Passage
Passage est un carnet d’itinérance multimédia, un échantillon d’atmosphère, de rencontres, de rythmes et de couleurs, glanés au fil des longues heures d’autobus d’un périple de 4 mois qui nous mènera jusqu’au Honduras, à la rencontre du peuple Garifuna. Préoccupés par l’impact du tourisme de masse sur les populations locales, nous prônons une autre idée du voyage, loin des structures hôtelières déconnectées de la société à laquelle on les arrime, un voyage aux sièges inconfortables et aux repas trop vite pris, un chemin aux milles attentes, fait de bonjours et de au revoirs répétés, une route sinueuse et peu pressée, des échanges de comptoir, des regards, des découvertes… Un voyage qui dessine un portrait éclectique des hommes, des idées, des territoires… (Crédit de la première photo : roatanhistory.com)
Écrit par
Josué
15/04/2008
Il y a quelques jours, nous sommes allés visiter le parc National Lagos de Montebello. Ce sont des lacs d’eau turquoise isolés dans de majestueuses forêts de pins. C’est là, que nous avons rencontré deux hommes d’une cinquantaine d’années habitant une petite communauté de la région. Puisque le parc est très étendu, ils nous ont proposé de nous guider d’un lac à un autre à cheval. La ballade, habillée de l’odeur des conifères et de la beauté des étendues d’eau en camaïeu de bleus et de verts était mémorable.
Les deux hommes gagnent maintenant leur vie avec le tourisme à raison de 4 mois par année. Si les différentes communautés vivant autour du parc ne se sont pas organisées en coopérative, elles se sont au moins entendues pour se partager les saisons touristiques, pour que chacun puissent profiter de cette nouvelle ressource.
Mais l’harmonie entre tourisme et communautés locales dont nous parle nos guides a en fait une toute autre réalité dans l’état du Chiapas.
En mars 2006 avait lieu à Tuxla Gutiérrez, la capitale du Chiapas, le 2e Forum International du Tourisme Solidaire (FITS). Avec cet événement, on aurait pu croire que l’espoir d’un tourisme respectueux de l’environnement humain et naturel prenait forme dans cet état aux nombreux charmes touristiques.
En effet, au Chiapas, se développent de plus en plus des projets dits d’« écotourisme », destinés à acuueillir les foules curieuses de découvrir les ruines mayas de Palenque, le canyon de Sumidero ou les cascades d’eau turquoise d’Agua azul. Mais selon les termes du Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte (Cspcl-Paris), la nouvelle formule plus « éthique » des magnats du tourisme serait en fait « un nouveau Cheval de Troie des multinationales contre des populations paysannes et indigènes accusées de se mettre en travers de l’uniformisation et de la “mise aux normes” indispensable à l’instauration du marché globalisé. » [1]
Alors qu’en est-il vraiment, aujourd’hui, du tourisme au Chiapas? Selon une étude récente d’Echoway,pas un seul projet d’écotourisme au Chiapas, même développé à l’échelle locale, n’est réellement écotouristique, les structures d’hébergement ne sont pas écologique et les programmes de tourisme solidaire ne financent en fait pas ou très peu de projets de développement local ou de protection de l’environnement.
Plus encore, de nouveaux projets de large envergure utilisent l’étiquette d’écotourime pour, en fait, redorer leur image. Ainsi, un volet du méga Projet Palenque consiste à créer à Agua Azul, sous l’étiquette «d’écotourisme», un parc thématique naturel, des espaces commerciaux et une offre de logement de 1260 lits exclusifs.
Un projet qui va largement modifier la société, l’économie de la région, sans compter l’écosystème de la jungle alentour…
C’est donc ainsi que FONATUR (l’organisme de planification touristique du gouvernement mexicain) fait du «tourisme solidaire», un paravent servant bien souvent à faire accepter des intérêts strictement capitalistes.
D’ailleurs, il y a quelques mois, les Zapatistes ont appelé à boycotter le site touristique d’Agua Azul, ce qui a causé une vague de répression et d’agressions sur les communautés rebelles.
