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Passage

Passage est un carnet d’itinérance multimédia, un échantillon d’atmosphère, de rencontres, de rythmes et de couleurs, glanés au fil des longues heures d’autobus d’un périple de 4 mois qui nous mènera jusqu’au Honduras, à la rencontre du peuple Garifuna. Préoccupés par l’impact du tourisme de masse sur les populations locales, nous prônons une autre idée du voyage, loin des structures hôtelières déconnectées de la société à laquelle on les arrime, un voyage aux sièges inconfortables et aux repas trop vite pris, un chemin aux milles attentes, fait de bonjours et de au revoirs répétés, une route sinueuse et peu pressée, des échanges de comptoir, des regards, des découvertes… Un voyage qui dessine un portrait éclectique des hommes, des idées, des territoires… (Crédit de la première photo : roatanhistory.com)

Écoutez l’un des derniers au monde à parler le maya Itza!

Ici, sur le bord du Lac Peten Itza, nous prenons nos cours d’espagnol, tout en vivant dans une famille active et impliquée dans sa communauté.

Thelma, la «Mama» de la famille, nous cuisine de délicieux plats typiques, toujours accompagnés de frijoles et de bonnes tortillas de maïs qu’elle prépare soigneusement au grand plaisir des enfants et petits-enfants. Les après-midi, Thelma est volontaire dans une savonnerie qui utilise les plantes du jardin médicinal de l’école d’espagnol.
Nous avons aussi eu la chance de rencontrer son mari, Hypolito, seulement présent une semaine par mois chez lui. À 65 ans, il travaille toujours comme garde-forestier dans la forêt tropicale du Peten, qu’il arpente 3 semaines par mois sans retourner au village. Hypolito nous avoue qu’il est fatigué de ce travail difficile, mais il dit ne pas avoir le choix, car ici, l’emploi est rare.

Hypolito sculpte un jaguar dans du bois exotique
- Hypolito, qu’est-ce que tu fais si tu rencontres un jaguar dans la jungle?
- Ça m’est déjà arrivé.
- Et alors ?
- C’est facile! Je lui lance une pierre.
- Ha!?!

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Ce qui constitue en grande partie la richesse d’Hypolito, c’est qu’il pratique encore la langue de ces ancêtres

Écoutez l’un des derniers au monde à parler le maya Itza!

Dans ce court extrait, Hipolyto nous explique que sa langue a été perdue à cause de la politique du gouvernement dans les années 30, qui a interdit aux enfants de parler le maya Itza. Quiconque parlait le maya était puni.

Aujourd’hui, seulement 150 personnes au monde, principalement des gens âgés, parlent encore cette langue. Tous vivent dans la commune de San José bordant le Lac Peten Itza. Mais le maya Itza ne fait plus partie de leur vie quotidienne, l’espagnol l’a remplacé. Parfois encore, les vieux du village, autour d’un verre, se rappellent les légendes du pays dans leur dialecte.
Mais surtout, depuis une dizaine d’années, une Académie de Maya Itza s’est créée dans le village. On y donne des cours de maya et on s’emploie à refaire vivre la culture maya en reproduisant des cérémonies ancestrales qui chaque année, attirent de plus en plus de monde.
L’espoir de sauvegarder cette langue est mince, car peu à peu, les gens qui parlent encore le maya s’éteignent. Espérons que la jeune génération fasse survivre la culture de leurs parents!

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Un jet-ski passe

Le Péten, enclavé entre le Mexique et le Bélize est le département le plus vaste du Guatemala, le plus sauvage aussi. Nous décidons d’y suivre notre dernière semaine d’espagnol, dans la petite ville de San José, qui fait face à Florès, sur le Lac Peten-Itza.

A première vue, San José est une petite bourgade tranquille, le clapotis de l’eau sur les berges, les habitants souriants, qui laissent couler le temps sur les bancs publics, les rues d’une propreté encore jamais vue au Guatemala, le nombre incroyable de cochons qui galopent librement de maisons en maisons…San José fait la fierté de ses occupants, qui sont presque tous nés ici et n’acceptent que très peu que d’autres s’y installent.
Quelques touristes passent peut-être et s’étonnent de l’harmonie de la ville.

