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Vivre entre les lignes

À partir de faits d’actualité ou de la vie quotidienne, ce carnet explore comment des informations, des programmes et des machines organisent nos relations avec les autres êtres humains, les organisations et même la société tout entière. Car, par-delà la compréhension de la société de l’information dans laquelle nous évoluons, il nous faut apprendre à y vivre et à en influencer démocratiquement les développements.

Questions aux statisticiens et spécialistes des méthodes quantitatives relativement à la fiabilité d’un recensement volontaire

Débats - DebatesVoici une réponse reçue à l’article précédent de la part d’un professionnel qui m’a écrit, mais ne souhaite cependant pas être identifié pour l’instant:

Un professionnel des méthodes quantitatives

L’idée qu’un échantillon volontaire diminue la fiabilité et la validité des données est un fait aussi accepté aujourd’hui que l’idée que la terre est ronde. […] Il y a de nombreux articles qui portent sur l’ampleur du biais, sur ses raisons, sur les façons que l’on tente, tant bien que mal, de contourner ces biais, etc. Mais on ne réussit jamais vraiment à contourner.

[Quant à la conclusion du juge Boivin] Je n’ai pas lu les arguments en faveur d’un questionnaire volontaire et comment ils pensent pouvoir éviter les biais échantillonnaux. Bien sûr qu’il y a une incertitude quant au degré de fiabilité des données de l’ENM, puisqu’on n’a jamais fait un tel exercice auparavant. Il y a une certitude quant au fait que les données seront biaisées, mais il est difficile de prévoir à l’avance l’ampleur et la nature de ce biais.

Augmenter le nombre de questionnaires longs ne changera rien au biais, et rien ne nous permet de croire qu’une campagne publicitaire permettre de corriger le biais. La campagne pourrait très bien l’accentuer (surtout si elle est faite uniquement dans les deux langues officielles). Lire la suite »

Catégories : Brèves, Débats, Observations
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Les conservateurs canadiens bataillent sur le recensement… étatsunien

ObservationsJ’ai écrit en juillet que la décision du gouvernement conservateur d’abolir le caractère obligatoire du formulaire long du recensement provenait probablement d’une observation des controverses autour du récent recensement étatsunien ainsi que sur les possibles risques et opportunités politiques de leur transposition ici au Canada.

La suite des déclarations subséquentes des conservateurs a amplement démontré que la rationalité de leur décision relevait plus du calcul partisan que de la rationalité administrative ou du respect des droits des citoyens. Aujourd’hui, l’opposition libérale dépose un projet de loi pour rendre obligatoire le formulaire long, toujours sous peine d’amendes, mais sans peine de prison. Comme si l’opposition aux Communes suivait aveuglement le rôle qui lui avait été attribué dans un des scénarios possibles envisagés par les conservateurs.

Cependant, l’inspiration étatsunienne de la stratégie et du discours à l’appui n’a jamais été aussi clairement mise au jour que par les déclarations du ministre Tony Clement mardi dernier. Jennifer Ditchburn de La Presse canadienne rapporte que, selon Clément, les recenseurs pourraient déjouer le système et faire main basse sur les informations personnelles des Canadiens. Même si Statistique Canada a des politiques claires, « certains recenseurs sont recrutés dans le même voisinage que les répondants ». Cela signifie, selon M. Clement, que « votre voisin peut connaitre certaines de vos informations les plus personnelles et les plus intimes ».

Or, le ministre décrit ici la situation existant aux États-Unis où, constitution oblige, le recensement doit être obligatoirement conduit par des recenseurs. Au Canada, le recensement est autoadministré depuis… 1971. L’une des raisons de l’abandon des recenseurs était précisément liée à une question de respect de la vie privée. Il s’agissait moins d’éviter le risque d’espionnage, que de réduire le caractère intrusif et intimidant d’une visite par un possible voisin et donc les biais découlant de l’hésitation à répondre franchement aux questions, voire à répondre tout court. D’ailleurs Statistiques Canada a comme politique, pour les rappels de suivis téléphoniques, à recourir à des recenseurs qui ne doivent pas être de la région du citoyen contacté.

Bref, le jupon dépasse. Les derniers arguments de Clement sont clairement une importation copier-coller étatsunienne n’ayant aucune pertinence dans le contexte canadien. Une erreur si grossière n’aurait pas eu lieu si la décision conservatrice avait été prise sur la base d’une analyse des besoins d’amélioration du recensement canadien. D’ailleurs, si on avait voulu améliorer le recensement, on aurait amendé le formulaire long plutôt que passer l’été à en dénigrer les questions qu’il contient, et même celles qu’il ne contient pas…

Catégories : Observations
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Réveil du citoyen sujet de l’information?

