Vivre entre les lignes
À partir de faits d’actualité ou de la vie quotidienne, ce carnet explore comment des informations, des programmes et des machines organisent nos relations avec les autres êtres humains, les organisations et même la société tout entière. Car, par-delà la compréhension de la société de l’information dans laquelle nous évoluons, il nous faut apprendre à y vivre et à en influencer démocratiquement les développements.
Un soudain bras de fer entre le gouvernement Charest et les journalistes cause une onde de choc dont les échos se sont répercutés à travers la profession journalistique canadienne. Un choc qui pourrait faire réaliser à quel point le projet de loi « accès légal » déposé ce lundi 13 février concerne aussi les journalistes et les entreprises de presse. Une menace La semaine dernière, le gouvernement Charest a annoncé que le Directeur des poursuites criminelles et pénales et la Sureté du Québec allaient mener sur les fuites vers les médias touchant l’affaire Ian Davidson, un policier de Montréal à la retraite soupçonné d’avoir tenté de vendre au crime organisé des listes d’informateurs de la police. Ni le ministre de la Sécurité publique Robert Dutil, ni le premier ministre Jean Charest n’ont accepté de garantir que les journalistes ne seraient pas objet d’enquête ou d’écoute électronique.
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Catégories : Débats, Observations
Y a-t-il des actions qu’on puisse mettre en marche dès aujourd’hui dans une campagne décisive contre l’adoption des projets de lois dites « accès légal » par le Canada? J’en suis venu à répondre « oui » en écoutant un exposé d’Antoine Beaupré, administrateur système chez Koumbit. C’était lors d’une rencontre publique intitulée « “accès illégal” et lois liberticides sur internet », le 3 février 2012 à Montréal.
Rappelons que les projets de loi « accès légal » (après déjà trois tentatives d’adoption interrompues par la dissolution du Parlement) n’ont pas encore été déposés à nouveau. Cependant, on s’attend à ce que le gouvernement Harper le fasse tôt ou tard. Les dernières versions des projets de loi donnaient aux services de police de nouveaux pouvoirs pour accéder aux données détenues par les fournisseurs de services Internet. Elles permettaient la divulgation obligatoire des renseignements sur leurs clients sans supervision judiciaire ainsi que la surveillance en temps réel à travers les réseaux fournisseurs de services Internet. Autant de mesures jugées inutiles et dangereuses, non seulement par les défenseurs des libertés civiles, mais par bon nombre de corps policiers également. Une analyse légale détaillée (en anglais)en a été publiée récemment par la British Columbia Civil Liberties Association.
La rencontre était organisée par Koumbit une entreprise techno autogérée qui offre notamment des services d’hébergement web. L’entreprise a donc déjà connu sa part de perquisitions d’informations et de serveurs. Comme plusieurs autres entreprises du secteur, Koumbit craint les effets de l’initiative « accès légal » pour les libertés civiles de ses clients ainsi que, globalement, pour l’ensemble des citoyens qui utilisent internet à partir de partout dans le monde. L’exposé d’ouverture d’Antoine Beaupré traitait d’ailleurs moins des aspects légaux des projets de loi que de ses dimensions techniques et politiques. Lire la suite »
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Catégories : Débats, Observations

La semaine dernière je signalais que ma notaire s’était déclarée démunie relativement à la gestion de mes éléments d’identités et actifs numériques en cas de décès (testament) ou d’inaptitude (mandat).
J’ai aussi raconté avoir appelé au service d’information juridique de la Chambre des notaires du Québec. La notaire rejointe avait trouvé mes questions très pertinentes et portant sur des enjeux pressants. Cependant, elle m’avait affirmé que la Chambre ne disposait d’aucun guide, liste de contrôle, disposition type pour testament ou mandat d’inaptitude, ni de formation spécifique sur ces sujets destinée à ses membres.
