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Vivre entre les lignes

À partir de faits d’actualité ou de la vie quotidienne, ce carnet explore comment des informations, des programmes et des machines organisent nos relations avec les autres êtres humains, les organisations et même la société tout entière. Car, par-delà la compréhension de la société de l’information dans laquelle nous évoluons, il nous faut apprendre à y vivre et à en influencer démocratiquement les développements.

Les dépendants du Palmarès

Des pièges des statistiques, en marge du documentaire Les enfants du Palmarès

ObservationsNotions abordées : Les informations personnelles permettent un formidable accroissement des connaissances sur les individus, les groupes et les sociétés

Un nombre croissant de décisions concernant les individus et les organisations sont fondées sur des informations personnelles ou des informations dérivées

Un ensemble d’informations personnelles décrit moins un être humain en particulier qu’une relation entre des personnes

Les informations personnelles ne sont ni données, ni reflet idéal de la réalité: elles sont des artéfacts,  des objets fabriqués par des êtres humains en vue de la réalisation d’un objectif précis

Les conflits relatifs aux informations peuvent porter sur n’importe quelle dimension de leur production ou de leur utilisation
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Avant même qu’il soit diffusé, le film Les enfants du Palmarès de la réalisatrice Marie-Josée Cardinal fait déjà beaucoup parler. Ce documentaire sera présenté à la télévision sur Canal D le dimanche 18 octobre 2009 à 19h ainsi que le lundi le 19 octobre à 13h. Ce film traite des angoisses vécues chez plusieurs parents et enfants qui cherchent à réussir, coute que coute, l’accès à une place dans les écoles privées les plus cotées ainsi que ce qui arrive à ceux qui échouent ou réussissent d’y être admis.

Le palmarès du titre réfère au désormais Palmarès des écoles secondaires du Québec (ici en format PDF) publié depuis 10 ans par le magazine L’Actualité. C’est de ce tableau comparatif des écoles que je vais discuter ici.

Nous nous sommes donné au Québec la liberté de choisir pour nos enfants parmi un éventail d’écoles, programmes d’études et projets éducatifs. Un embarras du choix que j’ai vécu comme tout autre parent. Embarras que le Palmarès complique par ses faiblesses, mais surtout parce qu’il demeure l’unique guide comparatif grand public disponible.

J’utilise le Palmarès depuis sa création. Notamment lors de visites des écoles où je songeais à inscrire ma plus jeune. Le Palmarès offre une illustration particulièrement parlante pour des élèves de quatrième secondaire des rôles que les informations personnelles jouent désormais dans la vie informatisée des individus, organisations et sociétés. Car en échange de causeries visant à susciter l’intérêt pour des carrières scientifiques, des conseillères en orientations m’offraient accès au quotidien de leur école hors des mises en scène des journées portes ouvertes.

Partant du bulletin scolaire, j’expliquais aux élèves la société de l’information et l’importance des diverses disciplines techniques et scientifiques associées. Tout d’abord, comment des informations personnelles parlent rarement d’une personne en particulier, mais plutôt d’une relation entre plusieurs personnes. Ainsi, le bulletin ne parle pas que de l’élève, mais aussi de ses enseignants. Une direction peut donc utiliser les informations du bulletin pour évaluer le travail de ses enseignants, individuellement et collectivement.

Si visualisée plein écran, commander « autoplay » pour lancer

Compilées, ces informations des bulletins permettent également de produire des portraits par école, par commission scolaire, entre écoles ou entre commissions scolaires, pour le Québec ou entre pays. La petite animation incluse dans ce billet illustre comment. Ces différentes compilations d’informations permettent de constituer des portraits de la performance des élèves, des enseignants, des écoles, des commissions scolaires, d’un système scolaire, d’un pays. Ils structurent les discussions, les débats publics et la prise de décisions diverses. Notamment celle du choix d’une école secondaire.

Or, les bulletins, compilations et palmarès sont conçus en vue de réaliser des objectifs précis. Adéquatement produits pour une tâche, ils s’avèrent souvent défaillants pour une autre. En outre, il faut s’assurer que la production de ceux-ci ne nous coupent pas de la réalité même que nous souhaitons saisir. Lire la suite »

Catégories : Observations
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« Police prédictive » afin de stopper le crime avant qu’il ne soit commis

Brève : Du Lone Wolf Initiative de l’administration Obama contre les attentats politiques haineux en solo

ObservationsÉtiez-vous de ceux qui croyaient que le passage de Bush à Obama mettrait fin à la paranoïa alimentant l’usage de la surveillance ? Désolé. L’élection d’un président métis centriste est déjà beaucoup trop pour toute une frange d’extrémistes d’extrême droite racistes ou anti-étatiques qui, depuis, se déchainent en discours haineux et se ruent acheter des armes. Au point, que peu après l’investiture d’Obama, l’administration fédérale a lancé un programme visant à détecter les individus isolés qui voudraient passer aux actes, comme l’ont fait récemment les meurtriers d’un médecin du Kansas qui pratiquait des avortements ou d’un gardien de sécurité au musée de l’Holocauste à Washington.