En marge des controverses sur le recensement, Facebook et autres

ObservationsSamedi, je faisais le ménage en écoutant une conférence de la sociologue Saskia Sassen sur l’évolution du concept de citoyenneté à l’heure de la mondialisation enregistrée pour l’émission Big Ideas (mp3, vidéo). L’essentiel de cette conférence portait sur les multiples microchangements que la mondialisation provoque dans la définition et le vécu de la citoyenneté (ou sur la subjectivité politique, en d’autres mots).

Sassen nous rappelle que même si nous avons tendance à vivre la citoyenneté comme une condition constituant un tout, en fait cette citoyenneté est la réunion de multiples composantes. Au cœur de la citoyenneté, il existe un faisceau de droits formels reconnus par l’État. Cependant, il y a aussi autour de nombreux autres éléments de nature sociale qui ne découlent pas nécessairement de notre relation à l’État (tel l’environnement physique de la ville vs la campagne). Il est donc possible de disséquer le concept de citoyenneté de manière à étudier comment chacun de ces éléments émerge, change et disparait; et donc comment l’idée de citoyenneté évolue en conséquence.

Cette idée m’a ramené à celle de l’éveil citoyen du sujet de l’information. Un thème qui correspond à un souhait que j’exprimais déjà en 1988 dans ma contribution au livre Les droits de la personne au Canada: dans les années 1990 et au-delà.[1] La conférence de Sassen m’interpelait : assisterions-nous actuellement aussi à ce microchangement historique de l’incorporation du statut de sujet de l’information dans la conscience du citoyen contemporain? Lire la suite »

Catégories : Observations
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Recensement 2011 : Le théâtre des peurs

Connaissez-vous quelqu’un qui aurait complété le recensement par crainte de peine d’amende ou prison pour non-réponse ? Non ? Quelqu’un qui ne l’ayant pas complété aurait eu cette crainte ? Non plus ? Alors, posons la question: de quoi le gouvernement Harper a-t-il peur, lui ?

La décision de soustraire le questionnaire long du cadre légal obligatoire du recensement pour le rendre volontaire a engendré des craintes réelles. Les milieux scientifiques, d’affaires et municipaux craignent un affaiblissement de la fiabilité des données nécessaires à leurs travaux et décisions stratégiques. Les organisations de francophones hors Québec, de femmes et d’autres minorités, de ne plus disposer des chiffres sur lesquels fonder la défense de leurs droits et intérêts.

Cependant, l’accusation que les conservateurs ne veuillent plus recueillir des informations susceptibles de contredire leurs politiques colle mal. Premièrement, il s’agirait d’un jeu dangereux: les résultats biaisés d’un recensement bâclé pourraient les desservir. Deuxièmement, cette explication cadre mal avec une augmentation de 50 % du nombre de questionnaires longs (de 3 à 4,5 millions de ménages au cout additionnel de 30 millions de dollars) et une campagne de publicité incitative. Troisièmement, les pointilleuses pratiques de révision des programmes de ce gouvernement et, surtout, les stratégies de politique de division de l’électorat (wedge politics) du Parti conservateur requièrent des statistiques de références fiables.

Peur(s) de l’électorat

Revenons aux questions de départ. Au dernier recensement, il n’y a eu qu’une personne poursuivie pour non-réponse. Pourtant, plus de 3 % des ménages n’avait pas participé. Sans être inquiétés. Pourtant parmi les participants, nombreux furent ceux qui omirent une question ou y ont répondu curieusement. Par exemple, de milliers ont donné « Jedi » (Star Wars) comme religion ou « Humain » comme origine ethnique. Sans être plus inquiétés. Car la population canadienne demeure l’une des plus disciplinées du monde. Dans l’histoire récente, les rares Canadiens poursuivis furent des individus isolés qui ont ouvertement déclaré vouloir faire acte de désobéissance civile. Or, voilà précisément ce dont les conservateurs auraient peur.

Le recensement états-unien d’avril dernier a été l’objet d’appels enflammés à la désobéissance civile issus de mouvements de droite (notamment autour du Tea Party) et d’organisations de citoyens d’origine latino-américaine, toutes méfiantes de l’État. Appels endossés par des communautés religieuses, des personnalités des médias et même des élus, y compris une représentante au Congrès. Les polémiques produisirent des effets contradictoires. D’une part, les refus ouverts de participer ont considérablement augmenté et le nombre d’agressions contre les recenseurs (incluant voies de fait, prises de véhicules en marche et coups de feu) a triplé. Mais d’autre part, la participation a connu une augmentation significative (72 %) au lieu de la diminution anticipée (64 %).