Après avoir publié cet article, j’ai écrit à Me Jean Lambert, le président de la Chambre des notaires (CNQ). J’ai brièvement décrit ma situation et mes démarches avant de poser les questions suivantes :
Existe-t-il des guides, listes de contrôle, dispositions types ou conseils pratiques sur ces sujets?
Sinon, qu’attendez-vous pour nous permettre de vivre et mourir sereinement au XXIe siècle ?
Réponse de la Chambre des notaires
En l’absence de Me Lambert, ce fut Monsieur Antonin Fortin, Directeur des communications et adjoint au Président, qui me répondit.
On parle ici d’un phénomène complexe, relativement nouveau et en pleine évolution. De plus, la CNQ ne peut se substituer au législateur et « créer » le droit en cette matière. À notre connaissance, il n’existe aucun guide qui répondrait à vos attentes.
La Chambre des notaires affirme ne pas disposer, ni pouvoir recommander un guide. Soit. La question est effectivement relativement nouvelle.
Cependant, affirmer qu’il s’agit d’un phénomène complexe qui nécessite une réforme du droit révèle, soit d’une profonde mécompréhension, soit d’une abdication de ses responsabilités sociales et professionnelles. En effet, comme je l’ai avancé dans mon courriel de réponse :
Permettez-moi un désaccord radical avec vous : il ne s’agit nullement de « créer » quelque droit nouveau que ce soit.
Il n’en est nul besoin. Je ne vois pas quel rôle les législatures pourraient jouer ici.
En effet, le besoin est surtout de fournir des indications et moyens utiles aux personnes qui cherchent à mettre en ordre leurs affaires et organiser la suite des choses en cas de décès ou d’inaptitude ainsi qu’aux personnes qui agiront comme exécuteurs ou mandataires. Rien qui exige quelque réforme du droit. Le droit est indifférent au fait que les objets en cause soient passés de formats macroscopiques à des formats microscopiques ou ont vu leur nombre explosé.
Communication d’instructions à travers le temps
En d’autres mots, la question ici n’en est pas une de normes légales ou d’application de celles-ci. Il s’agit plutôt de stratégie pour la communication efficace d’instructions à travers le temps. Une compétence dont les notaires sont censés être les maitres.
Prenons un exemple familier touchant à une forme d’informations les plus anciennes et abstraites jamais inventée par l’humanité : l’argent. Au moment où je rédige mon testament, je puis détenir un petit pécule et sans enfant. Or dans trois ans, je pourrais bien être multimillionnaire et père d’un enfant. Dans cinq ans, en faillite et avec trois enfants. Dans vingt-cinq ans, avoir reconstitué un modeste, mais confortable coussin financier, avoir connu la mort d’un de mes enfants, mais avoir accueilli dans ma famille deux petits enfants. En fait, au moment où je rédige mon testament, je ne sais absolument rien du futur. Ni mon notaire d’ailleurs. Comment écrire des instructions alors que je ne sais pas quels seront, à ma mort, la somme d’argent dont je serai propriétaire, ni le nombre de mes enfants ou petits-enfants, le cas échéant.
La solution typique est de rédiger une instruction du style : « cette portion de mes avoirs financiers ira en part égale à chacun de mes enfants et petits-enfants vivants. » Ainsi peu importe la somme disponible et le nombre d’héritiers à ma mort, cet argent sera :
- donner entièrement au seul héritier de cette catégorie, s’il n’y en a qu’un;
- diviser en deux, s’il y en a deux;
- diviser en trois, s’il y en a trois; et
- ainsi de suite.
Ce type d’instruction exprime en mots une équation algébrique à deux inconnues du premier degré :
Montant remis à chaque héritier de la catégorie = $omme totale déterminée au décès / Nombre des héritiers de la catégorie au décès.
