Studio Pachamama
Les blogues de Parole sont des espaces ouverts aux dialogues, à l’échange et au partage. Les sujets sont vastes, citoyens et passionnants. Lecteurs et internautes sont appelés à prendre part au dialogue… Enfin le “je” devient le “nous”!

Nous sommes revenus depuis 3 semaines au Québec, essoufflés par le rythme de la vie occidentale qui nous rattrape. Là bas, nous avions le temps… Non pas parce que les Boliviens en font moins, au contraire! C’est nous qui étions en mode ralenti. Nous nous étions donné les conditions idéales pour réaliser un documentaire: nous avions le temps de rencontrer les gens, de prendre un verre avec eux, de réfléchir à notre sujet pendant quelques heures, etc.
Il nous reste quelques articles à compléter sur la Bolivie, plusieurs photos coquettes ou absurdes à publier. Et moi, je travaille aussi sur le montage d’un petit reportage du concert de Manu Chao à La Paz pour les lecteurs du blogue. Mais en attendant, comme le temps nous rattrape, je vous suggère d’écouter une entrevue que j’ai donnée à Louis Lemieux à l’émission Matin Express, à Radio-Canada, sur les ondes de RDI. C’était hier, le dimanche 28 mai 2006. Vous y verrez en prime quelques images tournées en Bolivie, au début et à la fin de l’entrevue. Désolé pour la qualité de l’image (diffusion web oblige).
Écouter l’entrevue
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Mots clés: information
Trois détails importants ont marqué mon attention en Bolivie:
1- Une majorité de vieux ne portent pas de dentiers ( 87% selon mes statistiques personnelles).

2- Les madames quechuas portent toutes le même modèle de sandales une pointure trop petite (j’avoue que c’est Sonya, une coopérante, qui me l’a fait remarquer.)
Aucune dame n’a accepté jusqu’à maintenant que je prenne ses pieds en photo.
3- Les gens peuvent dormir au travail (voir chronique de l’absurde intitulé ‘Pour la sieste au travail’). Depuis cette chronique, j’ai tellement vu de gens dormir au travail que je tiens à ajouter une dernière photo à ce sujet.

Cette dame s’est réveillée pendant que nous prenions la photo. Elle s’est empressée de nous dire: ‘Mes maudits, j’espère que vous n’allez pas montrer cette photo à des gens dans votre pays. Ils vont penser que les Boliviens sont paresseux’. Nous l’avons rassuré en lui disant que c’était pour nos chroniques de l’absurde et que les gens du Nord savent bien que les gens du Sud doivent travailler des horaires doubles, 7 jours sur 7, en dehors des conditions de travail acceptables.
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Mots clés: Amérique-Latine, photo, société
Un petit mot pour vous signaler que notre premier documentaire, réalisé avec Louis-René Beaudin, fait partie de la programmation du festival de cinéma Vues d’Afrique.
Sombre Afrique: l’autre visage, est en compétition dans la catégorie Regards d’ici.
Il sera projeté au cinéma Beaubien le jeudi 27 avril 2006 à 13 heures et le samedi 29 avril 2006 à 18h15. Nous vous invitons à y faire un tour si vous avez un peu de temps libre. Malheureusement, nous ne serons pas de retour, mais Louis-René fera une petite présentation.
Pour vous donner un avant goût, voici un petit résumé du film:
L’Afrique sombre… Les jeunes Africains n’ont pas d’emploi. Ils n’ont pas d’avenir. Voilà du moins le portrait que l’on peut brosser à partir des informations véhiculées par la plupart de nos médias.
Sur le terrain, le discours fataliste est sur toutes les lèvres. Les Africains auraient-ils aussi cessé de croire en eux? Comment les jeunes peuvent-ils vivre dans un monde aussi stigmatisé?
Les réalités étant toujours partielles, Louis-René Beaudin, Valérie Boudreault et Pascal Poinlane ont cherché un autre discours en sillonnant les chemins cahoteux de l’économie informelle du Bénin et du Burkina Faso. Ils ont rencontré des jeunes qui ignorent les mises en garde défaitistes pour mieux passer à l’action.
Leur film parle de cette Afrique qui ne sombre pas.
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Mots clés: Afrique, cinéma, festival

«Il y a une entrée chaque 7 mètres», nous explique Juan Aguile, avec son accent germanique acéré. Il parle l’espagnol avec la même aisance qu’une porte de prison en fer rouillée tourne sur ses gonds. «Venez, je vais vous montrer quelque chose de fantastique», lance-t-il. «Des extra-terrestres habitent par ici». Juan Aguile s’agite, content comme un vieux pêcheur qui part en mer avec des apprentis garde-côtes.
Mais ici, dans le petit village de Carabuco, ce n’est pas la mer qui nous fait face. C’est un lac… le lac Titicaca. 3500 mètres plus haut que le niveau zéro. Une grande étendue d’eau douce, autour de laquelle le royaume inca s’est étendu jadis. Et si les légendes affluent, elles ne traitent généralement pas d’extra-terrestres.

