Passage est un carnet d’itinérance multimédia, un échantillon d’atmosphère, de rencontres, de rythmes et de couleurs, glanés au fil des longues heures d’autobus d’un périple de 4 mois qui nous mènera jusqu’au Honduras, à la rencontre du peuple Garifuna. Préoccupés par l’impact du tourisme de masse sur les populations locales, nous prônons une autre idée du voyage, loin des structures hôtelières déconnectées de la société à laquelle on les arrime, un voyage aux sièges inconfortables et aux repas trop vite pris, un chemin aux milles attentes, fait de bonjours et de au revoirs répétés, une route sinueuse et peu pressée, des échanges de comptoir, des regards, des découvertes… Un voyage qui dessine un portrait éclectique des hommes, des idées, des territoires… (Crédit de la première photo : roatanhistory.com)
A Triunfo de la Cruz, la lutte contre les méga- projets touristiques passe par la création de propositions de tourisme alternatif.
Ainsi, La Voix des Femmes, un groupe de femmes garifunas, a initié un projet de quelques cabañas et d’un petit restaurant pour contrer l’offensive des investisseurs étrangers sur leurs terres. Plus qu’un projet touristique, cette action constitue une réappropriation des terres par la communauté garifuna. En effet, les terres sur lesquelles les cabañas sont installées ont, selon elles, été achetées illégalement par des non-garifunas pour y construire des résidences de luxe.
Nous rencontrons la présidente du groupe, Teresa Reyes, qui nous parle de sa vision d’un développement touristique sur les terres garifunas.
Des problèmes techniques avec la caméra ont causé des dommages dans la bande son et ont rendu l’image inutilisable. Voici donc un court extrait audio illustré de photos d’une réunion de ce groupe.
“Le voyage est un moyen privilégié de lien et de compréhension entre les peuples. Il doit permettre l’épanouissement du voyageur et de l’accueillant. Ses ressources doivent servir un développement durable des populations visitées.” C’est avec ce discours que Miguel nous invite chez lui à boire un verre pour parler du méga-projet touristique de la Bahia de Tela.
Il y a près de 15 ans, Miguel est tombé amoureux d’une garifuna avec qui il a eu 5 enfants. Il a alors quitté sa France natale et vit depuis lors dans le petit village de Triunfo de la Cruz, à quelques kilomètres de Tela. Ici, il a créé Coco Tours, une agence de voyage qui promeut le tourisme équitable, solidaire, durable et éthique. Ainsi, il engage des guides et chauffeurs à un juste prix dans le contexte économique local, propose des hébergement dans les familles du village et reverse 15% de ses profits pour financer des initiatives locales. En se moment, par exemple, Miguel investi temps et argent pour la restauration et l’agrandissement du centre de santé de la commune.
Nous lui avons demandé de nous parler de sa vision du complexe hôtelier de Los Micos Beach& GolfResort qui va s’installer à proximité de la zone protégée du Parc national Punta Sal (Jeanette Kawas).
Après notre magnifique semaine auprès de la famille de Thelma et Hypolito, dans la région du Peten au Guatemala, nous décidons de reprendre la route, mais cette fois en direction de notre destination finale au Honduras.
Nous décidons de nous installer à Triunfo de la Cruz, la ville où se retrouvent les militants et militantes les plus assidus contre le méga projet touristique prévu sur les plages de la baie de Tela, sur la côte est du pays.
Carlos et Ingrid ont accepté de nous accueillir au sein de leur famille, le temps de commencer une petite recherche sur la situation.
Nous tentons de voir en quoi des projets touristiques de large envergure menacent aujourd’hui l’avenir de plusieurs communautés garifunas. En effet, les terres Garifunas, situées sur une des plus belles portions de la côte caraïbe, sont convoitées par les promoteurs d’un complexe hôtelier tout inclu. Peuple pêcheur, les garifunas se retrouvent donc mêlés à une bataille financière qui pourraient finir par les priver d’une de leur plus grande richesse: leur plage.
Mais d’abord, vivre dans la communauté de Triunfo de la Cruz, c’est prendre le rythme local et faire la rencontre du peuple Garifuna… et cela, ça passe entre autre par manger des langoustes toutes justes sorties de la mer des Caraïbes… Miam!
Au Guatemala, il reste encore beaucoup à voir en matière de tourisme solidaire, en particulier le petit village de Nuevo Horizonte, situé dans le Peten. Je vous invite à visionner, sur Parole Citoyenne, le film que mon frère Santiago a réalisé auprès de cette communauté hors de l’ordinaire.
