Passage est un carnet d’itinérance multimédia, un échantillon d’atmosphère, de rencontres, de rythmes et de couleurs, glanés au fil des longues heures d’autobus d’un périple de 4 mois qui nous mènera jusqu’au Honduras, à la rencontre du peuple Garifuna. Préoccupés par l’impact du tourisme de masse sur les populations locales, nous prônons une autre idée du voyage, loin des structures hôtelières déconnectées de la société à laquelle on les arrime, un voyage aux sièges inconfortables et aux repas trop vite pris, un chemin aux milles attentes, fait de bonjours et de au revoirs répétés, une route sinueuse et peu pressée, des échanges de comptoir, des regards, des découvertes… Un voyage qui dessine un portrait éclectique des hommes, des idées, des territoires… (Crédit de la première photo : roatanhistory.com)
Au Guatemala, il reste encore beaucoup à voir en matière de tourisme solidaire, en particulier le petit village de Nuevo Horizonte, situé dans le Peten. Je vous invite à visionner, sur Parole Citoyenne, le film que mon frère Santiago a réalisé auprès de cette communauté hors de l’ordinaire.
La plupart des habitants de Nuevo Horizonte ont participé à la lutte armée contre la dictature qui sévissait au Guatemala. Une amnistie a été signée en 1996, les guérilleros, qui survivaient cachés dans la jungle et luttaient depuis près de vingt ans ont pu regagner une vie civile normale. Nuevo Horizonte c’est la volonté d’une centaine d’ex-guérilleros de continuer à vivre ensemble selon leurs rêves. Nuevo Horizonte, c’est aussi une communauté hors du commun. Des projets de pisciculture, d’agriculture, de reforestation jusqu’à l’écotourisme, en passant par des projets qui naissent à même les bancs d’écoles, cette communauté reflète le dynamisme de ses membres et porte l’espoir de tout un peuple.
Depuis sept ans, leur coopérative est un symbole d’alternative de la résistance. À découvrir, une communauté pour qui le mot « rêve » devient réalité.
Ici, sur le bord du Lac Peten Itza, nous prenons nos cours d’espagnol, tout en vivant dans une famille active et impliquée dans sa communauté.
Thelma, la «Mama» de la famille, nous cuisine de délicieux plats typiques, toujours accompagnés de frijoles et de bonnes tortillas de maïs qu’elle prépare soigneusement au grand plaisir des enfants et petits-enfants. Les après-midi, Thelma est volontaire dans une savonnerie qui utilise les plantes du jardin médicinal de l’école d’espagnol.
Nous avons aussi eu la chance de rencontrer son mari, Hypolito, seulement présent une semaine par mois chez lui. À 65 ans, il travaille toujours comme garde-forestier dans la forêt tropicale du Peten, qu’il arpente 3 semaines par mois sans retourner au village. Hypolito nous avoue qu’il est fatigué de ce travail difficile, mais il dit ne pas avoir le choix, car ici, l’emploi est rare.
- Hypolito, qu’est-ce que tu fais si tu rencontres un jaguar dans la jungle?
- Ça m’est déjà arrivé.
- Et alors ?
- C’est facile! Je lui lance une pierre.
- Ha!?!
.
Ce qui constitue en grande partie la richesse d’Hypolito, c’est qu’il pratique encore la langue de ces ancêtres
Écoutez l’un des derniers au monde à parler le maya Itza!
Dans ce court extrait, Hipolyto nous explique que sa langue a été perdue à cause de la politique du gouvernement dans les années 30, qui a interdit aux enfants de parler le maya Itza. Quiconque parlait le maya était puni.
Aujourd’hui, seulement 150 personnes au monde, principalement des gens âgés, parlent encore cette langue. Tous vivent dans la commune de San José bordant le Lac Peten Itza. Mais le maya Itza ne fait plus partie de leur vie quotidienne, l’espagnol l’a remplacé. Parfois encore, les vieux du village, autour d’un verre, se rappellent les légendes du pays dans leur dialecte.
Mais surtout, depuis une dizaine d’années, une Académie de Maya Itza s’est créée dans le village. On y donne des cours de maya et on s’emploie à refaire vivre la culture maya en reproduisant des cérémonies ancestrales qui chaque année, attirent de plus en plus de monde.
L’espoir de sauvegarder cette langue est mince, car peu à peu, les gens qui parlent encore le maya s’éteignent. Espérons que la jeune génération fasse survivre la culture de leurs parents!
Le Péten, enclavé entre le Mexique et le Bélize est le département le plus vaste du Guatemala, le plus sauvage aussi. Nous décidons d’y suivre notre dernière semaine d’espagnol, dans la petite ville de San José, qui fait face à Florès, sur le Lac Peten-Itza.
