Passage est un carnet d’itinérance multimédia, un échantillon d’atmosphère, de rencontres, de rythmes et de couleurs, glanés au fil des longues heures d’autobus d’un périple de 4 mois qui nous mènera jusqu’au Honduras, à la rencontre du peuple Garifuna. Préoccupés par l’impact du tourisme de masse sur les populations locales, nous prônons une autre idée du voyage, loin des structures hôtelières déconnectées de la société à laquelle on les arrime, un voyage aux sièges inconfortables et aux repas trop vite pris, un chemin aux milles attentes, fait de bonjours et de au revoirs répétés, une route sinueuse et peu pressée, des échanges de comptoir, des regards, des découvertes… Un voyage qui dessine un portrait éclectique des hommes, des idées, des territoires… (Crédit de la première photo : roatanhistory.com)
A Triunfo de la Cruz, la lutte contre les méga- projets touristiques passe par la création de propositions de tourisme alternatif.
Ainsi, La Voix des Femmes, un groupe de femmes garifunas, a initié un projet de quelques cabañas et d’un petit restaurant pour contrer l’offensive des investisseurs étrangers sur leurs terres. Plus qu’un projet touristique, cette action constitue une réappropriation des terres par la communauté garifuna. En effet, les terres sur lesquelles les cabañas sont installées ont, selon elles, été achetées illégalement par des non-garifunas pour y construire des résidences de luxe.
Nous rencontrons la présidente du groupe, Teresa Reyes, qui nous parle de sa vision d’un développement touristique sur les terres garifunas.
Des problèmes techniques avec la caméra ont causé des dommages dans la bande son et ont rendu l’image inutilisable. Voici donc un court extrait audio illustré de photos d’une réunion de ce groupe.
Nous voilà de retour dans la Baie de Tela. La caméra n’a pas pu être réparée à San Pedro Sula. Le film que nous pensions faire ne verra donc pas le jour. Mais nous ne baissons pas les bras pour autant!
Lors de notre séjour à Triunfo de la Cruz, nous avions déjà tourné plusieurs heures d’interviews. Les bandes souffrent de beaucoup de “drops” mais nous avons réussi à sélectionner des témoignages éclairants que nous vous présenterons au cours de la prochaine semaine.
Nous croyons vraiment que ce qui se passe ici mérite d’être médiatisé. A défaut de film, nous tenterons de faire publier un article sur l’impact du projet de la Baie de Tela sur l’environnement et la population locale.
Mais déjà, en guise d’introduction, voici une carte de l’emplacement du complexe hôtelier à venir dans la Baie de Tela.
Nous venons de passer notre première semaine dans le village de Triunfo de la Cruz, sur la côte Caraïbes du Honduras. Là, tout en vivant avec une famille garifuna, nous avons entamé nos recherches pour le film. Mais la tâche se révèle plus ardue que prévue. Là où nous pensions rencontrer des gens en lutte contre le méga-projet touristique de la Bahia de Tela, nous trouvons une communauté divisée.
Los Micos Beach, un complexe hôtelier de grand luxe financé en majorité par des entrepreneurs étrangers a choisi pour terre d’élection les terres garfunas de la côte nord. Plusieurs villages ont déjà été achetés, certains à près de 90% après que le projet ait mis plusieurs milliers de dollars dans des campagnes de séduction de la population (quand on ne parle pas de pressions) pour que les villageois cèdent leur bout de plage.
Mais à Triunfo, alors que la majorité se dit opposée à la venue de ce resort de 4 hôtels de 5 étoiles, un golf, plusieurs piscines et une marina dans une zone protégée, le village est divisé. Deux groupes s’opposent à travers deux organisations garifunas qui s’accusent mutuellement de corruptions et de ventes illégales de terrain.
Les terres garifunas sont normalement indivisibles et propriété de la communauté, ce qui signifie qu’elle ne peuvent pas être vendues à un non-garifuna. Mais il semble que beaucoup dérogent à la règle et vendent au plus offrant.
La situation se corse! Nous qui pensions rencontrer un peuple uni, faisant bloc contre ce projet gargantuesque, nous nous heurtons finalement à une querelle de clochers qui affaiblit la communauté elle-même, faisant les bonnes affaires des entrepreneurs.
Nous investigons, cherchons à comprendre… Le projet est déjà entamé dans les villages de Miami et de Tornabé, la plupart des garifunas n’en sont plus vraiment à lutter contre la construction des hôtels, bataille qui semble déjà perdue. Certains se demandent plutôt comment tirer profit, à leur manière, de la venue des 3000 touristes que peut accueillir le complexe. D’autres tentent plus que jamais de sauver ce qu’il reste encore de terres non-vendues.