[1] http://cspcl.ouvaton.org
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Mots clés: tourisme
Écrit par
Elsa
10/04/2008
“Qui apprend une nouvelle langue acquiert une nouvelle âme.”
( J. R. Jimenez, poète espagnol)
Las des grains de sables entre le doigts de pieds, on a décidé de filer au Chiapas, un État du Sud du Mexique, frontalier du Guatemala. Ici, à San Cristobal, nous goûtons au plaisir de retrouver un climat tempéré après la chaleur tropicale de la côte… et oui, nous on en a presque marre de la chaleur, je sais c’est dur à entendre quand le Québec peine à s’échapper des rigueurs de l’hiver, mais que voulez-vous!
Notre séjour est plutôt studieux puisqu’on a décidé de commencer nos cours d’Espagnol et de vivre chez une famille mexicaine pour encore mieux pratiquer. On a de quoi être motivés, puisque dans quelques semaines, nous allons arriver au Honduras et entamer les premières recherches et entrevues pour notre film.
Un petit rappel à ce sujet : Nous partons au Honduras pour faire un film sur les grands projets touristiques qui menacent actuellement les Garifunas, un peuple issu du métissage entre des africains rescapés d’un bateau négrier et des autochtones caraïbes, installé depuis près de 200 ans sur le littoral du nord du pays.
Depuis quelques années, l’Institut du tourisme du Honduras a décidé de “développer” la zone, et pour cela, d’exproprier les Garifunas de leurs terres pour les vendre des millions de dollars à des sociétés privées… Bravant les pressions incessantes que subissent la communauté, les Garifunas résistent et militent pour le respect de leurs terres et de leur culture.
Le sujet nécessite bien entendu une bonne maîtrise de l’Espagnol et c’est la raison pour laquelle nous nous enivrons chaque jour un peu plus de la langue de Cervantès. Et pour cela, rien de mieux que de manger en famille! Les mots arrivent chaque jour un peu plus nombreux dans un recoin de ma bouche, plus encore quand je les accompagne de bonnes tortillas et d’une “cerveza”!
Quand aux cours, ils sont aussi une source d’épanouissement. Maitriser la langue, c’est décrocher la clé de rencontres multiples, et le voyage après tout, c’est cela, pouvoir palper une culture, autrement que par une visite guidée en français!
Voyez un peu comme on est accrochés aux lèvres de notre cher prof, Roberto…

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Écrit par
Elsa
07/04/2008
Voilà plus d’un mois que nous sommes partis. Le Mexique nous a pris et nous peinons à nous défaire de ses bras voluptueux, plus encore maintenant que nous sommes ici, à Mazunte. Plutôt que de parler directement des enjeux actuels du tourisme de façon un peu abstraite, nous avons préféré laisser ce premier mois au voyage, laisser la route nous sculpter un peu avant de savoir quoi dire, quoi proposer…. On prend le rythme peu à peu… Et c’est ici, sur la côte ouest du pays, que nous prenons la mesure de la complexité du développement touristique et de la difficulté d’être “le visiteur”.

Mazunte, San Agustinillo, Zipolite. Trois petits villages accrochés à la côte, mouillés par le bleu profond du Pacifique… Des chemins en terre, des cocotiers, des manguiers, et des plages de carte postale… La région s’est longtemps développée autour de l’industrie de la pêche à la tortue. Mais avec plus 50 000 tortues de mer tuées par an, la pêche a été interdite en 1990. Presque tout le monde s’est alors retrouvé sans ressource. Pour survivre, les villageois ont alors décidé de se servir de l’affluence des tortues sur leurs côtes pour développer le tourisme, qui est aujourd’hui l’une de leurs principales ressources économiques de la région.
Si Mazunte, San Agustinillo et Zipolite sont encore peu développés, à quelques dizaines de kilomètres d’ici, Bahias de Huatulco qui n’était qu’un petit village de pêcheurs dans les années 80, siège maintenant comme l’une des toutes nouvelles stations balnéaires à la mode au Mexique.