M = $ / N
Par un procédé similaire, il est possible d’établir toutes sortes de conditions du style : « si un enfant ou petit-enfant a moins de 25 ans au moment de mon décès, il aura accès au tiers du montant avant 18 ans, à un second tiers à 18 ans et au dernier tiers à 25 ans. »
Si les notaires sont les experts de la communication efficace d’instructions à travers le temps sur des situations largement imprévisibles, pourquoi ne peuvent-ils pas utiliser ou transposer cette expertise aux identités et actifs numériques ? Ce n’est pas que cette question ne comporte pas de dimensions légales potentiellement problématiques. Cependant, à l’intérieur du droit actuel, il est déjà possible de transmettre efficacement des instructions aux exécuteurs de nos volontés, aux liquidateurs de notre succession ou à nos mandataires en cas d’inaptitude.
Solution « à étages » proposée
La solution que j’ai proposée dans mon précédent texte pour la disposition des identités et actifs numériques distingue les instructions générales inscriptibles dans un testament, d’une part, des informations et instructions susceptibles de changer très fréquemment, d’autre part. Un troisième document fait le lien entre les deux précédents. Une solution à plusieurs étages, donc. Ou une solution en poupées russes, si on préfère cette métaphore-ci.
L’étage supérieur est constitué d’instructions très générales qui signalent sa volonté de voir gérer les éléments composant son identité numérique, ses actifs numériques et ses propriétés intellectuelles, par qui et dans quels buts. De telles instructions peuvent se retrouver dans un testament, un mandat en cas d’inaptitude ou un plan de relève d’affaires.
L’étage inférieur est un ou plusieurs inventaires permanents de ces divers éléments ainsi que des informations et instructions spécifiques pour chacun. On peut conserver ces inventaires dans des fichiers sécurisés (mots de passe, clés de chiffrement, emplacements secrets) auxquels on peut accéder en tout temps pour les mettre à jour.
L’étage intermédiaire est un document « scellé » qui précise quels sont les inventaires permanents, où et comment y accéder, qui est chargé d’exécuter tels types d’instructions à l’égard de quels types d’élément. Ce document est conservé par un tiers de confiance qui n’y permettra accès à des moments prédéterminés (décès, inaptitude, incidents graves compromettant la poursuite des affaires). Son contenu peut être modifié de loin en loin sans devoir modifier les instructions se retrouvant dans les documents à l’étage supérieur.
Voilà une manière de concevoir la communication ensemble d’instructions capables de soutenir des changements rapides des éléments à gérer, des pratiques, des techniques, des situations personnelles et professionnelles et même du droit applicable lui-même. Bref, une solution qu’on peut mettre immédiatement en œuvre.
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Catégories : Observations
Désormais grand-père, il me fallait réviser mon testament et mon mandat en cas d’inaptitude. Sauf que, cette fois-ci, j’ai découvert que je devais demander à mes éventuels mandataires ou exécuteurs de succession de composer avec l’omniprésence des supports numériques. Voilà qui leur complique leur tâche.
Il y a quelques années seulement, on pouvait aisément retrouver les documents d’une personne inapte ou décédée. Il suffisait de faire systématiquement le tour des différents espaces où elle vivait et travaillait. La nature des documents sautait généralement aux yeux : contrats, factures, correspondances privées, livres, disques, documents professionnels, etc. En l’absence d’instructions précises, on pouvait appliquer certaines coutumes: telles la remise des correspondances privées conservées à leurs auteurs; la distribution des contenus des bibliothèques, discothèques, albums photo ou collections aux proches intéressés; la conservation des documents d’intérêts fiscaux une sizaine d’années avant de les détruire.
Numérisation des actifs
Comme de plus en plus de gens autour de moi, je détiens de moins en moins de documents sur papier ou autre support macroscopique. Déjà, l’essentiel de mes documents se retrouve sous formes numériques : correspondances privées, dossiers, factures, contrats, documents fiscaux, bancaires et comptables; livres, musiques, photos ; documents professionnels; etc. Lire la suite »
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Catégories : Observations
Texte tiré de ma présentation au
Forum citoyen sur la surveillance des communications
organisé par le caucus québécois du Nouveau Parti Démocratique
Montréal, Maison Notman, le jeudi, 3 novembre 2011
Indépendamment du sort qu’aura le projet de loi appelé « Accès légal », la société de l’information continuera de se développer. Or, une société de l’information est,
nécessairement, une société de surveillance. D’où la question : quels rôles les parlements, gouvernements et sociétés civiles doivent-ils jouer pour, non pas seulement préserver les libertés et la démocratie, mais bien les renforcer?