Après plusieurs heures d’interview, c’est la caméra qui bat de l’aile. Les images se saccadent… Nous décidons de partir dans la seconde ville du pays, San Pedro Sula afin de faire réviser notre matériel. Et par la même occasion, nous prendrons le temps de faire décanter toutes nos recherches… pour savoir quel film va naitre… peut-être.
LES GARIFUNAS Les Garifunas sont issus de métissages entre des groupes originaires d’Afrique et des Caraïbes dont ils ont intégré des éléments culturels. Ils se sont établis au dix-huitième siècle le long de la côte atlantique de l’Amérique centrale après avoir survécu aux naufrages de bateaux négriers. Aujourd’hui, ils vivent principalement au Honduras, au Guatemala, au Nicaragua et au Belize.
“La langue, la danse et la musique des Garifuna” , ont été proclamées Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO en 2001.
La langue garifuna, qui appartient au groupe de langues arawak, a survécu à des siècles de discrimination et de domination linguistique. Elle est riche en récits (úraga) à l’origine racontés lors des veillées ou de grands rassemblements.
Les mélodies mêlent des éléments africains et amérindiens et les textes constituent un véritable creuset de l’histoire et des savoirs traditionnels des Garifuna, tels la culture du manioc, la fabrication de canoës ou la construction de maisons en terre cuite. Il y a également une veine satirique très importante dans ces chansons rythmées par des tambours et accompagnées de danses auxquelles se mêlent les spectateurs.
Ces traditions restent essentielles dans la vie des Garifuna. Ce sont les anciens qui perpétuent la plupart des cérémonies, fêtes et traditions orales. La transmission pâtit pourtant des migrations économiques, de la discrimination et de l’absence de la langue garifuna dans le système scolaire. Bien qu’elle ait encore de nombreux locuteurs, elle n’est plus enseignée que dans un seul village.
Après notre magnifique semaine auprès de la famille de Thelma et Hypolito, dans la région du Peten au Guatemala, nous décidons de reprendre la route, mais cette fois en direction de notre destination finale au Honduras.
Nous décidons de nous installer à Triunfo de la Cruz, la ville où se retrouvent les militants et militantes les plus assidus contre le méga projet touristique prévu sur les plages de la baie de Tela, sur la côte est du pays.
Carlos et Ingrid ont accepté de nous accueillir au sein de leur famille, le temps de commencer une petite recherche sur la situation.
Nous tentons de voir en quoi des projets touristiques de large envergure menacent aujourd’hui l’avenir de plusieurs communautés garifunas. En effet, les terres Garifunas, situées sur une des plus belles portions de la côte caraïbe, sont convoitées par les promoteurs d’un complexe hôtelier tout inclu. Peuple pêcheur, les garifunas se retrouvent donc mêlés à une bataille financière qui pourraient finir par les priver d’une de leur plus grande richesse: leur plage.
Mais d’abord, vivre dans la communauté de Triunfo de la Cruz, c’est prendre le rythme local et faire la rencontre du peuple Garifuna… et cela, ça passe entre autre par manger des langoustes toutes justes sorties de la mer des Caraïbes… Miam!
Ici, sur le bord du Lac Peten Itza, nous prenons nos cours d’espagnol, tout en vivant dans une famille active et impliquée dans sa communauté.
Thelma, la «Mama» de la famille, nous cuisine de délicieux plats typiques, toujours accompagnés de frijoles et de bonnes tortillas de maïs qu’elle prépare soigneusement au grand plaisir des enfants et petits-enfants. Les après-midi, Thelma est volontaire dans une savonnerie qui utilise les plantes du jardin médicinal de l’école d’espagnol.
Nous avons aussi eu la chance de rencontrer son mari, Hypolito, seulement présent une semaine par mois chez lui. À 65 ans, il travaille toujours comme garde-forestier dans la forêt tropicale du Peten, qu’il arpente 3 semaines par mois sans retourner au village. Hypolito nous avoue qu’il est fatigué de ce travail difficile, mais il dit ne pas avoir le choix, car ici, l’emploi est rare.
- Hypolito, qu’est-ce que tu fais si tu rencontres un jaguar dans la jungle?
- Ça m’est déjà arrivé.
- Et alors ?
- C’est facile! Je lui lance une pierre.
- Ha!?!
.
Ce qui constitue en grande partie la richesse d’Hypolito, c’est qu’il pratique encore la langue de ces ancêtres
Écoutez l’un des derniers au monde à parler le maya Itza!