Aujourd’hui, nous sommes assis à une table, sur la plage de San Agustinillo. Il y a un peu plus d’un an, j’étais ici avec mon ami Gaëtan. Je m’émerveillais de ce petit coin de paradis, du simple balancement des hamacs et des journées rythmées par les allées et venues des pêcheurs de thon… Je découvrais un San Agustinillo peu décris par les guides, je retrouve aujourd’hui un village qui murmure l’arrivée des premiers investisseurs… L’année dernière, je me trouvais chanceuse d’avoir séjourné dans un village qui ne semblait pas ou peu m’attendre…. Vous savez, cette envie de garder des lieux secrets, se mordre les lèvres plutôt que de trop en parler.
Aujourd’hui, mes pas sur la plage de San Agustinillo me semblent bien moins privilégiés, les touristes sont bien plus nombreux. Sur les hauteurs du front de mer, un, deux, trois petits immeubles poussent. Des cabanas, d’un bien plus haut standing que celui habituellement proposé par les habitants, font elles aussi leur apparition et affichent complet en cette fin de Semaine Sainte.
Malgré l’augmentation du nombre de touristes, il règne encore à Zipolite, Mazunte et San Agustinillo cette même ambiance relax bercée par le son de djembés. Les chiens trainent toujours leurs carcasses amaigries sous un soleil harassant, les gens se saluent quand ils se croisent et les poules vont ça et là entre les pieds des chaises des cafés internet.
Le tourisme semble faire le bonheur d’une majorité des habitants des trois villages qui y trouvent une source importante de revenue en complément de la pêche. Il faut dire que la région est encore en développement. San Agustinillo, par exemple, n’a eu accès à l’électricité qu’il y a une dizaine d’années.
Mais qu’en sera t-il dans dix ans? A Mazunte, presque toutes les maisons affichent déjà des terrains à vendre. La proximité des villages, leurs plages, séparées seulement par quelques rochers sont une zone alléchante d’investissement. D’ailleurs, beaucoup d’étrangers commencent à acheter des propriétés dans la région ….

Quel est ici, la clé d’un développement touristique raisonné? Les habitants sont tentés de vendre leurs terrains qui prennent, de jour en jour, de la valeur. Mais sans eux, Mazunte serait elle la même?
L’arrivée massive de touristes risque de faire perdre à ces 3 petits villages un peu d’eux mêmes, sans parler de l’augmentation des prix des terrains et de la gentrification de la région… En même temps, que faire? Blamer chacun de nous? Tout le monde, ou presque, rêve d’une plage déserte, d’une semaine de décrochage, autre part, histoire de laisser souffler un moment durant, la brise dans sa tête.
Le tourisme qui a sauvé ces villages de la crise sera-t-il bientôt la raison de leur disparition?
Espérons seulement que le développement se fera de l’intérieur et que la communauté saura garder son âme et tirer profit du petit Paradis sur lequel elle siège plutôt que d’en laisser l’exploitation aux géants du toursime!
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Mots clés: 6- Mexique, tourisme
Écrit par
Josué
02/04/2008
Difficile de concilier le montage du film sur San Francisco et l’envie de découvrir Oaxaca. Nous n’avons pas encore eu le temps de vous parler de cette ville… Et pourtant, Oaxaca était l’un des points forts de notre traversée du Mexique.
Sur la place centrale, amuseurs publics, vendeurs ambulants et … évêques se côtoient. On célèbre la Semaine Sainte, l’une des fêtes chrétiennes les plus importantes de l’année pour les Mexicains. La ville est envahie de touristes curieux d’assister aux cérémonies. La “Semana Santa” commence toujours avec le Dimanche des Rameaux et se poursuit par les processions du Jeudi Saint et le Vendredi avec le Jugement et la Crucifixion, et se termine le jour de Pâques.
On avait surtout entendu parler d’Oaxaca lors de la révolte de 2006, qui avait pris une ampleur nationale. Tout avait commencé par une grève majeure des enseignants, réclamants une infrastructure adéquate, une aide pédagogique, alimentaire et financière pour les étudiants, ainsi qu’une augmentation de salaire pour le personnel et la reconnaissance de leur syndicat SNTE - Sindicato Nacional de Trabajadores de la Educacion (Syndicat National des Travailleurs et Travailleuses de l’Éducation).