Chemin faisant.
C’est en cherchant nonchalamment notre route vers le jardin botanique, Valérie, Camilo et moi, que nous tombons nez-à-nez avec le vieil homme au visage déconfit. Il a 80 ans. Il nous dit qu’il s’appelle Jean Aigle, Juan Aguile en espagnol. Drôle de nom pour un Allemand. Non! Il est Autrichien d’origine, précise-t-il.
Quelques instants après nous avoir aperçu de loin, redressant son dos voûté, tel un bossu qui rôde, il nous parle déjà d’ovnis: «Le jardin botanique? C’est par ici. Je vous guide, si vous voulez. Mais je peux aussi vous montrer les entrées secrètes qui mènent aux villes souterraines, habitées par les extra-terrestres». Son regard exalté, masqué par de grandes vitres teintées, s’illumine à l’évocation de ses propres mots.
Nous le suivons, curieux, comme des touristes qui ont plus peur du néant que de l’absurde. Nous grimpons en écoutant ses histoires aussi intrigantes que loufoques. Il ne veut pas qu’on le prenne en photo. Les Américains vont le retrouver, prétexte-t-il. Je ne peux m’empêcher de pointer l’objectif vers sa tronche déformée par l’émotion d’avoir enfin un auditoire.

Que fugue la raison
Notre quête semble loufoque, notre guide semble siphonné du cerveau. Mais je me fie à Camilo. C’est un coopérant canadien qui a beaucoup travaillé avec les Guaranis, des autochtones qui vivent en Bolivie. Et il connaît aussi les Aymaras, les peuples qui occupent ces terres. Les Aymaras ont longtemps été dominés par les Incas, puis les Espagnols. C’est Camilo qui nous a conduit dans ce coin reclus, qu’aucun touriste n’a jamais accédé sans s’y trouver par hasard, guidé par la chance du profane. Camilo est toujours calme et réfléchi… curieux mais prudent. Il discute avec Jean Aigle. Je peine à saisir tout ce que le vieil homme dit ; tellement son accent charcute des mots qui d’habitude sonnent familier.
Le vieux bossu s’arrête souvent. «La pierre que vous voyez ici, c’est une carte de la ville qui est enfouie sous la grande montagne là-bas. Les extra-terrestres ont construit une cité qui est inaccessible pour l’homme. Mais un touriste est déjà entré, et il a disparu pour un an. On l’a retrouvé à Cuzco» (Note: Cuzco est situé au Pérou, quelques milliers de kilomètres plus loin). Jean Aigle marque un pause pour voir notre réaction. Puis il continue l’ascension. Il a plus de vitalité que nous, malgré ses 80 ans passés. Il me fait penser à Gollum, sauf que le seigneur des anneaux vient d’une autre planète.

Une fatigue qui motive
Il faut dire que quelques heures auparavant, nous avons escaladé une montagne sacrée inca. Une fois au sommet, un chamane nous a dit qu’aucun étranger n’était admis et que nous devions quitter immédiatement. Il semblait à la fois contrarié et dépassé par notre présence en ces lieux. Il cherchait à savoir qui nous avait dit de gravir cette montagne au sommet plat. Qui nous avait révélé le secret? Autrefois, les Incas ont rasé le chapeau de la montagne pour y construire un poste militaire. Aujourd’hui, c’est un lieu de culte où nous ne sommes pas du tout les bienvenus. Vraiment, Camilo nous a amené hors des sentiers battus. Cette randonnée nous a grandement ravis, mais elle nous a épuisés. Et maintenant, face à Jean Aigle le drôle d’oiseau qui parle des hommes qui viennent d’une autre planète, nous n’avons plus la force de résister.
Fourbus, mais désireux d’en finir avec cet homme à l’accent cassé, nous suivons ses pas jusqu’au sommet d’un rocher que tous les habitants du village fréquentent. Il nous montre plusieurs signes dans la pierre, mais ses explications sont confuses. Nous arrivons à la plus grande des entrées, logée sous l’autel d’une petite chapelle édifiée sur un rocher qui surplombe le grand lac. Jean Aigle exulte devant la grandeur du trou. Nous reprenons notre souffle.