Dans ce court extrait, Hipolyto nous explique que sa langue a été perdue à cause de la politique du gouvernement dans les années 30, qui a interdit aux enfants de parler le maya Itza. Quiconque parlait le maya était puni.
Aujourd’hui, seulement 150 personnes au monde, principalement des gens âgés, parlent encore cette langue. Tous vivent dans la commune de San José bordant le Lac Peten Itza. Mais le maya Itza ne fait plus partie de leur vie quotidienne, l’espagnol l’a remplacé. Parfois encore, les vieux du village, autour d’un verre, se rappellent les légendes du pays dans leur dialecte.
Mais surtout, depuis une dizaine d’années, une Académie de Maya Itza s’est créée dans le village. On y donne des cours de maya et on s’emploie à refaire vivre la culture maya en reproduisant des cérémonies ancestrales qui chaque année, attirent de plus en plus de monde.
L’espoir de sauvegarder cette langue est mince, car peu à peu, les gens qui parlent encore le maya s’éteignent. Espérons que la jeune génération fasse survivre la culture de leurs parents!
Le Péten, enclavé entre le Mexique et le Bélize est le département le plus vaste du Guatemala, le plus sauvage aussi. Nous décidons d’y suivre notre dernière semaine d’espagnol, dans la petite ville de San José, qui fait face à Florès, sur le Lac Peten-Itza.
A première vue, San José est une petite bourgade tranquille, le clapotis de l’eau sur les berges, les habitants souriants, qui laissent couler le temps sur les bancs publics, les rues d’une propreté encore jamais vue au Guatemala, le nombre incroyable de cochons qui galopent librement de maisons en maisons…San José fait la fierté de ses occupants, qui sont presque tous nés ici et n’acceptent que très peu que d’autres s’y installent.
Quelques touristes passent peut-être et s’étonnent de l’harmonie de la ville.
Josué et moi nous asseyons sur les bancs. Nous parlons aux habitants. De touristes, nous passons parfois à confidents et alors, l’image de carte postale se trouble, perd de son assurance et fini par susurrer… Susurrer la main mise du maire depuis près de vingt ans sur la ville, sa richesse croissante, ses 4 gardes du corps armés… expliquer que le chef du village dit filmer les bureaux de vote pour s’assurer que tous sont dans son camps… quand ils ne paient pas tout simplement des gens d’autres communes pour augmenter ces électeurs.
Nous scrutons le lac. Un jet-ski passe. C’est le maire.
Alors que la crise économique asphyxie tout le pays, la corruption engraisse petits et grands chefs.
En prenant une lancha (bateau taxi) à partir de Rio Dulce jusqu’à Livingston, Elsa et moi avons fait un crochet par le Rio Tatin afin d’aller visiter Ak’Tenamit, une association locale exemplaire en matière de développement communautaire. Depuis 1992, l’organisation a amélioré les conditions de vie de plus de 9000 Mayas en favorisant l’accès à des soins de santé et à l’éducation à 45 villages. . Les Mayas Q’eqchi’ ont quitté les plateaux centraux du pays lors de la guerre civile pour se réfugier sur les rives de Rio Dulce. Ils constituent aujourd’hui près de la moitié de la population de la région. Isolés le long de la rivière, ils vivent dans des conditions sociales et économiques marginales.
L’association forme et loge près de 500 étudiants du niveau secondaire sur un campus scolaire en pleine jungle.
J’ai d’abord été émerveillé par la beauté du lieu. Les bâtiments se marient à la forêt. Les classes rondes, érigées sur le même modèle que les maisons traditionnelles, sont éloignées les unes des autres et reliées par des petits chemins sinueux au cœur d’une forêt verdoyante.
Ici, les jeunes ne payent que 50 Quetzals (7$) par mois, pour leurs formations, le logement et la nourriture. L’un des moyens de financer les services de santé et d’éducation, est entre autres, leur programme de tourisme communautaire.
L’association propose aux touristes de vivre au sein d’un village Q’eqchi qu’on atteint après deux heures de marche dans la jungle. Une fois arrivées on est accueilli par les habitants qui se font un plaisir de nous faire connaître leur culture, leur mode de vie, leurs contes et légendes. Le séjour comprend également des balades en forêts en compagnie des gens du village et la découverte de l’artisanat local.
Et si vous souhaitez être plus actif dans la communauté, l’association propose également un programme d’écovolontoriat dans les domaines médical, éducatif et environnemental, de quoi en occuper plus d’un!