Au paisible Canada, n’importe quel gouvernement serait embarrassé de soudain devoir poursuivre, non plus un excentrique isolé, mais plusieurs personnages représentant des courants d’opinions organisés. Pour un gouvernement conservateur, minoritaire en plus, ce serait carrément une calamité. Il lui faudrait s’attaquer à des champions de segments des électorats qu’il courtise, souvent maitres dans l’usage des médias sociaux.

Sa solution est donc de rendre volontaire le questionnaire long. Le plus intrusif de la part de cet État honni par une certaine droite et redouté dans certaines communautés craintives ou issues de pays autoritaires. Celui contenant aussi les questions les plus sensibles (religions, ethnicité, couples de même sexe, revenus). Devenu volontaire, plus de désobéissance civile possible.

Bien menée auprès d’une population déjà disciplinée, cette stratégie pourrait produire d’excellents résultats. Au moins tout autant que la décision de 1971, bien plus audacieuse, d’abandonner les entrevues par recenseurs pour les remplacer par des questionnaires autoadministrés par les citoyens eux-mêmes.

Cependant, cette solution est marquée du fait qu’elle fut prise sans préavis, ni consultation des multiples milieux intéressés (contrairement à une tradition bien établie). Cela par un gouvernement dont souvent les décisions apparaissent plus fondées sur l’idéologie que sur les faits et qui, en plus, est soupçonné de vouloir réduire le rôle d’analyse publique joué par Statistiques Canada. C’est-à-dire qui, sans attaquer la production et la qualité des données, chercherait à accroitre son contrôle sur leur interprétation.

La politisation du recensement comportait le risque d’une polarisation de l’opinion pouvant accroitre les probabilités de réalisation du mouvement que le gouvernement voudrait prévenir. Ironiquement, l’empressement des partis d’opposition à promettre le rétablissement du caractère obligatoire du questionnaire long garantirait aux conservateurs le ralliement des segments de l’électorat dont il craignait la contestation. Tout aussi ironiquement, le caractère éducatif de la polémique pourrait aussi consolider la participation de la population.

Encore une fois, les conservateurs joueraient adroitement la politique de division en manoeuvrant subtilement sur de puissantes émotions : les peurs. La publication dans quelques jours du texte du questionnaire long, puis celle des détails de la campagne d’incitation à la participation leur fourniront des occasions d’ajuster leur stratégie.

Catégories : Observations
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Les nouvelles fractures numériques: le filtrage et les bulles hyperpersonalisées menaçant la démocratie

ObservationsEst-ce qu’au lieu de relier les humains entre eux, les technologies numériques pourraient, au contraire, les isoler les uns des autres? La personnalisation des services offerts sur web peut-elle produire des ghettos? Peut-elle menacer la démocratie elle-même? Ce sont des dangers qu’a soulevé Eli Pariser, président de MoveOn.org, le 3 juin 2010 au cours du dernier Personal Democracy Forum.

Ethan Zuckerman rapporte ses propos. Tout d’abord, l’exemple d’une conférence personnalisée :

« Imaginons que nous nous présentions à un évènement comme le Personal Democracy Forum, et avions été triés sur la base du sexe, de l’âge, de l’idéologie politique, de la ville natale. Très vite, nous serions tous assis dans de petites pièces, tout seuls. Imaginons que les orateurs aient ensuite offert des présentations personnalisées, en ajoutant des explosions pour le jeune auditeur mâle, par exemple. “Vous préfèreriez probablement mieux votre version personnelle… mais ce serait pour moi la mauvaise chose à faire.” Cela desservirait la raison d’être même d’une conférence — nous n’avons plus de tronc commun de discours que nous pourrions discuter ensemble dans les couloirs. »

« Google utilise 57 indices disponibles pour personnaliser le web pour vous, même lorsque vous n’êtes pas connecté (avec votre nom d’usager). En conséquence, les résultats que vous obtenez sur une recherche Google peuvent devenir très différents, même si des gens assez similaires effectuent la même recherche. Eli nous montre des captures d’écran d’une recherche pour “BP” menée par deux jeunes femmes, vivant toutes deux dans le nord-est des États-Unis. Elles obtiennent des résultats très différents… une série se concentre sur les questions d’affaires et ne présente pas de lien sur le déversement de pétrole dans les trois premiers, tandis que l’autre le fait. Une utilisatrice a obtenu 141 millions de résultats, tandis que l’autre, 180 millions. Imaginez combien dissemblables ces résultats pourraient être pour des utilisateurs véritablement différents entre eux. »

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Catégories : Observations
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Facebook demeure une boite noire

Débats - DebatesOui, Facebook change ses contrôles de publication de contenus (qu’on appelle peut-être improprement contrôles de confidentialité ou de vie privée).