Suite à des affrontements avec les autorités, les étudiants, la population et plus de 300 organisations sociales, politiques, urbaines et rurales se rallièrent au mouvement, donnant naissance à l’APPO - l’Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca. Les protestations s’intensifièrent, ainsi que les revendications, allant jusqu’à demander la démission du gouvernement et du gouverneur Ulises Ruiz. L’une des manifestations regroupa plus de 500 000 personnes. Mais après plus de 5 mois de crise, les forces de l’État étouffèrent les insurgés par des arrestations de leaders sociaux et … par des attaques à mains armées. C’est surtout à la suite de la mort du journaliste d’Indymedia New York City, Bradley Rolend Will, que les événements furent médiatisés internationalement.

Le dernier rapport de la Commission Civile Internationale d’Observation des Droits Humains (CCIODH) rendue sur Oaxaca le 13 février 2008 semble confirmer qu’ aucun progrès n’a été accompli dans l’État. Au contraire, la répression étatique vis-à-vis les groupes sociaux semble s’être intensifiée. Probablement justifiée pour prévenir une seconde révolte populaire envers le gouvernement…
Dans le cadre de notre voyage, nous souhaitions rencontrer le CIPO-RFM - Consejo Indigena Popular de Oaxaca - Ricardo Flores, une organisation indigène politique, proche des zapatistes du Chiapas. Nous étions intéressés par leur programme de tourisme solidaire où le visiteur vit et participe à la vie quotidienne des habitants. L’idée est que la société d’accueil ne s’adapte pas aux besoins du touriste, mais, plutôt, demande à celui-ci de partager son mode de vie. Ce qui me paraît normal, mais qui n’est malheureusement pas le cas, puisque le touriste est devenu un «client» à qui on doit d’abord plaire.
Mais, aujourd’hui on a appris, via un email d’Échoway, que le CIPO-RFM a récemment cessé son programme de tourisme solidaire, pour des raisons de sécurité, puisque leur organisation subit actuellement de la répression. Ce qui est malheureux, car la présence d’étranger dans leurs communautés diminuerait les menaces provenant des paramilitaires.
Et pourquoi cette persécution vis-à-vis les organisations indigènes? Hé bien tout simplement parce qu’ils défendent leurs terres contre d’autres intérêts… souvent à but lucratif et ne tenant pas compte des effets environnementaux et/où des impacts sociaux.
« En réponse aux espaces de mobilisation sociale se proposant de construire des modèles alternatifs de vie pour satisfaire les besoins essentiels, les autorités essaient de construire un contexte social qui soit le plus propice possible à la mise en oeuvre d’un modèle de développement de caractère néolibéral, s’appuyant sur la spoliation, la privatisation et la marchandisation des ressources de base, telles que la terre, l’eau ou la biodiversité.
Pour cela, sont, d’une part, mises en oeuvre des politiques dont l’objectif est d’affaiblir le tissu social en divisant les communautés indiennes et paysannes et en harcelant les organisations sociales les plus revendicatives.» - CCIODH
La répression et l’appropriation de terres appartenant à des communautés autochtones, seront d’ailleurs les sujets du film que nous tournerons au Honduras parmi les Garifunas… Un sujet à suivre!
Pour plus d’information sur la Révolte d’Oaxaca: Wikipedia France: http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_d%27Oaxaca
Conclusions et recommandations provisoires de la VI visite de la CCIODH dans l’état du Chiapas: http://cciodh.pangea.org/?q=es/node/175
Vous pouvez aussi lire l’article publié sur site de SUDéducation rapportant le rapport du CCIODH: http://www.sudeducation.org/article2361.html
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Mots clés: 6- Mexique, Oaxaca, tourisme
Écrit par
Josué
27/03/2008
Trop pressés de rejoindre la mer, nous sommes partis avec notre film dans la poche à Mazunte, un petit village sur la côte Pacifique… Mais voilà, les palmiers et les longues plages de sable fin, baignées par le doux clapotis des vagues ralentissent rythme de vie et… connection Internet! Voici 3 jours que nous essayons tant bien que mal de transférer le film mais rien à faire, le réseau est instable! Alors, en attendant, faites comme nous, ouvrez vos volets et relaxez… héhé!