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Cette opération, connue sous le nom de Lone Wolf Initiative, vise donc à repérer, non pas les organisations connues, mais les individus solitaires qui prépareraient en secret un attentat afin de les déjouer avant qu’ils ne s’exécutent. Objectif qui, selon certains, n’est pas sans rappeler le travail de police prédictive du Service de Précrime dans Rapport minoritaire, une nouvelle de Philip K. Dick qui faisait d’ailleurs dire à un de ses personnages que « la punition n’a jamais constitué une dissuasion efficace et apporte un fort mince réconfort à une victime déjà morte » (ma traduction). Cependant, au lieu de recourir à la voyance, le Lone Wolf Initiative recourt au maniement d’informations.

Selon les bribes obtenues par USA Today, cette opération impliquerait donc la collecte, l’analyse et le recoupement de dossiers. USA Today mentionne :

  • le réexamen de dossiers d’enquête existants sur le terrorisme afin d’identifier de nouveaux suspects;
  • le repérage et l’analyse des cas louches d’achats de matériel (tels engrais chimiques pouvant servir à la fabrication de bombes);
  • la vérification des listes de prisonniers à être libérés qui auraient d’éventuels liens avec des groupes extrémistes.

L’essentiel des activités est gardé secret. Cependant, on imagine aisément le recours à la surveillance de qui fréquente les sites web de groupes extrémistes ou de pages expliquant la préparation d’attentats ainsi que d’autres habitudes ou comportement prédites par la technique du profilage criminel. Mais profilage à rebours. Car ordinairement, on part des indices liés à l’acte criminel déjà commis dont on ne connaît pas l’auteur pour produire un profil sociopsychologique de personnalité compatible avec l’acte en question. En prévention, il s’agit du profil des personnes qui pourraient être susceptibles de commettre un type de crime donné parmi toute une série d’attentats imaginables (de l’attaque-suicide à l’assassinat à distance). L’immensité de l’éventail des possibles ouvre encore une fois la porte à la surveillance généralisée.

D’autant plus qu’ici, la frontière entre le profilage criminel et le profilage politique demeure poreuse et aisée à franchir. Et qu’en outre, deux des exigences d’un travail de « police prédictive » sont la mise sous surveillance de larges groupes de la population ainsi que la préservation du secret sur les sources d’informations et la nature des traitements effectués sur ces dernières. Il devient alors difficile de vérifier l’efficacité et la nécessité des opérations en regard de leur étendue.

La prévention à l’égard d’actions d’organisations criminelles ou étatiques est plus ou moins possible par des méthodes classiques ciblées de renseignement, d’espionnage, d’infiltration et d’incitation à la délation. Autant de méthodes sans grande efficacité à l’égard d’individus se préparant isolément et discrètement. D’où l’idée de recourir plutôt à des méthodes d’identification et surveillance d’« individus à risque » ou de comportements louches qu’il serait impossible d’employer si nous ne vivions pas déjà dans une société de l’information informatisée où partout se retrouvent des dossiers et des registres qu’on peut obtenir, échanger, coupler et traiter à l’aide de machines facilitant le travail intellectuel de centaines d’analystes policiers.Tablette d'écriture cunéiforme

Catégories : Brèves, Observations
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Des sondages électoraux fiables comme garantie de paix sociale

Ou comment leur absence en Iran a probablement permis le déclenchement de la crise politique actuelle

ObservationsNotions abordées : Les informations personnelles permettent un formidable accroissement des connaissances sur les individus, les groupes et les sociétés.

Les informations  sont à la fois sources et objets de conflit.

Au Canada, les sondages électoraux sont si fiables, indépendants et surtout si concordants que plusieurs trouvent qu’on en publie beaucoup trop. Mais cette redondance ne serait-elle pas précisément une garantie de paix sociale malgré un électorat divisé ?

En Iran, les sondages électoraux sont remarquablement peu fiables, souvent censurés et se contredisent systématiquement les uns les autres au point que c’en est caricatural. Je n’ai aucune expertise de la politique, ni de l’histoire de l’Iran. Cependant, celle que j’ai du rôle social des systèmes d’informations sur les individus et les populations me pousse à affirmer ce qui suit : si le peuple et les élites politiques iraniennes avaient partagé et admis la même image de l’état des opinions au sein de l’électorat, la présente crise politique avec ses convulsions, ses morts et sa répression ne se serait probablement jamais déclenchée comme on l’a connu.

Manifestation post-électorale à Téhéran

Soyons clair, il existe bien dans la population iranienne un fort et réel désir de réforme politique et social (un rare sondage fiable le démontre). Un historien démographe comme Emmanuel Todd répète depuis quelques années qu’avec un très fort taux d’alphabétisation, tout particulièrement chez les femmes qui ne font plus que deux enfants chacune en moyenne, l’Iran se dirige sûrement vers une forme ou une autre de désislamisation. Et à l’évidence, cette évolution profonde se bute à de puissantes institutions conservatrices qui n’hésitent pas à recourir à la répression. Une confrontation était probable. Cependant, il apparait que l’élément déclencheur de événements de ces jours-ci repose sur la méfiance envers deux types de maniement d’informations personnelles : les sondages d’opinion, au premier chef, et le scrutin électoral, par suite.

Ce malentendu apparait d’autant plus funeste dans ses conséquences du fait que, malgré les nombreux indices d’irrégularités et de fraudes électorales, il est possible qu’en définitive, les résultats publiés de l’élection présidentielle favorisant Ahmadinejad sur Mousavi correspondaient à la volonté réelle d’une majorité de l’électorat iranien. Lire la suite »

Catégories : Observations
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