Vivre entre les lignes
À partir de faits d’actualité ou de la vie quotidienne, ce carnet explore comment des informations, des programmes et des machines organisent nos relations avec les autres êtres humains, les organisations et même la société tout entière. Car, par-delà la compréhension de la société de l’information dans laquelle nous évoluons, il nous faut apprendre à y vivre et à en influencer démocratiquement les développements.
In Brief: About Obama Administration’s Lone Wolf Initiative against Solo Hate Attacks
Were you among those who believed that the transition from Bush to Obama would put an end to the paranoia fuelling ever increasing surveillance? Sorry. The election of a centrist president of mixed ancestry is way too much for many amongst racist or anti-state right-wing extremist fringes who, since, raged in hate speech and rushed to buy weapons. So much that, shortly after Obama’s inauguration, the federal administration launched a program to detect isolated individuals who want to resort to violence, as have recently done the killers of a Kansas physician who practiced abortions or of a security guard at the Holocaust Memorial Museum in Washington.

This operation, known as Lone Wolf Initiative, aims, not at known organizations, but rather at isolated individuals who could secretly be preparing an attack in order to thwart them before they act. An objective that some say is reminiscent of the predictive policing of the Precrime department in The Minority Report, Philip K. Dick’s novel in which one character says that “punishment was never much of a deterrent and could scarcely have afforded comfort to a victim already dead”. However, instead of relying on clairvoyance, Lone Wolf Initiative handles personal information.
According to the few bits obtained by USA Today, this operation would involve records’ collection, analysis and cross-referencing. USA Today mentions:
- review of existing investigation files on terrorism in order to identify new suspects;
- detection and analysis of suspicious purchases (such as of chemical fertilizers that can be used to make a bomb);
- checking lists of prisoners to be released who could have links with extremist groups.
Details are kept secret. However, it is easy to imagine use of surveillance about who visit websites of extremist groups or pages explaining how to plan attacks as well as other habits or behaviours predicted by offender profiling techniques. But with some kind of “reverse profiling”. Indeed, offender profiling usually starts from the clues about an already committed crime of unknown origin to produce a social and psychological personality profile consistent with the conduct. In preventive policing, the profile is of people who might commit one among many imaginable assaults (from direct suicide attacks to assassination attempt made from a distance). The sheer size of the range of possibilities opens again the door to widespread surveillance.
Especially in such cases, the boundary between criminal and political profiling remains porous and easy to cross. Moreover, two of the requirements of “predictive policing” are the surveillance of many people and the preservation of secrecy about the information sources and the kinds of processing performed on it. Thus, it becomes difficult to democratically verify the necessity, scope and effectiveness of these operations.
Prevention against actions of criminal or state organizations is more or less possible by conventional methods of targeted intelligence, espionage, infiltration and use of informers. All methods that are ineffective with lone individuals. Hence the idea of using alternative methods for identification and monitoring of suspicious behaviours as well as of individuals who represent a risk. All means that would be impossible to envision if we did not already live in a computerized information society in which there are files and records to be found everywhere and thus can be obtained, matched and processed by machines facilitating the intellectual work of hundreds of police investigators and analysts.
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Mots clés: Add new tag, Information: source of knowledge, Police, Profiling, USA
Brève : Du Lone Wolf Initiative de l’administration Obama contre les attentats politiques haineux en solo
Étiez-vous de ceux qui croyaient que le passage de Bush à Obama mettrait fin à la paranoïa alimentant l’usage de la surveillance ? Désolé. L’élection d’un président métis centriste est déjà beaucoup trop pour toute une frange d’extrémistes d’extrême droite racistes ou anti-étatiques qui, depuis, se déchainent en discours haineux et se ruent acheter des armes. Au point, que peu après l’investiture d’Obama, l’administration fédérale a lancé un programme visant à détecter les individus isolés qui voudraient passer aux actes, comme l’ont fait récemment les meurtriers d’un médecin du Kansas qui pratiquait des avortements ou d’un gardien de sécurité au musée de l’Holocauste à Washington.

Cette opération, connue sous le nom de Lone Wolf Initiative, vise donc à repérer, non pas les organisations connues, mais les individus solitaires qui prépareraient en secret un attentat afin de les déjouer avant qu’ils ne s’exécutent. Objectif qui, selon certains, n’est pas sans rappeler le travail de police prédictive du Service de Précrime dans Rapport minoritaire, une nouvelle de Philip K. Dick qui faisait d’ailleurs dire à un de ses personnages que « la punition n’a jamais constitué une dissuasion efficace et apporte un fort mince réconfort à une victime déjà morte » (ma traduction). Cependant, au lieu de recourir à la voyance, le Lone Wolf Initiative recourt au maniement d’informations.
Selon les bribes obtenues par USA Today, cette opération impliquerait donc la collecte, l’analyse et le recoupement de dossiers. USA Today mentionne :
- le réexamen de dossiers d’enquête existants sur le terrorisme afin d’identifier de nouveaux suspects;
- le repérage et l’analyse des cas louches d’achats de matériel (tels engrais chimiques pouvant servir à la fabrication de bombes);
- la vérification des listes de prisonniers à être libérés qui auraient d’éventuels liens avec des groupes extrémistes.
L’essentiel des activités est gardé secret. Cependant, on imagine aisément le recours à la surveillance de qui fréquente les sites web de groupes extrémistes ou de pages expliquant la préparation d’attentats ainsi que d’autres habitudes ou comportement prédites par la technique du profilage criminel. Mais profilage à rebours. Car ordinairement, on part des indices liés à l’acte criminel déjà commis dont on ne connaît pas l’auteur pour produire un profil sociopsychologique de personnalité compatible avec l’acte en question. En prévention, il s’agit du profil des personnes qui pourraient être susceptibles de commettre un type de crime donné parmi toute une série d’attentats imaginables (de l’attaque-suicide à l’assassinat à distance). L’immensité de l’éventail des possibles ouvre encore une fois la porte à la surveillance généralisée.
D’autant plus qu’ici, la frontière entre le profilage criminel et le profilage politique demeure poreuse et aisée à franchir. Et qu’en outre, deux des exigences d’un travail de « police prédictive » sont la mise sous surveillance de larges groupes de la population ainsi que la préservation du secret sur les sources d’informations et la nature des traitements effectués sur ces dernières. Il devient alors difficile de vérifier l’efficacité et la nécessité des opérations en regard de leur étendue.
La prévention à l’égard d’actions d’organisations criminelles ou étatiques est plus ou moins possible par des méthodes classiques ciblées de renseignement, d’espionnage, d’infiltration et d’incitation à la délation. Autant de méthodes sans grande efficacité à l’égard d’individus se préparant isolément et discrètement. D’où l’idée de recourir plutôt à des méthodes d’identification et surveillance d’« individus à risque » ou de comportements louches qu’il serait impossible d’employer si nous ne vivions pas déjà dans une société de l’information informatisée où partout se retrouvent des dossiers et des registres qu’on peut obtenir, échanger, coupler et traiter à l’aide de machines facilitant le travail intellectuel de centaines d’analystes policiers.
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Mots clés: États-Unis, Informations : sources de connaissances, Police, Profilage