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Écrit par
Elsa
24/03/2008
Oaxaca aura été le berceau d´un premier bébé attendu… Notre premier film vient d´éclore! Et à quel prix! Longues journées sur le toit de l´auberge de jeunesse, la tête dans la paume de la main, les moustiques qui tournent autour de l´écran, les yeux qui picotent… C´est dur de se replonger dans un sujet sur San Francisco quand une nouvelle ville palpite sous nos yeux en cette Semaine Sainte, l´une des periodes les plus importantes de l´année pour les Mexicains… Nos jambes ne demandaient qu´à gambader, nos papilles qu´à se plonger dans les saveurs de chocolat, de cannelle, de… sauterelles… Mais aujourd´hui, le film est là, prêt à vous rejoindre. Le montage nous aura permis de nous replonger dans les plumes et les paillettes de San Francisco et de piquer quelques fou-rires!
Dans notre prochain billet, venez vous aussi, vous encoquiner les yeux et les oreilles…
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Écrit par
Elsa
21/03/2008
Mexico foisonne d’attraits touristiques en tout genre… On ne sait pas où donner de la tête. Musée d’anthropologie? Maison de Frida Kalho? Diner au Café Tacuba?
On ne sait trop comment, en cherchant un peu de fraicheur sûrement, on se retrouve finalement…. dans un grand magasin de tissu. Là, l’idée nous vient de nous fabriquer un chapeau, et de fil en aiguille, on atterri dans un cours de crochet!

Autour de nos doigts débutants, ça s’agite drôlement : ” Et c’est comme ça qu’on fait, non comme ça, ton doigt n’est pas au bon endroit”, et tralala tralala, tout ça en espagnol, on rigole bien, surtout que Josué est le seul mec, le crochet, c’est plutôt un truc de jeunes filles parait-il…
Au final, la prof nous a carrément fait le chapeau tellement on était lents. C’est une vraie pro du tricot, elle donne même des cours à la télé. La Maestra, c’est comme ça que tout le monde l’appelle, a 20 ans de métier derrière elle, ce qui inclut non seulement un sacré maniement de l’aiguille, du crochet etc, mais aussi une conversation à toute épreuve, mieux qu’un salon de coiffure tout entier! C’est qu’il faut les animer, ces après-midi entre femmes, ces heures à fabriquer pull, bonnet, écharpe….. Une jasette en or je vous dis!

Quelques 6 heures plus tard , nous repartons avec un super chapeau en lin et avec la bonne humeur contagieuse de ce petit groupe de femmes…
Ça fait du bien de vivre une après midi comme ça. Finalement, on vient à Mexico, on s’imagine les visites, les palais, les musées, mais ce qui est le plus mémorable, c’est cette après-midi, cette reprise de contact avec le quotidien. on laisse passer le temps, pas besoin de rentabiliser la journée, pas besoin de guides, de plans, on papote seulement… C’est bizarre, partir si loin, et se rendre compte que ce dont on a le plus besoin, c’est de contacts humains, même si c’est moins photogénique, même si c’est moins sensationnel…
Et maintenant cap sur Oaxaca, où nous allons finaliser le film que nous avons tourné à San Francisco!
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Écrit par
Elsa
12/03/2008
“Ici, on est pas mexicains, on est chihuahuenses!” Ici, le Stetson et la Santiague sont rois et le sport local n’est pas le soccer mais le Basket-ball! Et oui, ici, à Chihuahua, les gens sont bien plus grands que la moyenne des mexicains, ils ont même un joueur qui joue en NBA, c’est vous dire!

Nous voilà donc au Nord du Mexique depuis 3 jours, il fait moins chaud que nous pensions, nous sommes pourtant en plein milieu du plus grand désert d’Amérique du Nord! La région est encore peu marquée par le tourisme, si ce n’est l’afflux constant de voyageurs dans les wagons d’El Chepe, le train qui relie Chihuahua à la côte Pacifique en passant par le très fameux Canyon del Cobre, qui dépasse en profondeur le Grand Canyon en Arizona. Alors que les résidents de la région se voient à raison attribuer des tarifs bien plus bas, l’aller simple pour un touriste oscille entre 65 et 120$, de quoi décourager nos bourses, sachant que le trajet est-ouest est le moins bien, puisque les plus beaux paysages sont parcourus …. la nuit!