Mais comme le souligne avec justesse le tweet de Privacy International signalant la réponse de l’organisme à cette annonce, la véritable question n’est-elle pas ailleurs? À savoir : comment Facebook utilise lui-même les informations que les membres mettent sur leurs pages? « The real question: how does Facebook process information? »

Peu importe comment on change ou rend plus conviviaux les contrôles de publication, les traitements et les usages que Facebook fait des informations continuent de rester dans l’ombre, mal explicités.

C’est un peu comme la boite noire classique. Les membres Facebook savent les informations qu’ils y mettent eux-mêmes (entrées). Ils comprendront peut-être mieux quelles informations sont publiées ou non en direction de qui (sorties). Cependant, ils ne savent pas tout ce qui se passe entre les deux , notamment tout ce que Facebook échange avec ses partenaires commerciaux.

Voilà où se trouve l’essentiel des processus constituant Facebook et sa valeur marchande.

Catégories : Débats
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Recherche Google cryptée sous SSL : mesure effective ou symbolique?

ObservationsGoogle a récemment annoncé qu’il offre dorénavant la possibilité d’effectuer une recherche de documents de manière confidentielle grâce au protocole de sécurisation par cryptage des échanges sur Internet Secure Sockets Layer (SSL). Concrètement, cela veut dire que, entre votre ordinateur et les serveurs de Google, personne ne pourra lire en clair, ni les requêtes, ni les résultats de recherche (un peu comme sont protégées les transactions financières effectuées sous SSL).

Pour bénéficier de ce nouveau service offert en mode « bêta », il faut se rendre sur https://www.google.com. Votre fureteur devrait alors signaler que la communication est sécurisée (par exemple, par l’affichage d’un cadenas). Les sites localisés de Google (comme google.fr ou google.ca) n’offrent pas cette sécurisation qui n’est pas disponible non plus pour les recherches d’images et de vidéos.

SSL Google Search

Pour sûr, il s’agit d’un geste symbolique important de la part du géant du web. Il a été applaudi par le Center for Democracy & Technology comme comme une incarnation éclatante du concept de confidentialité par design (Privacy by Design).

Pour sûr, le fait qu’un acteur aussi important que Google s’engage à offrir un nombre croissant de ses services sous SSL (l’accès web à Google Mail sous SSL est déjà par défaut depuis janvier 2010) pourrait être un signal important à tous les acteurs d’Internet : il est peut-être temps de songer à protéger un plus grand nombre de communications sur Internet, quitte devoir payer par des temps de traitement et de transmission légèrement plus lents (à peine perceptibles lorsqu’on dispose d’ordinateurs et de connexions de quelque puissance).

Cependant, est-ce que ce nouveau service change quoi que ce soit à l’expérience de ceux dont l’exercice de leurs libertés ou la confidentialité de leurs travaux nécessitent qu’ils puissent échapper à la surveillance de leurs employeurs, des fournisseurs de services internet ou des États? Lire la suite »

Catégories : Observations
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Pour une appropriation citoyenne globale de l’information et de ses technologies

Adaptation écrite d’une présentation faite lors d’un diner-causerie tenu à l’occasion du 10e anniversaire de Communautique le 26 janvier 2010, à Montréal.

Vidéo de la conférence

tablette cuneiformeOn m’a demandé de traiter de l’importance que les technologies de l’information et des communications ont prise au cours de la dernière décennie et celle qu’elles prendront dans un avenir prévisible. Cela du point de vue des citoyens. Je vais me prêter à cet exercice à partir de la notion d’appropriation.

L’Histoire montre que l’alphabétisation peut être une condition nécessaire à la démocratie. Cependant, le fait qu’une population soit fortement alphabétisée n’entraine pas pour autant que cette dernière vivra dans une société libre et démocratique. Beaucoup de populations bien instruites ont vécu, à un moment ou l’autre, sous un régime autoritaire ou dictatorial, voire totalitaire.

Similairement, on peut avancer que le fait qu’une population sache manier des dispositifs techniques n’entraine pas pour autant que celle-ci maitrise comment les technologies organisent les rapports entre les citoyens. L’accès aux outils et le développement des habiletés à les manier seraient des conditions nécessaires, mais pas suffisantes à cette maitrise.

Illustrons cette affirmation par quelques exemples de dispositifs actuellement en déploiement.

Les scanneurs corporels

Au début de ce mois de janvier, le ministre fédéral des Transports, John Baird, a annoncé l’acquisition et l’installation dans les aéroports canadiens de 44 scanneurs corporels à un quart de million pièce. Faisons abstraction un moment des débats légitimes sur l’efficacité, réelle ou symbolique, de ces dispositifs ou sur leur nocivité potentielle pour la santé. Dans moins de deux mois, nous, citoyens canadiens, aurons la liberté de choisir entre : ou bien, de nous faire palper avec les mains; ou bien, de nous faire palper avec les yeux.