Je propose – à gros traits en rafale vu le court temps alloué – quelques repères pour des défis auxquels le XXIe siècle nous soumet.
Vie sociale et surveillance
Idée no 1 : La surveillance est une composante indissociable de toute vie sociale.
Ceci est vrai de toutes les sociétés humaines, tout comme de nombreuses sociétés animales, et même végétales.
Idée no 2 : La surveillance prend de multiples formes entrainant des conséquences très différentes, voire opposées.
Je suis grand grand-père. J’ai évidemment surveillé mes enfants et petit-enfant. Or, les formes que prend cette surveillance peuvent conduire les enfants, soit vers de plus en plus d’autonomie; soit, au contraire, vers la dépendance et la soumission.
Voilà pourquoi, idée no 3 : Les concepts proposés par l’auteur Ivan Illich d’autonomie versus hétéronomie, de convivialité et de contreproductivité sont utiles à la présente discussion.
On peut appliquer ces concepts, par exemple, à un quartier urbain convivial qui cumule les fonctions d’habitation, travail, commerce et loisirs. Un tel quartier apparait sécuritaire parce que ses habitants, travailleurs, passants et oisifs s’offrent spontanément et gratuitement une surveillance mutuelle, constante et autonome.
Inversement, un quartier non convivial à fonction unique qui est déserté durant la nuit ou le jour apparait générer l’insécurité. Aucune couteuse surveillance par policiers, gardiens ou moyens électroniques ne réussira à produire de réelle sécurité. Et une telle surveillance augmentera probablement des formes hétéronomes de pouvoir sur les individus et la communauté.
D’où l’idée no 4 : Il importe de considérer les interrelations complexes entre les structures et conditions environnementales, physiques, sociales, techniques, d’une part; et les formes de surveillance que ces structures permettent ou non ainsi que leurs effets, d’autre part.
Les critères d’évaluation
Et donc, idée no 5 : Le respect des libertés constitue un critère d’évaluation nécessaire, mais totalement insuffisant (donc inefficace seul).
En outre, idée no 6 (déjà énoncée) : La société de l’information est nécessairement une société où la surveillance se généralise, augmente en puissance et en portée ainsi que se démocratise.
Illustrons ceci par une activité de surveillance qui, à la différence du projet de loi « Accès légal » sur le pouvoir de l’État sur les communications privées , est réalisée par des acteurs privés sur des communications publiques, à savoir : les transactions boursières à haute fréquence qui constituent quelque 60 % du volume des bourses nord-américaines. Cette surveillance implique l’usage d’ordinateurs qui, chaque microseconde, surveillent et analysent l’ensemble des transactions de la planète. Cette surveillance permet aux mêmes ordinateurs d’acheter des titres à un instant donné afin de les revendre quelques secondes plus tard avec profit. Les vitesses de surveillance, d’analyse et de décision sont si grandes que les opérateurs humains ne peuvent contrôler que les éventuelles manifestations de défaillances. Comme celles qui ont provoqué le Flash Crash du 6 mai 2010 où ces systèmes automatiques ont soudainement fait plonger l’indice Dow Jones de plusieurs centaines de points en quelques minutes.
Une telle capacité se démocratise. Rappelons qu’aujourd’hui un téléphone intelligent bas de gamme est déjà plus puissant que ces gros ordinateurs centraux dont, dans les années soixante, on pensait que seuls les États auraient les moyens de se les payer. Que la clientèle des logiciels d’exploration de données, nécessaires pour produire des résultats de la surveillance numérique, se divise grossièrement en quatre secteurs : académique (enseignement et recherche), commercial (markéting, R et D), renseignement policier et militaire, et ce qu’on appelle la société civile (organisations diverses et individus). Que des informations sur les comportements des individus et organisations n’ont jamais été produites en aussi grand nombre, ni n’ont jamais été aussi accessibles (prenons seulement l’abondance des informations personnelles diffusées via les media sociaux).
