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Vivre entre les lignes

À partir de faits d’actualité ou de la vie quotidienne, ce carnet explore comment des informations, des programmes et des machines organisent nos relations avec les autres êtres humains, les organisations et même la société tout entière. Car, par-delà la compréhension de la société de l’information dans laquelle nous évoluons, il nous faut apprendre à y vivre et à en influencer démocratiquement les développements.

J’aurai fait ceci, mais les sondages m’incitent plutôt à faire cela !

Par exemple, nos décisions individuelles économiques, électorales et face à la grippe

Prolongement par écrit d’une chronique radio offerte le 17 septembre 2009 à l’émission Citoyen numérique sur 101,5 Radio Montréal.

Notion abordée : Un nombre croissant de décisions concernant les individus, les groupes et les sociétés sont fondées sur des informations personnelles ou des informations dérivées

Il nous faut l’admettre : nos décisions individuelles, nos comportements et nos opinions sont souvent influencés par des informations sur ce que font, pensent ou vivent nos concitoyens. Ces informations proviennent, par exemple, de sondages d’opinions ou de compilations de statistiques diverses, souvent résumés par les médias.

Grâce à l’informatique, il est désormais possible de manier et de transformer ces informations de mille manières.

Grâce au web, il nous est possible de rediffuser les nouvelles informations sous des formes interactives qui facilitent la prise de décision individuelle… et même d’en mesurer ensuite les conséquences sur la collectivité.

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Catégories : Chroniques radio, Observations
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« Une carte d’identité avec photo, s’il vous plait »

Vie pratique - Du recueil illégal d’informations par des commerçants et autres organismes

Vie pratiqueHier, une proche me dit qu’elle a dû refuser un cadeau de 25 dollars d’un marchand. Une caissière lui offrait 25 dollars s’il elle prenait la carte de crédit de cette chaine de magasins. Un autre client lui avait dit : « Accepte l’offre. Moi, j’ai pris la carte. J’ai fait un achat avec pour profiter du cadeau. Puis j’ai fait annuler la carte. » Bon, 25 dollars pour deux minutes de paperasse, ce n’est pas un mauvais échange.

Elle a donc accepté offre et la caissière a aussitôt commencé à remplir le formulaire pour elle. Naturellement, la caissière a demandé la présentation d’une pièce d’identité avec photo. La cliente a offert son permis de conduire qui porte son nom, son adresse de domicile ainsi que des photos d’elle et de sa signature. C’est alors que la caissière inscrit le numéro de permis de conduire sur le formulaire. La cliente l’interrompt : « mais vous n’avez pas le droit de noter le numéro de permis de conduire ». Ceci est légalement vrai. Au Québec, il est clairement énoncé que les numéros de permis de conduire et d’assurance-maladie ne peuvent être recueillis que pour les fins associées à l’application du Code de la route et de la Loi sur l’assurance-maladie, respectivement. Ailleurs au Canada, au minimum, le principe de nécessité des lois de protection des renseignements personnels restreint une telle collecte.

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La caissière a alors répondu qu’on l’obligeait à recueillir le numéro pour l’émission de la carte. Elle exhibe la section du formulaire prévue à cet effet comme preuve à l’appui de son affirmation.

Face à l’impasse, la cliente décide d’annuler sa demande. Elle se fait remettre le formulaire et le déchire en petit morceau. Elle va aussi porter plainte à la Commission d’accès à l’information pour faire cesser cette pratique.

Ce n’est pas ce que j’aurai fait. Mais d’abord quelques explications. Lire la suite »

Catégories : Observations, Vie pratique
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Émancipation ou exploitation en ligne des patients

Qui contrôle - et à qui profite - une communauté de partage d’informations personnelles en ligne ?

ObservationsNotion abordée :Nos informations personnelles deviennent une ressource stratégique.

L’histoire racontée par Sarah Arnquist du New York Times est exemplaire du pouvoir qu’Internet permet à un groupe de se donner.  En 2005, Amy Farber apprend qu’elle est atteinte de lymphangioleiomyomatose (LAM), une maladie complexe, encore sans remède, qui conduit ultimement à la mort et touchant surtout des femmes. Or, la LAM est une maladie très rare. Elle est donc peu étudiée. Amy Farber décide de consacrer ce qui reste de sa vie à développer les moyens susceptibles d’augmenter et d’accélérer la recherche d’un traitement. Elle fonde donc le LAM Treatment Alliance afin de lever des fonds et réseauter des chercheurs à travers la planète. Se rendant aussi compte que la rareté des cas de LAM est en elle-même un obstacle à la recherche, Farber suscite la création du portail Web LAMsight qui permet aux patientes du monde entier de partager leurs expériences et d’alimenter des bases de données au service des chercheurs, des professionnels de la santé et des patientes elles-mêmes.