Mais est-ce le seul choix offert par les technologies informatiques et d’imagerie numérique?

Un collègue m’a transmis le dossier de presse des articles publiés à la suite à cette annonce. On constate qu’à peu près personne n’a soulevé le fait que cet achat avait été commandé sans appel d’offre, ni qu’on aurait pu acquérir des logiciels qui, pour éviter la mise à nu : soit,  ne signalent que les emplacements douteux; soit, reporte l’image exacte de la surface du corps de la personne sur un mannequin standard (par la technique du morphage — morphing en anglais). Le résultat d’une telle acquisition nous aurait offert un choix très différent entre : ou bien, nous faire palper avec les mains; ou bien, simplement faire détecter électroniquement la présence d’objets sur nous.

Different types de scanneurs corporels

Apparemment, aucun député n’a parlé de ces options de rechange. Pas un journaliste. Pas une organisation de citoyens, de consommateurs ou de défense des droits. Même pas l’avis de la Commissaire à la vie privée du Canada.

Peut-être que le ministre Baird lui-même ignore ces options de rechange!

Pourtant en bons citoyens numériques, plusieurs d’entre nous savent comment utiliser un appareil photo numérique et des logiciels de traitement d’images; comment trouver le communiqué du ministre sur le Web; comment regarder son point de presse sur notre ordinateur ou téléphone; et comment discuter la nouvelle dans les blogues ou sur Twitter. Nous, on connait ça la techno!

Cartes bancaires à puce

Deuxième exemple : depuis 2008, les institutions financières canadiennes déploient leurs cartes bancaires à puce. Aucun ministre ou député fédéral, aucune association de consommateurs ou autre organisation de la société civile, aucun média n’a provoqué de débat public sur le modèle de système de paiement que pourrait supporter l’ajout d’un microprocesseur sur les cartes clients, de débit et de crédit.

Pourtant, depuis l’invention de la carte à microprocesseur, des centaines de manières différentes de l’utiliser furent conçues. L’éventail des applications disponibles dans le secteur bancaire va de systèmes très bavards sur le moindre geste posé par l’utilisateur à d’autres, ultra discrets, produisant aussi peu d’informations personnelles que l’utilisation du papier monnaie.

Différent designs de carte bancaire à puce

Or, il ne peut y avoir qu’une seule configuration, ce qui légifère donc de facto les rapports entre consommateurs, marchands et institutions financières.

Nous avions des choix! Par exemple, entre de ne permettre aux banques de produire que très peu d’informations ou, à l’inverse, leur permettre d’en produire beaucoup, mais en les forçant à partager cette source précieuse de connaissances sur l’évolution de notre économie en temps réel.

Par exemple, le gouvernement de Madame Dominique Vien (ministre des Services gouvernementaux du Québec, autre oratrice de ce diner-causerie) doit prendre des décisions délicates à savoir si l’État doit garder le pied sur l’accélérateur de l’économie, lever le pied ou plutôt mettre les freins. Cependant, plusieurs des chiffres dont dispose le gouvernement ne peuvent souvent décrire que des situations vieilles de quatre mois! Voilà qui complique passablement la prise de décision. D’autant plus qu’à cause des mêmes retards dans la production d’informations, on ne pourra également connaitre quels auront été les effets des décisions retenues aujourd’hui avant des mois.

Pourtant, la production continue par les banques d’informations détaillées et en temps réel sur les paiements électroniques (dont vous et moi payons directement la production à travers nos frais bancaires), combinée à la puissance des ordinateurs d’aujourd’hui, pourrait réduire ce décalage dans la production de certains chiffres clés à quelque chose d’aussi court qu’en semaines, voire jours !

Cependant, ce débat public sur ce choix démocratique concernant la quantité d’informations générées ou non par les systèmes de paiement électronique et leur utilisation possible au profit, non seulement des banques, mais aussi de l’ensemble de la société n’a jamais eu lieu.

Mais en bons citoyens numériques, nous savons comment utiliser un guichet automatique ainsi que comment faire un don pour Haïti par transaction sur le Web ou avec un texto. Nous, on connait ça la techno!

Quelle appropriation?

Cela nous ramène au thème de l’appropriation. Généralement, on définit « l’appropriation » comme le processus par lequel un individu ou un groupe intègre une innovation dans ses pratiques et l’adapte, et même le détourne en fonction ses besoins.