Certaines surveillances peuvent aisément être qualifiées de néfastes, comme celles sur les communications privées des citoyens ou sur leurs activités politiques légitimes. D’autres surveillances peuvent aisément être qualifiées de bénéfiques, comme celles portant sur qui finance les partis politiques et sur qui fait quel lobbying auprès de quels décideurs.
Cependant, idée no 7 : La majorité des activités surveillances qui vont émerger ne seront pas si aisément qualifiables : l’évaluation de leur nature et de leurs effets nécessiteront délibérations.
D’où l’idée no 8 : En nous s’inspirant d’une proposition des économistes Samuel Bowles et Herbert Gintis, nous pourrions énoncer que : toute surveillance doit être soumise à l’application des principes de libertés; mais que toute surveillance impliquant l’exercice d’un pouvoir social doit être soumise aussi à l’application des principes de démocratie.
Cela, peu importe, la nature publique ou privée des actes surveillés; ou l’identité étatique, commerciale ou civile des surveillants.
Logiquement, ces mêmes principes doivent également s’appliquer aux décisions relatives aux structures et conditions environnementales, physiques, sociales et techniques qui déterminent les formes que la surveillance peut ou non prendre. D’ailleurs, divers mouvements sociaux expriment la même revendication, qu’il s’agisse d’exploitation du gaz de shale ou d’activités de haute finance : l’obligation de subir l’action d’autrui appelle le droit de savoir et le droit d’avoir son mot à dire.
En guise de conclusion provisoire
Idée no 9 : Une telle démocratisation radicale appelle de profondes transformations juridiques, parlementaires et politiques des échelles locales jusqu’à l’échelle internationale.
De telles transformations pourraient d’ailleurs être facilitées par divers développements que pourraient prendre des sociétés de l’information.
Cependant, idée no 10: Les formes exactes que ces transformations devraient prendre demeurent encore à être définies.
Ici, notre situation actuelle est quelque peu similaire à celles des différents mouvements d’Indignés (tels OccupyWallStreet) qui identifient clairement en quoi des pratiques actuelles sont inacceptables sans pouvoir définir quels devraient être les options de rechanges. Cependant, il devient tout autant urgent de concevoir des solutions concrètes. Illustrons de deux cas concrets.
Le paiement électronique
Le premier cas en est un de privatisation d’une décision de nature publique. Il concerne l’introduction en Amérique du Nord de cartes bancaires à microprocesseur qui soulèvent des questions de surveillance individuelle et collective. Le paiement électronique constitue un « monopole radical » pour reprendre un autre concept d’Ivan Illich : si les citoyens conservent le choix de l’institution financière qui leur fournira la carte bancaire, il n’existe qu’un seul système de paiement électronique qui s’impose à toutes les institutions financières et à tous leurs clients sur un territoire donné.
Or, le choix d’un nouveau système de paiement à microprocesseur n’est pas anodin. Car, il existe des dizaines de concepts d’application de cette technologie qui s’avèrent très différents du point de vue de la surveillance individuelle. Certains concepts peuvent rendre le paiement électronique aussi anonyme que l’est l’usage du papier monnaie. Par exemple, l’institution financière sait à la fin de la journée qu’elle doit débiter le compte de tel client de tel montant global, mais demeure incapable de faire le lien avec les différents fournisseurs chez qui ce client a dépensé. À l’autre bout du spectre, il existe des concepts qui offrent à l’institution financière une manne d’information sur qui s’est procuré quoi chez qui précisément à quel moment et à quel montant. Le choix entre un type de concept ou un autre relève peu de contraintes techniques ou budgétaires. Il est, en pratique, une décision de nature politique sur le niveau de surveillance que les institutions financières peuvent ou non exercer sur les activités de leurs clients. Or, ce ne sont pas les parlements élus qui en décident. Ces parlements ont plutôt abandonné cette décision à des clubs privés d’institutions financières (au Canada, l’Association canadienne des paiements).
