent couler le temps sur les bancs publics, les rues d’une propreté encore jamais vue au Guatemala, le nombre incroyable de cochons qui galopent librement de maisons en maisons…San José fait la fierté de ses occupants, qui sont presque tous nés ici et n’acceptent que très peu que d’autres s’y installent.
Quelques touristes passent peut-être et s’étonnent de l’harmonie de la ville.
Josué et moi nous asseyons sur les bancs. Nous parlons aux habitants. De touristes, nous passons parfois à confidents et alors, l’image de carte postale se trouble, perd de son assurance et fini par susurrer… Susurrer la main mise du maire depuis près de vingt ans sur la ville, sa richesse croissante, ses 4 gardes du corps armés… expliquer que le chef du village dit filmer les bureaux de vote pour s’assurer que tous sont dans son camps… quand ils ne paient pas tout simplement des gens d’autres communes pour augmenter ces électeurs.
Nous scrutons le lac. Un jet-ski passe. C’est le maire.
Alors que la crise économique asphyxie tout le pays, la corruption engraisse petits et grands chefs.
Passage est un carnet d’itinérance multimédia, un échantillon d’atmosphère, de rencontres, de rythmes et de couleurs, glanés au fil des longues heures d’autobus d’un périple de 4 mois qui nous mènera jusqu’au Honduras, à la rencontre du peuple Garifuna. Préoccupés par l’impact du tourisme de masse sur les populations locales, nous prônons une autre idée du voyage, loin des structures hôtelières déconnectées de la société à laquelle on les arrime, un voyage aux sièges inconfortables et aux repas trop vite pris, un chemin aux milles attentes, fait de bonjours et de au revoirs répétés, une route sinueuse et peu pressée, des échanges de comptoir, des regards, des découvertes… Un voyage qui dessine un portrait éclectique des hommes, des idées, des territoires… (Crédit de la première photo : roatanhistory.com)
Aime la poésie, les braises sous la cendre, la bonne bouffe, le désordre, les gens qui n’ont pas l’air de ce qu’ils ont, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font. La radio, les discussions de comptoir, les disputes, l’ordinaire.
Toujours en quête d'horizons insondés, de bouts de vie, d'histoires à raconter, Josué glane images et sons pour mieux peindre le tableau du voyage. Sur son chemin, il part à la rencontre de gens qui luttent pour leur intégrité sociale, culturelle, politique…