Depuis 10 ans, Communautique, ses partenaires et de nombreux autres organismes oeuvrent à l’essentielle appropriation des outils informatiques par les citoyens. Ils travaillent et militent pour assurer un accès universel à Internet et à l’ordinateur. Ils forment à l’utilisation de logiciels, du Web, de réseaux sociaux et d’outils collaboratifs.

L'appropriation sociale des outils n'est pas suffisante

Cependant, il faut admettre que former à l’utilisation d’outils n’est pas suffisant alors que les dispositifs numériques s’immiscent de plus en plus dans le moindre objet. Jusqu’à dans nos pilules…

Pilules à micropuce

Les compagnies pharmaceutiques testent actuellement l’usage de comprimés à micropuce. Dans une de ces expériences, le dispositif envoie aux patients un texto de rappel sur son téléphone cellulaire s’ils ne suivent pas correctement l’ordonnance du médecin.

Un tel dispositif pourrait être configuré pour mettre en relation patients, médecins et pharmaciens de cent manières différentes. Par exemple, afin de vérifier si nous prenons bien nos médicaments. Pour nous faire livrer automatiquement de nouvelles doses de médicaments lorsque nos flacons se vident. Voire appeler l’ambulance, si nous avons gobé tout le flacon d’un seul trait.

La question est évidemment à savoir : qui va décider d’une configuration plutôt que d’une autre? Donc, à déterminer comment s’organiseront les relations entre patients, médecins et pharmaciens. Et pourquoi pas des relations incluant aussi les compagnies pharmaceutiques, les compagnies d’assurances et le monde de la recherche biomédicale.

N’avons-nous pas notre mot à dire? D’autant plus si ces dispositifs s’imposent progressivement à tous?

L’appropriation citoyenne

La démocratie exige ici que l’appropriation citoyenne aille par delà le simple maniement d’outils conçus par d’autres. Elle requiert que les citoyens et les composantes de la société civile puissent contribuer au développement des outils qui imposent une organisation des rapports interpersonnels. La démocratie requiert la possibilité de participer aux choix affectant cette organisation des rapports.

Cela implique, non seulement une connaissance des outils et de leur maniement, mais également (comme pour les exemples des scanneurs, cartes bancaires et pilules), une connaissance des différentes informations qui peuvent être produites ou non ainsi que des diverses manières dont elles peuvent être utilisées ou non.

Appropriation globale de l'information et de ses technologies

Donc, une véritable appropriation citoyenne doit s’appliquer autant aux informations et aux rapports interpersonnels qu’aux outils informatiques.

Poussons plus loin. Non seulement, une telle appropriation citoyenne serait-elle nécessaire à garantir un caractère démocratique à une société de l’information, mais elle serait aussi nécessaire au succès même de l’informatisation de ses activités!

Déjà, les commerces en ligne ne peuvent faire le plein de profits et les services gouvernementaux en ligne ne peuvent avoir de sens que si le plus grand nombre possible de citoyens a accès à internet et sait comment s’en servir avec confiance.

Assurer l’adéquation des applications

Or, le succès de nombreux produits et services informatisés dépendra aussi de plus en plus de la capacité des citoyens de discuter d’informations, d’outils et de rapports interpersonnels. Lors d’une recherche que j’ai effectuée sur les services gouvernementaux en ligne, j’ai beaucoup discuté avec des concepteurs de ce qui pouvait faire qu’un système s’avère dysfonctionnel, enfonçant alors un citoyen dans un purgatoire bureaucratique kafkaïen plutôt que l’aider. Mon objectif étant évidemment de comprendre, à contrario, comment s’assurer qu’un service informatisé fonctionne bien. La conclusion est résumée dans ce schéma qui énumère tous les facteurs dont il faut tenir compte.

Pragmatique de l'information dans une interaction informatisée

Je ne peux ici discuter avec vous l’ensemble de ces facteurs en détail. Contentons-nous pour l’instant d’affirmer qu’en pratique, il faut non seulement que l’organisation comprenne très bien toutes les dimensions de ses propres processus (ce qui est déjà un exigeant travail), mais il faut aussi qu’elle comprenne très bien pourquoi et comment différents citoyens — usagers ou consommateurs — utilisent différemment son service. Comment certaines catégories de personnes s’approprient-elles différemment le service pour quels buts différents. Inversement, il faut aussi que ces citoyens comprennent bien à quoi servent le service et les informations qu’ils échangent avec l’organisation afin qu’ils obtiennent les résultats qu’ils recherchent et fournissent les bonnes informations utiles à cette fin.