A première vue, San José est une petite bourgade tranquille, le clapotis de l’eau sur les berges, les habitants souriants, qui laissent couler le temps sur les bancs publics, les rues d’une propreté encore jamais vue au Guatemala, le nombre incroyable de cochons qui galopent librement de maisons en maisons…San José fait la fierté de ses occupants, qui sont presque tous nés ici et n’acceptent que très peu que d’autres s’y installent.
Quelques touristes passent peut-être et s’étonnent de l’harmonie de la ville.
Josué et moi nous asseyons sur les bancs. Nous parlons aux habitants. De touristes, nous passons parfois à confidents et alors, l’image de carte postale se trouble, perd de son assurance et fini par susurrer… Susurrer la main mise du maire depuis près de vingt ans sur la ville, sa richesse croissante, ses 4 gardes du corps armés… expliquer que le chef du village dit filmer les bureaux de vote pour s’assurer que tous sont dans son camps… quand ils ne paient pas tout simplement des gens d’autres communes pour augmenter ces électeurs.
Nous scrutons le lac. Un jet-ski passe. C’est le maire.
Alors que la crise économique asphyxie tout le pays, la corruption engraisse petits et grands chefs.
En prenant une lancha (bateau taxi) à partir de Rio Dulce jusqu’à Livingston, Elsa et moi avons fait un crochet par le Rio Tatin afin d’aller visiter Ak’Tenamit, une association locale exemplaire en matière de développement communautaire. Depuis 1992, l’organisation a amélioré les conditions de vie de plus de 9000 Mayas en favorisant l’accès à des soins de santé et à l’éducation à 45 villages. . Les Mayas Q’eqchi’ ont quitté les plateaux centraux du pays lors de la guerre civile pour se réfugier sur les rives de Rio Dulce. Ils constituent aujourd’hui près de la moitié de la population de la région. Isolés le long de la rivière, ils vivent dans des conditions sociales et économiques marginales.
L’association forme et loge près de 500 étudiants du niveau secondaire sur un campus scolaire en pleine jungle.
J’ai d’abord été émerveillé par la beauté du lieu. Les bâtiments se marient à la forêt. Les classes rondes, érigées sur le même modèle que les maisons traditionnelles, sont éloignées les unes des autres et reliées par des petits chemins sinueux au cœur d’une forêt verdoyante.
Ici, les jeunes ne payent que 50 Quetzals (7$) par mois, pour leurs formations, le logement et la nourriture. L’un des moyens de financer les services de santé et d’éducation, est entre autres, leur programme de tourisme communautaire.
L’association propose aux touristes de vivre au sein d’un village Q’eqchi qu’on atteint après deux heures de marche dans la jungle. Une fois arrivées on est accueilli par les habitants qui se font un plaisir de nous faire connaître leur culture, leur mode de vie, leurs contes et légendes. Le séjour comprend également des balades en forêts en compagnie des gens du village et la découverte de l’artisanat local.
Et si vous souhaitez être plus actif dans la communauté, l’association propose également un programme d’écovolontoriat dans les domaines médical, éducatif et environnemental, de quoi en occuper plus d’un!
«Le plus beau lac au monde!» C’est ainsi qu’Aldous Huxley qualifiait celui qui nous offre aujourd’hui ses abords, sa brume mythique, les courbes de ses volcans, l’inconstance de ses eaux, tantôt dormantes, tantôt furieuses…
En pensant fuir le « gringo trail », nous évitons Panajachel, la ville la plus touristique du Lac Atitlan, pour nous installer à San Pedro la Laguna, une petite commune de 10 000 habitants qui lui fait face. D’abord charmés par les ruelles sinueuses et l’esprit relax des lieux, nous ressentons vite un malaise. Alors que le centre ville est laissé aux locaux, les rives du lac sont le privilège des étrangers. Si l’ambiance néo hippie des petits restaurants et auberges a ses charmes, il reste qu’on ne se sent plus vraiment au Guatemala.
Les commerces qui fonctionnent le mieux sont ceux des étrangers, surement parce qu’ils connaissent mieux les attentes des touristes.
Mais franchement, se faire dire par un serveur: « Could you speak english? » quand on passe notre commande en espagnol, c’est de l’affront… Entre les voisins de table allemands, les serveurs américains et les proprios israéliens, on commence sérieusement à se sentir de trop.
Au moins, l’afflux d’étrangers qu’attire le lac permet aux Mayas Cakchiqueles de vendre leur artisanat, constitué principalement de magnifiques tissus colorés aux motifs symbolisant leur origine.
Nous devions rester une semaine pour continuer nos cours d’espagnol dans l’une des écoles du village, mais nous décidons finalement de continuer notre route. Avant de nous diriger vers le Peten, nous faisons un crochet par Antigua, une des plus belles villes d’Amérique centrale, où nous prendrons le temps de terminer le montage de notre prochain film tourné dans la campagne de Quetzaltenango. Surveillez bien notre prochain billet!