Or, il n’y a pas que la surveillance des clients individuels qui est en cause. La généralisation du paiement électronique offre aux institutions financières une vue imprenable en temps réel sur les activités et situations économiques de sociétés entières. Voilà qui constitue un avantage stratégique indéniable en période de tourmente économique. Surtout lorsqu’on compare à la situation des gouvernements, médias et sociétés civiles qui, eux, doivent débattre de mesures qui n’auront d’effets que dans plusieurs mois dans le futur sur la base de statistiques reflétant des situations souvent vieilles de quatre mois dans le passé. Pourquoi seules les institutions financières pourraient-elles disposer de données aussi à jour?
Dans la surveillance individuelle comme dans la surveillance sociétale, le principe de démocratie devrait s’appliquer – en sus de celui de libertés – à l’égard de décisions portant sur des pouvoirs sociaux d’une telle ampleur. Faut-il que les parlements récupèrent le pouvoir de légiférer publiquement en ces matières? Ou faut-il démocratiser les travaux de clubs telle l’Association canadienne de paiement? Ou suivre un tout autre modèle de démocratisation des décisions?
Les passeports
Le second cas en est un d’internationalisation d’une décision publique. C’est celui des passeports qui servent à la surveillance des passages aux frontières des citoyens, et souvent de leurs déplacements à l’intérieur de ces frontières. Les normes en matière de conception des éléments électroniques et biométriques des passeports sont prises dans des instances internationales, telle l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), par de hauts fonctionnaires des États membres entourés de lobbyistes des industries aériennes et des technologies de surveillance. Les parlements nationaux se retrouvent souvent devant le seul choix d’entériner ou non des normes déjà établies ailleurs.
Ici encore, il faut trouver le moyen de préserver le principe de démocratie contre ce type de faits accomplis technocratiques via des instances internationales. Faut-il que les parlements ou les gouvernements prédébatent publiquement les options à être proposées dans les instances internationales? Faut-il démocratiser les discussions dans les instances internationales pour permettre une réelle voix aux citoyens affectés? Ou une combinaison des deux ? Ou un autre modèle?
Voici les types de transformations, qu’il est nécessaire de définir, que je vous propose d’explorer en débat.
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Catégories : Débats
Mots clés: Autonomie, Canada, Citoyenneté, Communications, Démocratie, Évaluation sociale, Information personnelle, Par delà la vie privée, Société de l'information, Surveillance
Qu’on excuse cet exercice flagrant d’autopromotion.
L’UQAM était-elle à ce point désespérée pour qu’elle en vienne à m’offrir ce cours? Car si je suis certes un juriste de formation, je demeure tout de même un juriste non pratiquant et non croyant. Trève de plaisanterie. J’ai accepté de créer et donner un cours officiellement intitulé Droit de l’information, jamais offert auparavant. Ce cours s’inscrit dans le programme de Baccalauréat en droit, mais est offert aux étudiants de tous programmes. D’ailleurs, actuellement 12 % des inscrits sont des étudiants en Communications.
J’ai proposé – et on a accepté – que la portée du cours soit élargie pour en faire une sorte de cours ‘Information & Droit’, presque ‘Société de l’information & Droit’. Donc plutôt que de couvrir, une à une, certaines institutions juridiques particulières (propriété intellectuelle, accès à l’information, liberté et libelle de presse, protection des renseignements personnels et autres), je propose plutôt d’explorer :
- l’ensemble des réalités juridiques sous l’angle de l’information et d’une société de l’information; et inversement,
- les réalités de l’information et de la société de l’information telles que régulées par les lois, les normes et les standards de toutes sortes.
