Le recyclage tel qu'on le connaît (bacs verts, contenants en plastique, papier) n'a pas fait disparaître notre habitude à consommer de façon souvent outrancière. Ainsi, de plus en plus d'initiatives naissent et font apparaître un recyclage nouveau genre, qui gagne en popoularité, celui qui incite à réutiliser des objets usagés pour en créer de nouveaux. Mais en réalité, le recyclage nouveau genre nous ramène aux pratiques de nos grand-parents, que la pauvreté forçait à tout réutiliser, comme le font encore beaucoup ceux qui vivent actuellement dans des pays économiquement pauvres.
Grain de sable dans cet engrenage qui fait avancer à grande vitesse la société de consommation? Et si le recyclage nouveau genre était plutôt une façon écologique d'intégrer un peu de créativité dans nos vies? Une chose est sûre, la plupart des recycleurs extrêmes s'entendent pour dire qu'ils découvrent de véritables trésors dans nos déchets.
Rencontre avec Karel Ménard, du Front Commun Québécois pour une gestion écologique des déchets, qui nous explique les quatre principes fondamentaux de l'organisation. Il détaille également la crise du recyclage, dévaluation de la matière première récupérée, à la lumière de ces quatre principes.
Bravo Maryse, tu as beaucoup de talent. Tes questions et commentaires étaient très pertinents. Continue dans cette voie et persévère, toutes les portes te seront ouvertes pour une belle carrière en communication .
Les matières résiduelles sont encore trop souvent traitées comme une réalité qu'on ne veut pas voir. Nous sommes collectivement dans le déni de l'existence de nos déchets. Par définition on veut s'en débarrasser, et sourtout que quelqu'un le fasse pour nous, afin de les transporter hors de notre vue. Les gestionnaires de site d'enfouissement profitent de cette situation, mais nous subissons collectivement la dégradation de notre environnement parce qu'on ne veut pas voir que nos matières résiduelles existent.
Pour briser ce constat de déni, il faut voir nos matières résiduelles plus souvent et constater qu'il s'agit bien d'une richesse collective et non d'un problème collectif. Zéro enfouissement devrait être la norme partout. En comparaison à l'industrie minière, on investit des fortunes dans des mines à tourner la terre à l'envers pour quelques métaux trouvés à l'autre bout du monde et on ajoute à ça une fortune en énergie et en moyens de transformation pour raffiner ces métaux.
Nos piles d'ordures sont les plus grandes mines à ciel ouvert de l'histoire de l'humanité et on ne le réalise pas encore. C'est le drame de l'aveuglement du déni de nos rejets, une sorte de déviance psychologique qui remonte à l'enfance et qui nous laisse croire qu'en actionnant la chasse d'eau on peut faire disparaître nos restes indésirables.
En agriculture c'est le même problème. Le portrait de la situation était pourtant clair: depuis des lustres nous acheminons les produits de l'agriculture vers les villes et nous brûlons ou empilons dans un grand trou les restes qui pouvaient être utiles à l'agriculture.
D'un grand mouvement orchestré nous prenons à la terre d'un côté et nous remplissons un grand trou de l'autre. L'effet à long terme de ce ballet incohérent ne peut résulter qu'en l'épuisement des terres agricoles. Pour compenser ce déséquilibre majeur on ajoute un pansement sur la plaie béante des terres agricoles à grand coups d'engrais à base de pétrole, de potasse, de phosphate et d'azote afin de maintenir les terres aux soins intensifs. Les résultats de ces traitements de soutien artificiel à la production agricole nous en sentons les effets partout dans notre quotidien, y compris dans les rejets directs à l'environnement qui contribuent largement à la prolifération des cyanobactéries.
Pour ajouter à l'incohérence nous utilisons encore plus de pétrole pour transporter les matières résiduelles vers le grand trou auquel elles sont en général destinées. La valorisation biologique serait à tout le moins le point de départ vers la réduction de l'effet pervers du drainage des ressources agricoles vers les sites d'enfouissement.
On pourra bientôt songer à redonner à l'agriculture un engrais de qualité qui réduira d'autant la dépendance au pétrole du cycle de nutrition humain.
J'ai eu la chance de visiter des installations de compostage local sur site en Suède ou l'on pratique depuis 20 ans une récupération systématique des résidus compostables par des composteurs de type Big Hanna. Ils n'ont même pas besoin des camions de transport de matières résiduelles pour le compost puisque les volumes sont réduits de 90%. Les écoles, les hôpitaux, les cafétérias, les restaurants, les hôtels et les habitations sont autant d'endroits où les matières compostables sont traitées à la source pour une fraction du coût d'enfouissement et de transport. L'effet de réduction des gaz à effet de serre est aussi impressionnant: au moins une tonne et demi de gaz à effet de serre évités par tonne de matières résiduelles compostées.