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Josué et moi nous asseyons sur les bancs. Nous parlons aux habitants. De touristes, nous passons parfois à confidents et alors, l’image de carte postale se trouble, perd de son assurance et fini par susurrer… Susurrer la main mise du maire depuis près de vingt ans sur la ville, sa richesse croissante, ses 4 gardes du corps armés… expliquer que le chef du village dit filmer les bureaux de vote pour s’assurer que tous sont dans son camps… quand ils ne paient pas tout simplement des gens d’autres communes pour augmenter ces électeurs.

Nous scrutons le lac. Un jet-ski passe. C’est le maire.
Alors que la crise économique asphyxie tout le pays, la corruption engraisse petits et grands chefs.

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Ak’Tenamit, une association locale exemplaire

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En prenant une lancha (bateau taxi) à partir de Rio Dulce jusqu’à Livingston, Elsa et moi avons fait un crochet par le Rio Tatin afin d’aller visiter Ak’Tenamit, une association locale exemplaire en matière de développement communautaire. Depuis 1992, l’organisation a amélioré les conditions de vie de plus de 9000 Mayas en favorisant l’accès à des soins de santé et à l’éducation à 45 villages. . Les Mayas Q’eqchi’ ont quitté les plateaux centraux du pays lors de la guerre civile pour se réfugier sur les rives de Rio Dulce. Ils constituent aujourd’hui près de la moitié de la population de la région. Isolés le long de la rivière, ils vivent dans des conditions sociales et économiques marginales.

L’association forme et loge près de 500 étudiants du niveau secondaire sur un campus scolaire en pleine jungle.

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J’ai d’abord été émerveillé par la beauté du lieu. Les bâtiments se marient à la forêt. Les classes rondes, érigées sur le même modèle que les maisons traditionnelles, sont éloignées les unes des autres et reliées par des petits chemins sinueux au cœur d’une forêt verdoyante.

Ici, les jeunes ne payent que 50 Quetzals (7$) par mois, pour leurs formations, le logement et la nourriture. L’un des moyens de financer les services de santé et d’éducation, est entre autres, leur programme de tourisme communautaire.

L’association propose aux touristes de vivre au sein d’un village Q’eqchi qu’on atteint après deux heures de marche dans la jungle. Une fois arrivées on est accueilli par les habitants qui se font un plaisir de nous faire connaître leur culture, leur mode de vie, leurs contes et légendes. Le séjour comprend également des balades en forêts en compagnie des gens du village et la découverte de l’artisanat local.

Et si vous souhaitez être plus actif dans la communauté, l’association propose également un programme d’écovolontoriat dans les domaines médical, éducatif et environnemental, de quoi en occuper plus d’un!

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La Escuela de la Montaña

Le tourisme au Guatemala sonne pour beaucoup d’entre nous avec “école d’espagnol”. Réputé pour être le pays où les cours de langue sont les moins chers au monde, on y vient des 4 coins du globe pour parfaire son roulage de “R”…
Un voyage d’apprentissage académique certes, mais aussi une belle opportunité de découvrir le quotidien des guatémaltèques, puisque les écoles proposent presque toutes de vivre au sein d’une famille. Rien de mieux pour comprendre la culture du pays et échanger avec les gens entre deux tortillas!

Dans cette myriade d’écoles d’espagnol, certains établissements se démarquent par leur engagement social. En voici un bel exemple….

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La Escuela de la Montaña
(L’École de la Montagne)
Installée au sein d’un village d’anciens campesinos, la Escuela de la Montana accueille depuis 10 ans des étudiants du monde entier. Plus qu’une simple école d’espagnol, elle appuie le développement des communautés rurales tout en proposant aux étrangers une véritable expérience de vie dans la campagne guatémaltèque.

Un film de Josué Bertolino et Elsa Lambert.

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Sommes nous des voyageurs responsables?

Depuis notre départ, nous tentons de prendre du recul sur notre façon de voyager.

Avec ce voyage, nous avons “pris” le temps, nous avons ouvert une brèche dans notre quotidien pour y dessiner un autre part. Biensûr, notre périple à ses imperfections et nous ne nous prévalons pas d’être les meilleurs des voyageurs, mais nous nous accrochons à notre volonté de rencontrer des gens, de voir le transport comme partie intégrante du voyage, de ne pas courir après la rentabilistaion du temps et de minimiser notre empreinte écologique sur le monde….