J’ai encore à produire un plan de cours détaillé. Cependant, au moment où sont écrites ces lignes, le premier objectif serait d’amener les étudiants à acquérir certaines connaissances et habiletés nécessaires pour oeuvrer dans une société de l’information, notamment :
- détecter la présence d’informations dans toute activité humaine considérée;
- reconstituer les maniements d’informations, qui en sont les acteurs impliqués, quels types de relations (juridiques notamment) s’établissent entre qui à travers tel maniement d’informations;
- identifier les institutions juridiques en cause et les différentes sources de normes potentiellement applicables à un maniement particulier d’informations;
- soulever les questions sociales et éthiques de ce maniement;
- détecter la dimension informationnelle dans tout document légal (loi, contrat, décision judiciaire, communication légale, norme ou standard);
- communiquer au sujet de la dimension légale d’un maniement d’informations, y compris aux citoyens et utilisateurs non spécialistes.
Les étudiants juristes seront plus particulièrement invités à développer l’habileté à qualifier légalement une activité humaine impliquant un maniement d’informations.
Au lieu de passer successivement d’un domaine de droit à un autre, le déroulement du cours suivra plutôt, semaine après semaine, les étapes successives du cycle de vie de l’information de sa création initiale jusqu’à diverses utilisations, dont la prise de décision personnelle.
Ce cours fera également une large place aux :
- connaissances de base en science et gestion de l’information, linguistique et domaines connexes; et
- à des méthodes pour documenter correctement des pratiques informationnelles.
Le cours se donnera les lundis soir à partir du 10 janvier 2011. Il y a encore de la place pour de nouveaux inscrits. Je lance donc formellement l’invitation. Bienvenue à toutes et tous !
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Catégories : Agenda, À propos de VELL
Mots clés: Droit, Enseignement, Évaluation légale, Évaluation sociale, Information et droit, Par delà la vie privée, Société de l'information, UQAM
Je n’avais pas remarqué la mise en ligne depuis belle lurette de cette vidéo. Elle est issue de la captation de ma conférence faite lors du diner-causerie tenu à l’occasion du 10e anniversaire de Communautique, le 26 janvier 2010, à Montréal. Cette conférence traite de l’importance, du point de vue des citoyens, des technologies de l’information et des communications au cours de la dernière décennie et dans un avenir prévisible. Exercice auquel je me suis prêté à partir de la notion d’appropriation.
L’accès à cette vidéo est maintenant intégré au présent site. Le texte de la conférence avait déjà été publié ici.
http://www.vimeo.com/17426458
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Catégories : Brèves, Observations
Mots clés: Appropriation sociale, Citoyen, Citoyenneté, Communications, Démocratie, Éducation, Évaluation sociale, Information personnelle, Information: source of knowledge, Informations : ressources stratégiques, Informations : sources de conflit, Informations : sources de connaissances, Informations : sources de décisions, informatique
Le niveau d’exactitude des informations personnelles peut-il être un indice de la justesse morale du système social dans lequel ces informations sont utilisées?
Cette question m’est venue alors que j’effectuais de travaux de rénovation à la maison en écoutant l’émission Tapestry (CBC One). Cette semaine, Mary Hynes recevait Sam Harris en marge de la publication de son livre The Moral Landscape: How Science Can Determine Human Values (l’horizon moral : comment la science peut déterminer les valeurs humaines). Une entrevue étonnamment courte compte tenu de la prédilection de l’émission à consacrer toute l’heure à un seul personnage ou sujet. En écoutant Harris, on comprend. Il propose certes une thèse convaincante à propos de la capacité de la science à éclairer une question morale, voire même à trancher entre ce qui est bien et mal. Cependant, la hargne de ses attaques contre les religions agace vite, affaiblissant d’autant sa démonstration.