Premier exemple tout petit. Dans une application aussi simple qu’un service de changement d’adresse. Je demande au concepteur : « Quelle adresse la Régie d’Assurance-maladie détient-elle sur le citoyen assuré? » Le concepteur répond : « C’est clair, c’est l’adresse de domicile ». C’est en effet ce que prévoit la loi, mais je relance : « En êtes-vous sûr? » Le concepteur se met alors à rire : « En fait, on n’en a aucune idée ». Et à partir de là, nous avons exploré ensemble les cas de figure où le citoyen a fourni une adresse autre que de celle de leur domicile : comme les étudiants qui donnent l’adresse de leurs parents comme adresse postale fixe sachant qu’ils pourraient changer souvent de lieu de résidence.

Peu importe les lois, les formulaires et les modèles de données, cela demeure les citoyens qui décident si dans la case « adresse », ils donneront une adresse de domicile, une adresse postale, une adresse de service ou autre.

Or, parmi la panoplie des moyens efficaces permettant de connaitre et comprendre les usages, attentes, besoins et contraintes des citoyens, on retrouve la consultation publique. Qui mieux que les citoyens eux-mêmes ou les organisations qui travaillent quotidiennement avec eux peuvent signaler leurs différents usages et compréhensions d’un service donné?

Mon deuxième exemple fait dans le très gros et complexe : c’est l’immense chantier de l’informatisation des dossiers médicaux qui, dans un avenir prévisible, va couter bien au-delà d’un milliard de dollars au Québec, au-delà de cinq milliards au Canada. On a déjà perdu des dizaines de millions de nos impôts dans des solutions inadéquates. Et dans l’état de situation présente, on va encore en perdre des dizaines de millions d’autres en cours de route. Et une des causes de ces inadéquations est précisément une culture numérique insuffisante dans notre société.

Des hauts fonctionnaires m’ont confié qu’on arrive difficilement à arrimer la vision stratégique avec les besoins concrets sur le terrain. Or entretemps, on développe et on implante des solutions techniques. On procède finalement par une couteuse démarche d’essais et erreurs. Souvent, on m’a posé la question : « C’est clair qu’il faudrait consulter directement les patients et la population, mais comment fait-on ça? Déjà entre nous, professionnels qui y travaillent quotidiennement, il nous est difficile de partager une compréhension commune des systèmes. »

Le défi démocratique

Développer notre capacité de discuter de dispositifs techniques compliqués entre nous représente effectivement un considérable défi culturel. Un défi qui doit être impérativement relevé. Car sinon, on devra faire face à bien plus grave que des inefficiences en nombre, en importance et en couts croissants (pensons seulement à la dégradation spectaculaire qu’ont connue les services à la clientèle de plusieurs grandes entreprises, par exemple). En effet, c’est la démocratie elle-même qui se trouve à risque si l’on abandonne progressivement les décisions relatives à l’organisation des rapports entre citoyens à des ingénieurs, à des technocrates ou à des fournisseurs plus bas soumissionnaires. Des décisions en plus souvent prises à l’étranger à cause de l’universalisation des produits ou des normes techniques devant assurer l’interopérabilité internationale des systèmes.

Nous ne sommes encore qu’au tout début du long processus d’informatisation des sociétés qui va progressivement s’insinuer dans les moindres recoins de nos vies, y compris jusque sous nos vêtements, dans nos portefeuilles et nos de pilules. Une large part des maniements d’informations en cause supportera des rapports interpersonnels en les façonnant dans le détail d’une manière qui s’imposera aux intéressés. La maitrise démocratique de cette forme de législation efficace rend nécessaire que nous tous — simples citoyens, organismes communautaires, gouvernements et entreprises — fassions évoluer l’idée d’appropriation et sa pratique à un niveau plus global qui embrasse les dimensions sociales, y compris celles carrément politiques, des choix techniques.

Il s’agit, bien sûr, de bien plus que le défi d’une décennie, ou même celle d’une génération. C’est le défi posé par une véritable révolution qui s’étendra vraisemblablement sur tout ce siècle. Un défi considérable certes, mais excitant pour sûr!

Catégories : Débats
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Campagne sur les renseignements personnels

AgendaLa Ligue des droits et libertés annonce une campagne qui inclut déjà deux événements :

Soirée d’information et d’échange sur les Projets de loi C46 et C47

La surveillance des communications électroniques : Une dangereuse intrusion dans nos vies

Lundi 2 novembre 2009 à 19 h.

Salle R-M130, UQAM (315, rue Ste-Catherine Est, Montréal)

À une époque où les nouvelles technologies font partie du quotidien et où de plus en plus d’informations sur tous les aspects de nos vies circulent dans le cyberespace, le gouvernement a déposé deux projets de loi qui lui donneront un plus grand accès aux données qui transitent par les fournisseurs de services de communication électronique.