La plupart des habitants de Nuevo Horizonte ont participé à la lutte armée contre la dictature qui sévissait au Guatemala. Une amnistie a été signée en 1996, les guérilleros, qui survivaient cachés dans la jungle et luttaient depuis près de vingt ans ont pu regagner une vie civile normale. Nuevo Horizonte c’est la volonté d’une centaine d’ex-guérilleros de continuer à vivre ensemble selon leurs rêves. Nuevo Horizonte, c’est aussi une communauté hors du commun. Des projets de pisciculture, d’agriculture, de reforestation jusqu’à l’écotourisme, en passant par des projets qui naissent à même les bancs d’écoles, cette communauté reflète le dynamisme de ses membres et porte l’espoir de tout un peuple.
Depuis sept ans, leur coopérative est un symbole d’alternative de la résistance. À découvrir, une communauté pour qui le mot « rêve » devient réalité.
Ici, sur le bord du Lac Peten Itza, nous prenons nos cours d’espagnol, tout en vivant dans une famille active et impliquée dans sa communauté.
Thelma, la «Mama» de la famille, nous cuisine de délicieux plats typiques, toujours accompagnés de frijoles et de bonnes tortillas de maïs qu’elle prépare soigneusement au grand plaisir des enfants et petits-enfants. Les après-midi, Thelma est volontaire dans une savonnerie qui utilise les plantes du jardin médicinal de l’école d’espagnol.
Nous avons aussi eu la chance de rencontrer son mari, Hypolito, seulement présent une semaine par mois chez lui. À 65 ans, il travaille toujours comme garde-forestier dans la forêt tropicale du Peten, qu’il arpente 3 semaines par mois sans retourner au village. Hypolito nous avoue qu’il est fatigué de ce travail difficile, mais il dit ne pas avoir le choix, car ici, l’emploi est rare.
- Hypolito, qu’est-ce que tu fais si tu rencontres un jaguar dans la jungle?
- Ça m’est déjà arrivé.
- Et alors ?
- C’est facile! Je lui lance une pierre.
- Ha!?!
.
Ce qui constitue en grande partie la richesse d’Hypolito, c’est qu’il pratique encore la langue de ces ancêtres
Écoutez l’un des derniers au monde à parler le maya Itza!
Dans ce court extrait, Hipolyto nous explique que sa langue a été perdue à cause de la politique du gouvernement dans les années 30, qui a interdit aux enfants de parler le maya Itza. Quiconque parlait le maya était puni.
Aujourd’hui, seulement 150 personnes au monde, principalement des gens âgés, parlent encore cette langue. Tous vivent dans la commune de San José bordant le Lac Peten Itza. Mais le maya Itza ne fait plus partie de leur vie quotidienne, l’espagnol l’a remplacé. Parfois encore, les vieux du village, autour d’un verre, se rappellent les légendes du pays dans leur dialecte.
Mais surtout, depuis une dizaine d’années, une Académie de Maya Itza s’est créée dans le village. On y donne des cours de maya et on s’emploie à refaire vivre la culture maya en reproduisant des cérémonies ancestrales qui chaque année, attirent de plus en plus de monde.
L’espoir de sauvegarder cette langue est mince, car peu à peu, les gens qui parlent encore le maya s’éteignent. Espérons que la jeune génération fasse survivre la culture de leurs parents!
En prenant une lancha (bateau taxi) à partir de Rio Dulce jusqu’à Livingston, Elsa et moi avons fait un crochet par le Rio Tatin afin d’aller visiter Ak’Tenamit, une association locale exemplaire en matière de développement communautaire. Depuis 1992, l’organisation a amélioré les conditions de vie de plus de 9000 Mayas en favorisant l’accès à des soins de santé et à l’éducation à 45 villages. . Les Mayas Q’eqchi’ ont quitté les plateaux centraux du pays lors de la guerre civile pour se réfugier sur les rives de Rio Dulce. Ils constituent aujourd’hui près de la moitié de la population de la région. Isolés le long de la rivière, ils vivent dans des conditions sociales et économiques marginales.
L’association forme et loge près de 500 étudiants du niveau secondaire sur un campus scolaire en pleine jungle.
J’ai d’abord été émerveillé par la beauté du lieu. Les bâtiments se marient à la forêt. Les classes rondes, érigées sur le même modèle que les maisons traditionnelles, sont éloignées les unes des autres et reliées par des petits chemins sinueux au cœur d’une forêt verdoyante.
Ici, les jeunes ne payent que 50 Quetzals (7$) par mois, pour leurs formations, le logement et la nourriture. L’un des moyens de financer les services de santé et d’éducation, est entre autres, leur programme de tourisme communautaire.