Reste que, par exemple, la neuroscience peut constater objectivement grâce au scanneur et à analyse hormonale que, règle générale, une action altruiste fait du bien aux êtres humains qui la posent comme à ceux qui la reçoivent. Elle constate tout aussi exactement l’effet inverse d’une action égoïste, et que c’est encore pire pour une action malfaisante. Beaucoup de développements en biologie, en éthologie et ethnologie ainsi qu’en psychologie et sociologie offrent effectivement un éclairage de plus en plus révélateur sur diverses questions morales. Comme le souligne Harris, la science offre ici l’avantage de transcender les cultures, les religions et les systèmes moraux particuliers du fait du caractère démontrable et universel de ses conclusions.
Quel rapport avec la qualité des informations personnelles? La réponse courte est que, d’une part, la science est dépendante de la qualité de ses données et que cette qualité dépend souvent de la volonté ou capacité des humains à dire la vérité. Or d’autre part, le niveau de véracité des informations fournies est mesurable… scientifiquement.
La réponse anecdotique tient à deux observations récentes sur la nécessité de… mentir. Lire la suite »
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Catégories : Observations
Mots clés: Assurance, Canada, Chine, Données, Dossier médical, Dossier patient, États-Unis, Exactitude, Information personnelle, Information: qualité, Par delà la vie privée, Recensement, Recherche, Science, Soins de santé, Vérité
« Nous voici déjà dans la deuxième décennie du XXIe siècle. Pourtant, le Québec ne dispose toujours pas d’une stratégie numérique! »
Cette phrase ouvre le Manifeste pour un plan numérique québécois que Communautique vient de mettre en ligne. Cette déclaration est le fruit d’une démarche collective amorcée il y a maintenant deux ans par des intervenants de différents milieux entrepreneurial, académique et communautaire en marge et suite à la dernière campagne électorale provinciale.
Déclaration d’intérêt: j’ai été un des participants à la rédaction du Manifeste.
Après un constat accablant sur le retard grandissant et préoccupant de la société québécoise, le texte avance que :
« Si nous, Québécoises et Québécois, n’arrivons pas, individuellement et collectivement, à nous approprier ces développements et ces nouveaux usages en fonction de nos besoins, de nos valeurs et nos aspirations, non seulement risquons-nous de rater de remarquables opportunités, mais aussi de devoir composer avec des inadaptations et fractures sociales et économiques qui découleront dès lors de décisions prises par d’autres et ailleurs. »
L’essentiel du manifeste se retrouve dans cette ambitieuse déclaration: Lire la suite »
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Catégories : Blogoliste
Mots clés: Inclusion numérique, Internet, Politique, Québec, Société de l'information
Voici une réponse reçue à l’article précédent de la part d’un professionnel qui m’a écrit, mais ne souhaite cependant pas être identifié pour l’instant:
Un professionnel des méthodes quantitatives
L’idée qu’un échantillon volontaire diminue la fiabilité et la validité des données est un fait aussi accepté aujourd’hui que l’idée que la terre est ronde. […] Il y a de nombreux articles qui portent sur l’ampleur du biais, sur ses raisons, sur les façons que l’on tente, tant bien que mal, de contourner ces biais, etc. Mais on ne réussit jamais vraiment à contourner.
[Quant à la conclusion du juge Boivin] Je n’ai pas lu les arguments en faveur d’un questionnaire volontaire et comment ils pensent pouvoir éviter les biais échantillonnaux. Bien sûr qu’il y a une incertitude quant au degré de fiabilité des données de l’ENM, puisqu’on n’a jamais fait un tel exercice auparavant. Il y a une certitude quant au fait que les données seront biaisées, mais il est difficile de prévoir à l’avance l’ampleur et la nature de ce biais.
Augmenter le nombre de questionnaires longs ne changera rien au biais, et rien ne nous permet de croire qu’une campagne publicitaire permettre de corriger le biais. La campagne pourrait très bien l’accentuer (surtout si elle est faite uniquement dans les deux langues officielles). Lire la suite »
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Catégories : Observations
Mots clés: Canada, Critique du recensement canadien, Méthodes quantitatives, Recensement
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