Colloque sur la protection des renseignements personnels

On nous fiche ! Ne nous en fichons pas

Colloque sur la protection des renseignements personnels à l’ère des technologies de l’information et des communications

29 et 30 janvier 2010

Vendredi soir, Salle Marie-Gérin-Lajoie, UQAM (Pavillon Judith-Jasmin, 405, rue Ste-Catherine Est, Montréal)

Samedi, 30 janvier 2010 à l’UQAM (détails à venir)

« Présentement, le Canada se dirige dangereusement vers une société de surveillance. (…) La protection de la vie privée est un élément crucial d’une société libre ; sans elle, il n’y a pas de réelle liberté. » Jennifer Stoddart, Commissaire à la Protection de la Vie privée du Canada.

Activités organisées par la Ligue des droits et libertés

Informations : 514-849-7717Tablette d'écriture cunéiforme

Catégories : Agenda
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Les dépendants du Palmarès

Des pièges des statistiques, en marge du documentaire Les enfants du Palmarès

ObservationsNotions abordées : Les informations personnelles permettent un formidable accroissement des connaissances sur les individus, les groupes et les sociétés

Un nombre croissant de décisions concernant les individus et les organisations sont fondées sur des informations personnelles ou des informations dérivées

Un ensemble d’informations personnelles décrit moins un être humain en particulier qu’une relation entre des personnes

Les informations personnelles ne sont ni données, ni reflet idéal de la réalité: elles sont des artéfacts,  des objets fabriqués par des êtres humains en vue de la réalisation d’un objectif précis

Les conflits relatifs aux informations peuvent porter sur n’importe quelle dimension de leur production ou de leur utilisation
les-enfants-du-palmares

Avant même qu’il soit diffusé, le film Les enfants du Palmarès de la réalisatrice Marie-Josée Cardinal fait déjà beaucoup parler. Ce documentaire sera présenté à la télévision sur Canal D le dimanche 18 octobre 2009 à 19h ainsi que le lundi le 19 octobre à 13h. Ce film traite des angoisses vécues chez plusieurs parents et enfants qui cherchent à réussir, coute que coute, l’accès à une place dans les écoles privées les plus cotées ainsi que ce qui arrive à ceux qui échouent ou réussissent d’y être admis.

Le palmarès du titre réfère au désormais Palmarès des écoles secondaires du Québec (ici en format PDF) publié depuis 10 ans par le magazine L’Actualité. C’est de ce tableau comparatif des écoles que je vais discuter ici.

Nous nous sommes donné au Québec la liberté de choisir pour nos enfants parmi un éventail d’écoles, programmes d’études et projets éducatifs. Un embarras du choix que j’ai vécu comme tout autre parent. Embarras que le Palmarès complique par ses faiblesses, mais surtout parce qu’il demeure l’unique guide comparatif grand public disponible.

J’utilise le Palmarès depuis sa création. Notamment lors de visites des écoles où je songeais à inscrire ma plus jeune. Le Palmarès offre une illustration particulièrement parlante pour des élèves de quatrième secondaire des rôles que les informations personnelles jouent désormais dans la vie informatisée des individus, organisations et sociétés. Car en échange de causeries visant à susciter l’intérêt pour des carrières scientifiques, des conseillères en orientations m’offraient accès au quotidien de leur école hors des mises en scène des journées portes ouvertes.

Partant du bulletin scolaire, j’expliquais aux élèves la société de l’information et l’importance des diverses disciplines techniques et scientifiques associées. Tout d’abord, comment des informations personnelles parlent rarement d’une personne en particulier, mais plutôt d’une relation entre plusieurs personnes. Ainsi, le bulletin ne parle pas que de l’élève, mais aussi de ses enseignants. Une direction peut donc utiliser les informations du bulletin pour évaluer le travail de ses enseignants, individuellement et collectivement.

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Compilées, ces informations des bulletins permettent également de produire des portraits par école, par commission scolaire, entre écoles ou entre commissions scolaires, pour le Québec ou entre pays. La petite animation incluse dans ce billet illustre comment. Ces différentes compilations d’informations permettent de constituer des portraits de la performance des élèves, des enseignants, des écoles, des commissions scolaires, d’un système scolaire, d’un pays. Ils structurent les discussions, les débats publics et la prise de décisions diverses. Notamment celle du choix d’une école secondaire.

Or, les bulletins, compilations et palmarès sont conçus en vue de réaliser des objectifs précis. Adéquatement produits pour une tâche, ils s’avèrent souvent défaillants pour une autre. En outre, il faut s’assurer que la production de ceux-ci ne nous coupent pas de la réalité même que nous souhaitons saisir. Lire la suite »

Catégories : Observations
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