Amy Farber est d’avis que la création de communautés de patients en ligne est susceptible de transformer la recherche médicale, tout particulièrement dans le cas de maladies rares dont les patients sont dispersés, difficiles à recruter et ne constituent pas un marché potentiellement lucratif susceptible d’intéresser les compagnies pharmaceutiques à investir. Ces communautés peuvent augmenter le pouvoir des patients qui contribuent activement à l’activité de recherche, soumettent des questions à élucider et participent à l’orientation des travaux.  D’autant plus que l’expérience et les observations quotidiennes des patients constituent une source de données précieuses largement sous-utilisées jusqu’ici.

Cependant, la journaliste confond les différentes formes que peuvent prendre ces communautés en ligne de patients en les associant toutes à une sorte de « démocratisation » de la recherche. Une grave erreur. Tout particulièrement lorsqu’elle réfère à d’autres « communautés en ligne » mises en place par des compagnies pharmaceutiques ou des entreprises offrant des services de tests génétiques. Ne faut surtout pas mêler les pommes, les carottes et la mauvaise herbe. Derrière la vitrine des conviviales interfaces du Web 2.0 et les mots « communauté en ligne » on peut trouver,  en arrière-boutique, des réalités et façons de faire fort différentes.

Qui contrôle quoi… et donc qui

La formule « l’information, c’est le pouvoir » est bien connue.  Dans les mondes de la gestion et de l’informatique, la formule « l’information est une ressource » n’en est qu’une variante. La question de qui contrôle effectivement « la ressource » est capitale, car elle détermine les rapports entre les individus, les groupes et les organisations.

En recherche biomédicale, les acteurs intéressés peuvent être nombreux : les patients et leurs associations, les chercheurs et les centres de recherches, les professionnels de la santé et les établissements, les entreprises commerciales du domaine biomédical ou autre. Les structures de communication, de collaboration et de pouvoir entre eux peuvent s’organiser de bien des manières, avec des effets tout aussi différents.

La recherche

Dans une infrastructure de recherche biomédicale universitaire classique, ce sont les chercheurs qui sont en contrôle des bases de données. Les chercheurs s’approprient les informations produites sur les patients, même celles que ces derniers ont produites eux-mêmes. Dans beaucoup de cas, les chercheurs gardent jalousement pour eux ces données qui représentent un avantage concurrentiel sur leurs concurrents.

Dans le cas de grosses et coûteuses banques de données financées largement par des fonds publics, un regroupement beaucoup plus large de chercheurs et d’établissements peut contrôler l’infrastructure et en permettre l’accès éventuellement à tout chercheur ayant un projet de recherche crédible.

Aujourd’hui, se développe également diverses variantes de la philosophie de recherche ouverte (open data) où il s’agit d’ouvrir largement l’accès aux banques de données à toute personne intéressée, y compris par leur publication directement sur le Web.

Jusqu’à ce jour, les rôles et pouvoirs que pouvaient exercer les patients sur les informations demeuraient cependant marginaux.

Le commerce

Dans une infrastructure à fin commerciale classique, l’entreprise a intérêt à conserver un maximum de contrôle sur les informations, leurs utilisations et leurs communications. On sait aujourd’hui à quel point les compagnies pharmaceutiques vont chercher à filtrer le plus possible la publication des données et des résultats afin de mousser la réputation et la valeur commerciale de leurs produits. Quitte à cacher leur dangerosité. Elles vont aussi éviter de partager des informations qui risqueraient de donner un avantage stratégique à leurs concurrents. Quitte à étouffer l’avancement des connaissances.

Les patients peuvent avoir quelque pouvoir ici s’ils représentent un marché solvable (c’est-à-dire capable de payer un produit profitable).

L’information peut même être ce produit, comme pour ce service de tests génétiques vendus aux patients à 99 $ US.

Les patients

Arrivent soudain les patients qui peuvent désormais compiler eux-mêmes des quantités importantes d’informations précieuses grâce à des formulaires en ligne, des forums de discussions ou des branchements directs d’appareils médicaux à leur ordinateur ou téléphone.

Si ces patients s’organisent entre eux pour contrôler collectivement leurs informations, ils peuvent en négocier l’accès en échange un certain pouvoir d’influence sur le développement de la recherche ainsi que de certaines compensations financières ou en nature.

Par contre, si ce sont des centres de recherches ou des compagnies pharmaceutiques qui tentent de les recruter un à un en leur offrant de participer à une « communauté en ligne », le pouvoir effectif des patients pourrait être nettement moins grand, voire simplement symbolique, ou même carrément nul.

À moins, que les patients utilisent précisément leur « communauté » pour s’organiser et négocier collectivement…

Bref, par delà des étiquettes et du jargon du fameux Web 2.0, il faut savoir détecter qui, derrière les interfaces, contrôle effectivement l’information.Tablette d'écriture cunéiforme

Catégories : Observations
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