Il s'agit d'un bilan qu'on ne peut pas ignorer, la réussite des Suédois par l'implantation de nombreux appareils de compostage local a permis de changer radicalement leur bilan de traitement des matières résiduelles. Sans grosses usines, sans transports encombrant et polluant et en fournissant une économie d'échelle pour les frais de traitement des matières résiduelles, sachons nous inspirer de cette réussite.
Commentaires
Entrevue avec Karel Ménard
by Jacques Laliberte
ven, 27/02/2009 - 19:00
Bravo Maryse, tu as beaucoup de talent. Tes questions et commentaires étaient très pertinents. Continue dans cette voie et persévère, toutes les portes te seront ouvertes pour une belle carrière en communication .
Enfouissement zéro
by Claude Beaulé, ing.
mer, 25/02/2009 - 06:30
Félicitations pour l'entrevue avec Karel Ménard,
Les matières résiduelles sont encore trop souvent traitées comme une réalité qu'on ne veut pas voir. Nous sommes collectivement dans le déni de l'existence de nos déchets. Par définition on veut s'en débarrasser, et sourtout que quelqu'un le fasse pour nous, afin de les transporter hors de notre vue. Les gestionnaires de site d'enfouissement profitent de cette situation, mais nous subissons collectivement la dégradation de notre environnement parce qu'on ne veut pas voir que nos matières résiduelles existent.
Pour briser ce constat de déni, il faut voir nos matières résiduelles plus souvent et constater qu'il s'agit bien d'une richesse collective et non d'un problème collectif. Zéro enfouissement devrait être la norme partout. En comparaison à l'industrie minière, on investit des fortunes dans des mines à tourner la terre à l'envers pour quelques métaux trouvés à l'autre bout du monde et on ajoute à ça une fortune en énergie et en moyens de transformation pour raffiner ces métaux.
Nos piles d'ordures sont les plus grandes mines à ciel ouvert de l'histoire de l'humanité et on ne le réalise pas encore. C'est le drame de l'aveuglement du déni de nos rejets, une sorte de déviance psychologique qui remonte à l'enfance et qui nous laisse croire qu'en actionnant la chasse d'eau on peut faire disparaître nos restes indésirables.
En agriculture c'est le même problème. Le portrait de la situation était pourtant clair: depuis des lustres nous acheminons les produits de l'agriculture vers les villes et nous brûlons ou empilons dans un grand trou les restes qui pouvaient être utiles à l'agriculture.
D'un grand mouvement orchestré nous prenons à la terre d'un côté et nous remplissons un grand trou de l'autre. L'effet à long terme de ce ballet incohérent ne peut résulter qu'en l'épuisement des terres agricoles. Pour compenser ce déséquilibre majeur on ajoute un pansement sur la plaie béante des terres agricoles à grand coups d'engrais à base de pétrole, de potasse, de phosphate et d'azote afin de maintenir les terres aux soins intensifs. Les résultats de ces traitements de soutien artificiel à la production agricole nous en sentons les effets partout dans notre quotidien, y compris dans les rejets directs à l'environnement qui contribuent largement à la prolifération des cyanobactéries.
Pour ajouter à l'incohérence nous utilisons encore plus de pétrole pour transporter les matières résiduelles vers le grand trou auquel elles sont en général destinées. La valorisation biologique serait à tout le moins le point de départ vers la réduction de l'effet pervers du drainage des ressources agricoles vers les sites d'enfouissement.
On pourra bientôt songer à redonner à l'agriculture un engrais de qualité qui réduira d'autant la dépendance au pétrole du cycle de nutrition humain.
J'ai eu la chance de visiter des installations de compostage local sur site en Suède ou l'on pratique depuis 20 ans une récupération systématique des résidus compostables par des composteurs de type Big Hanna. Ils n'ont même pas besoin des camions de transport de matières résiduelles pour le compost puisque les volumes sont réduits de 90%. Les écoles, les hôpitaux, les cafétérias, les restaurants, les hôtels et les habitations sont autant d'endroits où les matières compostables sont traitées à la source pour une fraction du coût d'enfouissement et de transport. L'effet de réduction des gaz à effet de serre est aussi impressionnant: au moins une tonne et demi de gaz à effet de serre évités par tonne de matières résiduelles compostées.
Il s'agit d'un bilan qu'on ne peut pas ignorer, la réussite des Suédois par l'implantation de nombreux appareils de compostage local a permis de changer radicalement leur bilan de traitement des matières résiduelles. Sans grosses usines, sans transports encombrant et polluant et en fournissant une économie d'échelle pour les frais de traitement des matières résiduelles, sachons nous inspirer de cette réussite.
Claude Beaulé, ing.
Vertal inc.
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