A défaut d’une journée sur chemin de fer, nous arpentons les rues de la sympathique Chihuahua. Nous logeons dans un petit hôtel derrière la cathédrale, en plein centre, le Holiday Inn est mitoyen… Mais pas question de chambre à 150$, de room service et autre climatisation…. Notre lit à nous sent le moisi, les cafards sont peu bavards malgré leur nombre, mais les proprios sont charmants et leurs discussions passionnées au petit matin devant la chambre assurent un réveil peu banal. (mais 5h30, c’est pas encore le matin ça!?) La chambre est bon marché et l’eau de la douche est chaude, c’est plutôt une bonne affaire au final.
Chihuahua est une ville tranquille, peuplée de beaucoup de familles aisées grâce aux grandes exploitations alentours. Mais c’est aussi, avec la ville de Ciudad Juarez, le triste théâtre d’une série de meurtres de plus de 400 femmes qui frappent la région depuis dix ans et que les autorités mexicaines ne semblent pas pressées de faire cesser. Devant le Palais du gouvernement, ici, à Chihuahua une femme enchainée à un panneau évoquant les disparues, proteste contre l’apathie des autorités. Pour en savoir plus sur cette situation, je vous invite à consulter le site d’Amnesty International en cliquant ici.
La communication avec cette femme a vraiment été difficile, d’ailleurs, l’autre jour, Josué a fait une remarque qui résume bien notre nouveau quotidien: «C’est chiant de poser une question quand on comprend jamais la réponse! » Chaque fois, une phrase, un mot en plus, un petit pas dans la culture, voici le long chemin que nous empruntons et qui nous permettra peut-être, au bout de ces 4 mois de mener une interview à peu près correcte en espagnol. Pour l’instant, quand on parle, les autres grimacent, nous aussi. (si on m’avait dit un jour, que j’inventerai un nouveau langage….)
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Écrit par
Elsa
10/03/2008
Nous prenons un bus pour Tijuana. Nous arrivons à la frontière du Mexique, l’une des plus surveillées par les Etats-Unis. De l’autre côté, on est bien moins tatillons… En passant nos sacs aux douanes, on réalise soudain que le chauffeur nous demande de remonter dans le bus alors qu’aucun tampon n’a été posé sur notre passeport. Ni preuve de sortie des Etats-Unis, ni d’entrée au Mexique… Ils sont plutôt relax ces mexicains. Comme on est les seuls à exiger du temps pour aller voir un agent ( on anticipe les tracas que pourraient engendrés un passeport sans preuve d’entrée), le chauffeur du bus refuse de nous attendre et part… Au final, il nous faut payer plus de 20 $ chacun pour obtenir un visa de tourisme de 6 mois, ce dont se passent bien des vacanciers si on en croit le flux de voitures américaines qui passent la frontière sans même s’arrêter. On tente de protester mais le douanier mexicain ne semble pas du genre à négocier.
On attend un prochain bus…Et vroum, en deux tours de roues, nous voilà à Tijuana, ville de plus de 1 400 000 habitants, qui, chaque jour, voit arriver de nouveaux postulants au Rêve américain, qui petit à petit, s’installent, faute de passer de l’autre côté de la frontière…
Pour rejoindre Chihuahua, nous sautons de nouveau dans un bus pour 24h de route… Les deux premières heures me donnent des sueurs froides… Notre route sillonne bientôt l’imposante Sierra Cupacas, un énorme ensemble rocheux en plein désert. En contre-bas, le regard du moins curieux s’arrête inévitablement sur une, puis deux, puis plusieurs dizaines de carcasses de voitures qu’ont vomis une suite de virages en épingle. Le bus ne semble pas ralentir la cadence. Mon regard se hisse à la télé… mais le paysage, sublime, a raison de ma trouille, et je replonge les yeux dans l’horizon… On y aura échappé bel!
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