Profil incertain
Mais qui est cet homme, Juan Aguile, qui, de toute évidence, est frappé de schizophrénie ? Une fois de retour dans la chambre d’hôtel, nous échangeons les idées, rivalisant d’inventivité. Il est, peut-être, un ancien officier nazi. Fuyant la chute de l’Allemagne d’Hitler devant les alliés, il s’est caché dans ce petit village aymara, loin des regards.
Camilo nous apprend que de nombreux SS vivent toujours en Amérique Latine. Ils ont fui l’invasion alliée en Europe dans les derniers sous-marins allemands, rêvant de fonder un 4ième reich. Du moins, c’était leur ambition. Une fois ravitaillés au Cameroun, ils ont pris la route du Brésil et ils ont trouvé refuge en Amérique Latine. Plusieurs d’entre eux étaient complices des dictateurs qui ont régné à partir des années 50, comme Pinochet au Chili. Il y a eu, par exemple, des médecins qui ont continué leurs expériences sur l’être humain avec des cobayes trouvés dans les orphelinats. D’autres ont fondé des familles très puissantes, encore aujourd’hui. Noam Chomsky confirme ce que Camilo raconte dans son livre L’an 501, la conquête continue.
Mais pour Jean Aigle, peu importe. Car s’il a vraiment été un grand SS aux mains tachées de sang, le sort l’a bien puni, un peu comme tombe la foudre sur la chèvre qui broute paisiblement dans un champ. La nature humaine l’a quitté. Il erre, traînant sa bosse, dans les rues d’un village perdu de la Bolivie. Il cherche les touristes pour leur raconter ses histoires invraisemblables. S’il a réellement enlevé la vie d’autres Hommes, alors il a payé un lourd tribut en vendant la sienne plusieurs fois… à des touristes qui ne croient rien de ses histoires.
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Mots clés: environnement, histoire, tourisme
Une fois de temps en temps, Valérie vous présente une situation absurde, paradoxale ou loufoque.

Dans la ville de Sucre, les habitants ont la chance de pouvoir téléphoner dans le ventre d’un dinosaure. J’aimerais rencontrer la personne qui a eu l’idée de fabriquer ce type de modèle de téléphone.
Et si chaque ville du Québec avait sa propre dino-cabine, est-ce que les gens seraient plus heureux?
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Mots clés: culture

Quelqu’un qui déciderait de rester à Uyuni quelques jours pour flâner dans ses rues déprimantes serait soit masochiste, soit un peu timbré. La petite ville qui borde le désert de sel est un endroit tellement ennuyeux que même les chiens errants semblent se demander comment passer le temps. Une grève des transports nous a pourtant cloué là durant 2 journées entières, retardant à chaque heure le départ d’un autobus des plus désuets.
Ciudad touristique
Ici, c’est un peu l’autre bout du monde. Un bout du monde en plein coeur du continent sud américain. Un lieu enclavé, entouré de montagnes culminant à plus de 5000 mètres au creux desquelles s’étendent des lagunes multicolores, peuplées de flamands roses. Et c’est justement pour ça qu’Uyuni regorge de touristes qui partent ou qui reviennent des expéditions en 4×4. C’est un point de départ et un point d’arrivée. Nous avons cru un moment que ce serait surtout un point de non retour.

Mais la grève des transports s’est finalement terminée. Le gouvernement d’Evo Morales voulait obliger les propriétaires des flottes d’autocars et de bus-taxis à payer des impôts et à émettre des factures, outil de base pour un système fiscal fonctionnel. Le secteur des transport, pourtant rentable, a paralysé tout le pays pour empêcher l’État de lui ‘faire les poches’. Pas étonnant que la société bolivienne fasse du sur place si personne ne veut contribuer à l’éducation, la santé ou à l’avancement de la société en général.