L’association propose aux touristes de vivre au sein d’un village Q’eqchi qu’on atteint après deux heures de marche dans la jungle. Une fois arrivées on est accueilli par les habitants qui se font un plaisir de nous faire connaître leur culture, leur mode de vie, leurs contes et légendes. Le séjour comprend également des balades en forêts en compagnie des gens du village et la découverte de l’artisanat local.
Et si vous souhaitez être plus actif dans la communauté, l’association propose également un programme d’écovolontoriat dans les domaines médical, éducatif et environnemental, de quoi en occuper plus d’un!
Le tourisme au Guatemala sonne pour beaucoup d’entre nous avec “école d’espagnol”. Réputé pour être le pays où les cours de langue sont les moins chers au monde, on y vient des 4 coins du globe pour parfaire son roulage de “R”…
Un voyage d’apprentissage académique certes, mais aussi une belle opportunité de découvrir le quotidien des guatémaltèques, puisque les écoles proposent presque toutes de vivre au sein d’une famille. Rien de mieux pour comprendre la culture du pays et échanger avec les gens entre deux tortillas!
Dans cette myriade d’écoles d’espagnol, certains établissements se démarquent par leur engagement social. En voici un bel exemple….
La Escuela de la Montaña (L’École de la Montagne)
Installée au sein d’un village d’anciens campesinos, la Escuela de la Montana accueille depuis 10 ans des étudiants du monde entier. Plus qu’une simple école d’espagnol, elle appuie le développement des communautés rurales tout en proposant aux étrangers une véritable expérience de vie dans la campagne guatémaltèque.
«Le plus beau lac au monde!» C’est ainsi qu’Aldous Huxley qualifiait celui qui nous offre aujourd’hui ses abords, sa brume mythique, les courbes de ses volcans, l’inconstance de ses eaux, tantôt dormantes, tantôt furieuses…
En pensant fuir le « gringo trail », nous évitons Panajachel, la ville la plus touristique du Lac Atitlan, pour nous installer à San Pedro la Laguna, une petite commune de 10 000 habitants qui lui fait face. D’abord charmés par les ruelles sinueuses et l’esprit relax des lieux, nous ressentons vite un malaise. Alors que le centre ville est laissé aux locaux, les rives du lac sont le privilège des étrangers. Si l’ambiance néo hippie des petits restaurants et auberges a ses charmes, il reste qu’on ne se sent plus vraiment au Guatemala.
Les commerces qui fonctionnent le mieux sont ceux des étrangers, surement parce qu’ils connaissent mieux les attentes des touristes.
Mais franchement, se faire dire par un serveur: « Could you speak english? » quand on passe notre commande en espagnol, c’est de l’affront… Entre les voisins de table allemands, les serveurs américains et les proprios israéliens, on commence sérieusement à se sentir de trop.
Au moins, l’afflux d’étrangers qu’attire le lac permet aux Mayas Cakchiqueles de vendre leur artisanat, constitué principalement de magnifiques tissus colorés aux motifs symbolisant leur origine.
Nous devions rester une semaine pour continuer nos cours d’espagnol dans l’une des écoles du village, mais nous décidons finalement de continuer notre route. Avant de nous diriger vers le Peten, nous faisons un crochet par Antigua, une des plus belles villes d’Amérique centrale, où nous prendrons le temps de terminer le montage de notre prochain film tourné dans la campagne de Quetzaltenango. Surveillez bien notre prochain billet!
Passage est un carnet d’itinérance multimédia, un échantillon d’atmosphère, de rencontres, de rythmes et de couleurs, glanés au fil des longues heures d’autobus d’un périple de 4 mois qui nous mènera jusqu’au Honduras, à la rencontre du peuple Garifuna. Préoccupés par l’impact du tourisme de masse sur les populations locales, nous prônons une autre idée du voyage, loin des structures hôtelières déconnectées de la société à laquelle on les arrime, un voyage aux sièges inconfortables et aux repas trop vite pris, un chemin aux milles attentes, fait de bonjours et de au revoirs répétés, une route sinueuse et peu pressée, des échanges de comptoir, des regards, des découvertes… Un voyage qui dessine un portrait éclectique des hommes, des idées, des territoires… (Crédit de la première photo : roatanhistory.com)
Aime la poésie, les braises sous la cendre, la bonne bouffe, le désordre, les gens qui n’ont pas l’air de ce qu’ils ont, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font. La radio, les discussions de comptoir, les disputes, l’ordinaire.
Toujours en quête d'horizons insondés, de bouts de vie, d'histoires à raconter, Josué glane images et sons pour mieux peindre le tableau du voyage. Sur son chemin, il part à la rencontre de gens qui luttent pour leur intégrité sociale, culturelle, politique…