Le 30 septembre 2008

Parfois quand on pense à ces hordes qui ont brûlé les livres et les bibliothèques, qui ont saccagé les monuments et les chefs d'oeuvre artistiques, qui ont tué les libres penseurs, emprisonné les poètes, qui ont diabolisé, condamné au bûcher les créatifs, créateurs et tous les catalyseurs de la puissance du rêve collectif comme individuel, nous avons honte de l'histoire.

Aujourd'hui les hordes ne sont pas si sauvages que cela paraît, elles n'ont ni le visage de Gengis khan, de Tamerlan ni des Vandales, Huns et autres tribus conquérantes. Elles n'ont ni le goulag ni les camps de rééducation ni les steppes de l'Afghanistan.

Les hordes sont parmi nous et elles dansent.

J'ai honte des coupures dans la culture. J'ai honte que les subventions montent en ascenseur et en volumes aux multinationales comme les pétrolières alors qu'elles prennent le chemin du grenier du souvenir pour la culture.

J'ai honte de ces politiques mesquines mais j'ai encore plus honte de l'indifférence et de l'ignorance de ceux et celles qui par leur silence appuient l'idée que la culture et les artistes ne sont que de trop.

La danse des barbares

Comme écrivain et poète québécois, comme Sherbrookois, je sais la dèche des auteurs. Je sais que tous les artistes n'ont pas la télévision qui vient filmer leur salon. Je sais et pourtant dans le mémoire que j'ai rédigé au nom l'Association des Marocaines et des Marocains de l'Estrie, j'ai beaucoup insisté sur la culture comme vecteur fédérateur de l'identité nationale.

Je crois toujours que la culture est cet espace qui nous permet les attaches, la définition de soi dans ses propres termes, le rêve commun qui fait notre personnalité collective et surtout l'altérité qui caractérise nos spécificités.

Aujourd'hui j'ai honte car je ne peux répondre à la question : Quelle culture veut-on?

Moi comme artiste et comme citoyen issu de l'immigration, je ne peux souffrir la montée de la droite populiste car je refuse de devenir doublement marginal.

Les barbares sont parmi nous et ils ne viennent pas tous d'Ottawa.

Ils dansent dans leurs rires étouffés par un rictus malsain. Le vrai gâchis, certain.

 

Majid Blal,

Romancier, poète, chroniqueur et étudiant en Maitrise en Médiation Interculturelle