Par delà les sommets
Peu importe, le temps perdu en valait la peine. Car nous avons pu filmer les deux protagonistes de notre film documentaire dans un autre cadre. Fidel et Sonya, un couple de coopérant canadiens, nous ont accordé une entrevue mémorable devant la lagune verte, un régal pour tout photographe. Ça fait changement d’un entretien dans un bureau.
Surtout, nous avons partagé un moment d’une grande intensité avec eux, ce qui favorise le rapprochement. Un lien tacite nous unit. La confiance s’installe. Ils n’ont plus peur de l’oeil de la caméra. Fidel est spontané, Sonya est confiante. Nous avons brisé les dernières barrières. Maintenant, le documentaire peut commencer. Pour autant que l’on puisse rentrer à Sucre!
Note: la dernière photo est l’oeuvre de Fidel Valdes.
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Mots clés: cinéma, tourisme, transport

Chaque semaine, Valérie propose une photo qu’elle a particulièrement aimée.
Les discussions entre une mère et sa fille ont quelque chose de mystérieux. De quoi parlent-elles?
La socialisation des enfants en Bolivie est surprenante, surtout pour les Occidentaux. Les petits acquièrent une autonomie très tôt (comme partout dans le monde sauf chez nous).
Il est fréquent de les voir déambuler seuls dans la rue avant qu’ils aient atteint l’âge d’un an. Les parents les surveillent sans trop d’inquiétude, comme si une confiance tacite les liait. Un petit ne s’éloigne jamais de sa mère.
Cette façon d’éduquer les enfants est radicalement éloignée de notre façon de voir la construction de la personne. Nous vivons dans une société où les enfants sont surprotégés. Peut-être parce que nous faisons peu d’enfant et souvent trop tard… Pourtant, rien de mieux qu’une pelletée de sable pour remettre l’estomac en place et renforcer le système immunitaire.
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Mots clés: Amérique-Latine, éducation, jeunesse

Je suis parti sans elle. Elle qui me suit sans rechigner, même si parfois je la laisse de côté au lieu de l´exhiber sans gêne. J´ai laissé la caméra à Sucre. Et nous, nous sommes partis dans l’est du pays.
Le reste de notre précieux matériel est dans la maison de Sonya, la coopérante que nous suivons dans ses activités quotidiennes pour saisir les limites et les forces de l´action des exilés de chez nous.
Je ne suis pas blasé de filmer les regards songeurs qui, sans la mémoire cassette, se perdraient sans laisser de trace. Bien au contraire. Je prends toujours plaisir à capter les sourires qui s´effacent. Mais il faut parfois faire taire notre envie de saisir ce que voit notre oeil pour le montrer aux autres. Faire taire cette voix obsédante qui nous dit : « il aurait fallu que je filme la main qui serre cette canne ». C´est plaisant de voir la vie en s´en imprégnant, tel un souvenir qui reste à jamais.
Plus bas, dans la jungle
Nous sommes partis sans la caméra pour voir les missions fondées par les Jésuites vers 1700. 2 siècles après la «découverte de l´Amérique» par Christophe Colomb, 150 ans après l´arrivée des Jésuites au Brésil et 100 ans après que les conquistadores aient réduit les indigènes Chiquitanos en esclavage, Concepción est fondée au milieu de la jungle. Et 3 siècles plus tard, nous sommes plantés là, devant une église restaurée par les descendants des indigènes qui ont sculpté les colonnes gigantesques du temple d´un dieu étranger. Ce que nous contemplons, c´est leur manière de voir la religion catholique. Car les sculptures, les peintures et les dorures ont toutes été faites par les artisans indigènes de l´époque.

En contemplant la mission de Concepción, je ne peux m´empêcher d´imaginer les premières rencontres. Je vois les indigènes qui baissent la sarbacane, séduits par la musique des missionnaires. Je ne peux non plus éviter les images du film Mission. Le massacre des conquistadores après que les Jésuites furent chassés de l´Amérique du sud.
Songeur, je mets la main dans ma poche. Mes doigts touchent un plastique frais. Ma main saisit l´appareil photo numérique qui prend des images fades et délavées. Fini, l´absorption en mode passif. Ici aussi, la vie continue… et la modernité nous rattrape.