Le tourisme au Guatemala sonne pour beaucoup d’entre nous avec “école d’espagnol”. Réputé pour être le pays où les cours de langue sont les moins chers au monde, on y vient des 4 coins du globe pour parfaire son roulage de “R”…
Un voyage d’apprentissage académique certes, mais aussi une belle opportunité de découvrir le quotidien des guatémaltèques, puisque les écoles proposent presque toutes de vivre au sein d’une famille. Rien de mieux pour comprendre la culture du pays et échanger avec les gens entre deux tortillas!
Dans cette myriade d’écoles d’espagnol, certains établissements se démarquent par leur engagement social. En voici un bel exemple….
La Escuela de la Montaña (L’École de la Montagne)
Installée au sein d’un village d’anciens campesinos, la Escuela de la Montana accueille depuis 10 ans des étudiants du monde entier. Plus qu’une simple école d’espagnol, elle appuie le développement des communautés rurales tout en proposant aux étrangers une véritable expérience de vie dans la campagne guatémaltèque.
Depuis notre départ, nous tentons de prendre du recul sur notre façon de voyager.
Avec ce voyage, nous avons “pris” le temps, nous avons ouvert une brèche dans notre quotidien pour y dessiner un autre part. Biensûr, notre périple à ses imperfections et nous ne nous prévalons pas d’être les meilleurs des voyageurs, mais nous nous accrochons à notre volonté de rencontrer des gens, de voir le transport comme partie intégrante du voyage, de ne pas courir après la rentabilistaion du temps et de minimiser notre empreinte écologique sur le monde….
Mais qui a réellement ce temps d´intégrer la route au corps du voyage? Avec seulement quelques semaines par an pour décrocher, qui fait le choix de voyager autrement, quand l´avion est devenu le mode de transport le moins cher et que des agences de tourisme proposent des formules tout inclu au prix d’un panier de courses?
Je suis consciente que nous ne pouvons pas, du jour au lendemain, changer la silhouette du tourisme, mais je crois que c’est en prenant conscience de l’impact de notre manière de voyager que viendront les changements…
Ainsi, j’aimerais partager avec vous une définition que propose l’Association des Voyageurs et Voyagistes éco-responsables:
“un tourisme responsable, au niveau social comme au niveau environnemental, viable économiquement tant pour les émetteurs que pour les accueillants mais dont la finalité n’est pas la production ou surproduction de richesses au seul bénéfice des intervenants du Nord.”
En son sein figurent quatre catégories:
1. l’écotourisme, qui concerne principalement des zones protégées, ou fragiles.
2. le tourisme d’aventure de découverte, rencontres et cultures, qui se doit d’appréhender l’ensemble des impacts sur les régions et populations d’accueils et tendre à être véritablement responsable.
3. le tourisme équitable, orienté vers des échanges et des partenariats avec des communautés au bénéfice de ces dernières.
4. le tourisme solidaire, dont la spécificité est la mise en oeuvre de microprojets à vocation humanitaire ou d’aide au développement raisonné, réalisé après évaluation objective des besoins ou des manques.
Ces catégories ne s’opposent pas entre elles, mais se complètent. Ainsi l’écotouriste des régions désertiques peut il compléter son voyage en participant à un projet de tourisme solidaire, ou par un séjour équitable. Tout voyagiste d’aventure, de rencontres et de cultures dispose de la possibilité de participer à des projets d’ordre solidaire de manière ponctuelle, au côté d’associations ou de voyagistes spécialisés dans ce domaine.
Ce qui compte est la clarté des objectifs affichés, et ne pas tricher sur les bénéfices apportés aux communautés locales. Le but étant d’augmenter les effets de manière proportionnelle à l’incrémentation du chiffre d’affaire réalisé.
Ces définitions une fois posées, je crois que nous avons les clés pour, petit à petit, tenter de voyager de manière plus responsable…
Passage est un carnet d’itinérance multimédia, un échantillon d’atmosphère, de rencontres, de rythmes et de couleurs, glanés au fil des longues heures d’autobus d’un périple de 4 mois qui nous mènera jusqu’au Honduras, à la rencontre du peuple Garifuna.
Aime la poésie, les braises sous la cendre, la bonne bouffe, le désordre, les gens qui n’ont pas l’air de ce qu’ils ont, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font. La radio, les discussions de comptoir, les disputes, l’ordinaire.
Toujours en quête d'horizons insondés, de bouts de vie, d'histoires à raconter, Josué glane images et sons pour mieux peindre le tableau du voyage. Sur son chemin, il part à la rencontre de gens qui luttent pour leur intégrité sociale, culturelle, politique…