Le soleil vient de reprendre les dessus. Ça n´a pas été simple, les nuages règnent ici en rois, amants des volcans, rôdeurs, toujours, dans les rues, les poumons, les interstices. Quand j´étais petite, on était allés dans les Alpes avec mes parents, mon père m´avait promis qu´on irait toucher les nuages… Je m´imaginais tendre le bras et voir ma main s´engloutir dans l´épaisseur ouatée.
C´est en fait Quetzaltenango qui m´offre mon premier banc de nuages, puis le soleil les chasse, les gens se plaignent, quelle chaleur, rendez-nous notre brouillard. Ma main ne disparait pas, ma tête, elle parfois, c´est que les nuages brouillent les esprits quand ils susurrent à l´oreille…
Le petit film que vous avez pu voir dans notre dernier billet est le fruit de notre rencontre avec les enfants du centre culturel lié à notre école d´espagnol, El Proyecto Linguistico Quetzalteco. Nous avons mené un atelier de deux après-midi pour leur montrer un peu comment on faisait une animation. Ils ont tout fait, du scénario aux figurines, en passant par les voix et le décor. Cet échange nous a fait un bien fou à Josué et à moi. Non seulement nous avons pu mettre notre espagnol à l´épreuve de l´impatience enfantine, mais surtout, nous avons trouvé ce qui nous semble le plus précieux en voyage. J´ai l´impression que je pourrais visiter toutes les plus belles chutes d´eau au monde, toutes les ruines, tous les volcans, jamais je n´aurai un si grand plaisir que de rire avec quelqu´un, de manger une pomme à deux, de partager mes idéés, mes émotions.
On n’a pas pu s’empêcher de mettre cette vidéo de l’ONG Rights Action sous vos yeux, pour que l’on continue de se rappeler comment nos pays pillent les terres des autres et combien nous devons nous lever contre les crimes commis par les compagnies minières dans le monde entier. Vous pouvez en apprendre plus sur le sujet dans le dossier spécial de Parole Citoyenne, “La Terre à Coeur Ouvert.”
En traversant la frontière du Guatemala, on réalise que l’on vient de faire à rebours le trajet rêvé par des milliers de Guatémaltèques. De bus en bus, de trains de marchandises en trains de marchandises, les paysans d’ici s’accrochent au rêve américain, promesse d’échapper à la pénurie d’emploi stable et à la rudesse de la vie dans les montagnes.
À mesure que les membres des communautés franchissent la porte des Etats-Unis, les villages guatémaltèques ajoutent un, deux, trois étages à leurs maisons et colorent leurs murs. À l’abord de certains hameaux, des chevaux faméliques veillent aux pieds d’un étrange mélange de maison de tôle et de résidences de style banlieue américaine, et dans les rues, de vieilles femmes aux dents plus dorées que n’importe quel rappeur US, les pieds souvent nus et la tête lourde d’énormes paniers de fruits, de vêtements ou de maïs, bavassent, l’oreille accrochée à leur téléphone portable.
Nos premiers jours ici, dans les hauts plateaux guatémaltèques, on été accueillis par un tremblement de terre, de quoi ressentir encore plus le dépaysement… Quetzaltenango (Xela pour les paresseux du dentier), la ville où nous nous sommes installés pour continuer nos cours d’Espagnol, est régulièrement secouée par des séismes qui flirtent avec des magnitudes supérieures à 5 sur l’échelle de Richter, de quoi devoir agripper vase, miroir et lunettes pour limiter les dégâts.
Mais pas d’inquiétudes, ici, on dit qu’il vaut mieux des petites secousses régulières qu’une grande, et on fait plutôt confiance aux sages paroles des locaux!
En attendant, on est assis sagement, 5 heures par jour, à la table de notre nouvelle école d’Espagnol et on partage nos dîners avec une famille pleine de mamans, de grands mamans, de gendres et de petits fils…!
Passage est un carnet d’itinérance multimédia, un échantillon d’atmosphère, de rencontres, de rythmes et de couleurs, glanés au fil des longues heures d’autobus d’un périple de 4 mois qui nous mènera jusqu’au Honduras, à la rencontre du peuple Garifuna.
Aime la poésie, les braises sous la cendre, la bonne bouffe, le désordre, les gens qui n’ont pas l’air de ce qu’ils ont, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font. La radio, les discussions de comptoir, les disputes, l’ordinaire.
Toujours en quête d'horizons insondés, de bouts de vie, d'histoires à raconter, Josué glane images et sons pour mieux peindre le tableau du voyage. Sur son chemin, il part à la rencontre de gens qui luttent pour leur intégrité sociale, culturelle, politique…