Mais qui a réellement ce temps d´intégrer la route au corps du voyage? Avec seulement quelques semaines par an pour décrocher, qui fait le choix de voyager autrement, quand l´avion est devenu le mode de transport le moins cher et que des agences de tourisme proposent des formules tout inclu au prix d’un panier de courses?

Je suis consciente que nous ne pouvons pas, du jour au lendemain, changer la silhouette du tourisme, mais je crois que c’est en prenant conscience de l’impact de notre manière de voyager que viendront les changements…

Ainsi, j’aimerais partager avec vous une définition que propose l’Association des Voyageurs et Voyagistes éco-responsables:

“un tourisme responsable, au niveau social comme au niveau environnemental, viable économiquement tant pour les émetteurs que pour les accueillants mais dont la finalité n’est pas la production ou surproduction de richesses au seul bénéfice des intervenants du Nord.”

En son sein figurent quatre catégories:

1.   l’écotourisme, qui concerne principalement des zones protégées, ou fragiles.

2.   le tourisme d’aventure de découverte, rencontres et cultures, qui se doit d’appréhender l’ensemble des impacts sur  les régions et populations d’accueils et tendre à être véritablement responsable.

3.   le tourisme équitable, orienté vers des échanges et des partenariats avec des communautés au bénéfice de ces dernières.

4.   le tourisme solidaire, dont la spécificité est la mise en oeuvre de microprojets à vocation humanitaire ou d’aide au développement raisonné, réalisé après évaluation objective des besoins ou des manques.

Ces catégories ne s’opposent pas entre elles, mais se complètent. Ainsi l’écotouriste des régions désertiques peut il compléter son voyage en participant à un projet de tourisme solidaire, ou par un séjour équitable.  Tout voyagiste d’aventure, de rencontres et de cultures dispose de la possibilité de participer à des projets d’ordre solidaire de manière ponctuelle, au côté d’associations ou de voyagistes spécialisés dans ce domaine.

Ce qui compte est la clarté des objectifs affichés, et ne pas tricher sur les bénéfices apportés aux communautés locales. Le but étant d’augmenter les effets de manière proportionnelle à l’incrémentation du chiffre d’affaire réalisé.

Ces définitions une fois posées, je crois que nous avons les clés pour, petit à petit, tenter de voyager de manière plus responsable…

 

 

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Atitlán

«Le plus beau lac au monde!» C’est ainsi qu’Aldous Huxley qualifiait celui qui nous offre aujourd’hui ses abords, sa brume mythique, les courbes de ses volcans, l’inconstance de ses eaux, tantôt dormantes, tantôt furieuses…

Lac Atitlan

En pensant fuir le « gringo trail », nous évitons Panajachel, la ville la plus touristique du Lac Atitlan, pour nous installer à San Pedro la Laguna, une petite commune de 10 000 habitants qui lui fait face. D’abord charmés par les ruelles sinueuses et l’esprit relax des lieux, nous ressentons vite un malaise. Alors que le centre ville est laissé aux locaux, les rives du lac sont le privilège des étrangers. Si l’ambiance néo hippie des petits restaurants et auberges a ses charmes, il reste qu’on ne se sent plus vraiment au Guatemala.
Les commerces qui fonctionnent le mieux sont ceux des étrangers, surement parce qu’ils connaissent mieux les attentes des touristes.
Mais franchement, se faire dire par un serveur: « Could you speak english? » quand on passe notre commande en espagnol, c’est de l’affront… Entre les voisins de table allemands, les serveurs américains et les proprios israéliens, on commence sérieusement à se sentir de trop.
Au moins, l’afflux d’étrangers qu’attire le lac permet aux Mayas Cakchiqueles de vendre leur artisanat, constitué principalement de magnifiques tissus colorés aux motifs symbolisant leur origine.

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Nous devions rester une semaine pour continuer nos cours d’espagnol dans l’une des écoles du village, mais nous décidons finalement de continuer notre route. Avant de nous diriger vers le Peten, nous faisons un crochet par Antigua, une des plus belles villes d’Amérique centrale, où nous prendrons le temps de terminer le montage de notre prochain film tourné dans la campagne de Quetzaltenango. Surveillez bien notre prochain billet!

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