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Mots clés: Amérique-Latine, art, histoire

La petite Juanita s’emmerde un beau dimanche après-midi. Elle vend des cochons au yogourt.
Elle n’aime pas que sa mère lui prenne tous les sous qu’elle a gagné pendant son seul jour de congé. Elle aimerait s’acheter un jour une boutique où elle pourrait vendre des tonnes de cochons au yogourt.
En attendant, elle rêve …

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Mots clés: Amérique-Latine, jeunesse, société

Dans les rues abruptes de La Paz, un Bolivien d’une vingtaine d’années déambule en hurlant: llamadas! Il montre bien haut un téléphone cellulaire relié à sa ceinture par une chaîne. Pour cette véritable cabine téléphonique humaine, qui gagne modestement sa vie en vendant des minutes d’appels aux passants, c’est un samedi semblable aux autres. Mais pour 7 000 privilégiés, un vent d’euphorie souffle depuis les plaines de l´altiplano: Manu Chao est en ville. Le concert aura lieu à la tombée de la nuit.
Trouver l´homme caméléon
Dans une société aussi improvisée que celle qui évolue entre les flancs de la ville de La Paz, tout est organisé à la dernière minute. Vous comprendrez donc que trouver le lieu et l´heure de la conférence de presse donnée par Manu Chao, le grand Clandestino en personne, c´est toute une histoire. On sait qu´il est arrivé hier soir après 6 ans d´absence.
Nous appelons à toutes les vingt minutes au centre culturel français, organisateurs de l´événement, pour finalement apprendre que la conférence de presse aura lieu tout près d´où nous nous trouvons. Manu Chao sera au centre culturel dans une heure.

Un plaisir oublié
C´est maintenant le temps de sortir l´artillerie lourde pour la première fois : micro sans fil, trépied, caméra et … enfin, c´est à peu près tout ce qui tient dans notre petit sac de transport. Tournage léger oblige… Ça fait plusieurs mois que nous n´avons pas filmé. La main tremble à peine, le temps d´un réglage ou deux. Mais le naturel revient vite. Filmer, c´est toujours une expérience grisante. On sent l´ivresse de capturer sur une petite cassette le temps qui fuit.
Nous arrivons les premiers, prenant possession d´une salle vide avec vue sur la vie grouillante de la Plaza de Los Heroes. Puis, plus expérimentés, les journalistes boliviens se présentent une demi-heure en retard. Les chaises, une soixantaine environ, sont toutes occupées et quelques personnes sont debout quand Manu Chao arrive.
Le musicien qui se prononce
Il est petit, vêtu d´un t-shirt et de pantalons de pêcheurs. Son esprit vif répond aux questions qui fusent. Il n´en évite aucune, même s´il rappelle que son point de vue est superficiel puisqu´il vient juste de d´arriver en Bolivie. «Manu, pour ou contre la coca ?», demande une journaliste du coin. «La culture de la coca n´est pas un problème, ce sont les Européens et les Américains qui la transforment pour en faire de la cocaïne qu´il faut arrêter».
Une grande femme lève la main et la voix pour se nommer. «Manu, pouvez-vous répéter exactement ce que vous venez de dire, mais en anglais pour les auditeurs de la BBC». Le virtuose altermondialiste lève le sourcil : «Partout dans le monde, on traduit ce que disent en anglais les musiciens ou encore les politiciens. Vous avez des traducteurs à la BBC, faites comme le reste du monde, et traduisez ce que je dis ici à la Paz, en espagnol». Les millions d´auditeurs de la BBC devront attendre leur réponse en VO.
Plus subtils et moins arrogants que notre comparse anglaise, nous accrochons Manu à la sortie d´une séance d´autographes. «Manu, qu´est-ce que tu dirais aux Québécois qui regardent les manifestations boliviennes depuis leur salon, bien au chaud ?» L´oeil du musicien se tourne vers celui de la caméra pour le séduire. Manu sourit, puis nous fait cadeau d´un petit plaidoyer en français sur l´importance de la solidarité entre les peuples. «Il faut partager», conclut-il avant de sortir de la salle où avait lieu la conférence de presse.

S´il est difficile d´oublier une rencontre avec un des grands musiciens de la derníère décennie, on peut dire que son concert était tout aussi mémorable. Manu Chao, endiablé, a fait bondir ses fans pendant plus de 2 heures. C´était une foule survoltée, composée en grande partie d´étrangers. Quelques Boliviens friqués étaient au rendez-vous. Mais à 10 dollars le billet, il y a fort à parier que le vendeur d´appel téléphonique qui nous avait permis de savoir où se tenait la conférence de presse n´avait pas les moyens de chanter en coeur avec Manu : «Peligroso esta el barrio… ten cuidado… ! Bolivia ! Que passa por la calle ?» (La banlieue est dangeureuse, fais attention… Bolivie ! Que se passe-t-il donc dans les rues de la ville ? Note : traduction libre)
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Mots clés: Amérique-Latine, information, musique
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