Là, on va s’parler des vraies affaires II
Naomy Klein, on le sait depuis au moins NO LOGO, ne fait pas dans la dentelle. Si vous ‘googlez’: THE SHOCK DOCTRINE, vous allez retouver des choses comme celles-ci:’THE SHOCK DOCTRINE aims its 10-foot-long middle finger at the Bush administration and the generations of neocons who’ve chosen profits over people in war…’ Ou encore: ‘THE SHOCK DOCTRINE de Naomi Klein est plutôt une bombe, placée tout juste au pied de la statue de la Liberté …’
Pour ma part, j’aurais volontiers donné à cet ouvrage le surtitre suivant: TOUT CE QUE NOUS AVONS BIEN VOULU OUBLIER À PROPOS DU CAPITALISME DEPUIS LA MOITIÉ DES ANNÉES ‘80. Voici donc ce que je vous propose comme recension de l’ouvrage en question.
Avant même la lecture de THE SHOCK DOCTRINE, je connaissais comme vous tous l’existence du néo libéralisme, de l’École de Chicago et de son ‘père spirituel’ Milton Friedman. Pour moi cependant le néolibéralisme demeurait une affaire qui se résumait, somme toute, à l’offensive contre l’état dans les pays développés, à la ‘libéralisation’ du commerce international, à l’ouverture complète des marchés financiers et, finalement, aux programmes d’ajustements structurels. Toutes entités plus ou moins abstraites, plus ou moins ‘innocentes’. Ce que l’on traduit souvent par l’expression plutôt banale, je le sais maintenant, du ‘tout au marché’.
Ce que j’ai découvert dans: THE SHOCK DOCTRINE est d’un tout autre ordre : le néolibéralisme de l’École de Chicago est, à proprement parler, une doctrine fondamentaliste, intégriste, qui, dans son essence même, requiert le recours à la violence pour opérer une ‘tabula rasa’ et, de là, établir un état de faits où le marché, libéré de toute contrainte, peut régner en maître. Les exemples historiques analysés par Klein sont non seulement éloquents; ils constituent un chapelet sanguinolent de drames économiques, sociaux et humanitaires où, sans exception, des personnages clés de l’École de Chicago ont joué un rôle de premier plan : la guerre d’invasion en Irak et la mise aux enchères de toute l’économie ainsi que l’appareil d’état Iraqien; la crise financière qui a frappé de plein fouet les Tigres Asiatiques en 1997; quelques années auparavant, l’incroyable braderie qui a offert l’économie soviétique à une poignée d’oligarques après que Boris Eltsine eut suspendu la Cour Constitutionnelle de Justice, attaqué au moyen de blindés le parlement Russe dûment élu au suffrage universel et déclenché la première guerre de Tchétchénie; le massacre de la Place Tien An Men qui a pavé la voie au capitalisme débridé en Chine; le dévoiement du mouvement populaire enclenché par Solidarnosc en Pologne; les dictatures militaires au Brésil, en Argentine ainsi qu’au Chili sous la férule de Pinochet.
Klein a aussi le mérite de stigmatiser en deçà de toute prétention philosophique le but très concret du néolibéralisme,: “The point of shock therapy is to open up a window for enormous profits to be made very quickly – not despite the lawlessness but precisely because of it.”
Évidemment, constater que “la croisade en faveur de marchés complètement libérés et débridés [a constitué] le courant politique le plus puissant au cours des trois dernières années” n’a rien de spécialement encourageant. Toutefois, dans sa conclusion, Klein met les pendules à l’heure, pourrait-on dire, en rappelant que les pays latino américains qui ont constitué à proprement parler le banc d’essai des théories du Chicago School of Economics, sont aujourd’hui ceux-là même qui sont à l’avant-garde pour développer une alternative à la pureté et à la dureté des marchés.
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Catégories : Les idées
Mots clés: Amérique-Latine, démocratie, économie, justice, liberté, lutte-populaire, militarisation, mondialisation, politique



