Francisco et sa famille vivent dans une paisible communauté riveraine du Tapajós, un important affluent du fleuve Amazone situé au sud de la ville de Santarém, en Amazonie brésilienne. Comme de nombreux autres migrants, Francisco est arrivé dans la région après avoir obtenu du gouvernement brésilien un petit lot de terre à exploiter. À la suite de l’adoption d’une série de mesures gouvernementales visant à « donner des terres sans hommes à des hommes sans terre », des milliers de familles ont depuis les années 60 migré vers l’Amazonie afin de s’établir sur des petites fermes familiales. Parti du Nord-Est, où la faim et la pauvreté sévissent en raison de la sécheresse chronique, Francisco doit maintenant s’adapter à son nouvel environnement.

Comme plusieurs colons amazoniens, Francisco doit s’improviser agriculteur afin de bénéficier de ce que son nouveau milieu peut lui offrir. Par la force des choses, il a appris à travailler la terre et à cultiver le manioc (une des plantes les plus consommées dans la région), le maïs, le riz et les fèves. Avant chaque saison des pluies, avec l’aide de ses fils, il défriche quelques hectares de forêt avant de mettre le feu aux arbres morts. Les cendres issues de la végétation brûlée sont très riches. En tombant au sol, elles rendent la terre plus fertile. Grâce à cette technique (l’agriculture sur brûlis), Francisco peut transformer sa forêt en de précieux champs agricoles qui lui permettent de nourrir sa famille. Toutefois, en raison de la pauvreté naturelle des sols de l’Amazonie, Francisco ne peut cultiver sur la même parcelle plus de deux ou trois ans. Très vite, lorsque la terre s'épuise, il n'a d'autre choix que de couper et de brûler davantage de forêt pour retrouver un sol exploitable.
Déboisement par brûlis et exposition au mercure en Amazonie
Tout en étant à la base de l’économie de plusieurs communautés de l’Amazonie, le déboisement par brûlis représente un risque pour la santé des habitants de la région ainsi que pour la qualité de leur environnement. En plus d’entraîner d’importantes émissions de gaz à effet de serre, d’affecter le régime des pluies et de causer une perte de biodiversité, la déforestation est liée à la pollution des cours d’eau amazoniens.
Des recherches effectuées par une équipe de chercheurs canadiens et brésiliens ont démontré la relation entre le déboisement, la baisse du niveau de mercure naturel des sols et la présence de ce contaminant dans les écosystèmes aquatiques. Dans le sol, le mercure existe sous une forme peu nocive pour la santé. Par contre, une fois dans les cours d’eau, il est transformé par des bactéries du milieu en un composé toxique, le méthylmercure, facilement absorbable par les poissons et les autres organismes vivants. En raison de la grande consommation de poisson des populations amazoniennes, ce mercure se retrouve quotidiennement dans l’assiette des familles locales.
Du projet Caruso au projet PLUPH
L’équipe du
projet Caruso (prédécesseur du projet Poor Land Use, Poor Health) a examiné la relation entre l’usage du territoire et l’exposition au mercure dans la région du Tapaj
ós pendant plus de dix ans. Auparavant, les chercheurs d’or ─qui utilisent d’importantes quantités de mercure pour récupérer le minerai─ étaient considérés comme étant les principaux responsables de la contamination des cours d’eau par le mercure. Mais les recherches de l’équipe du projet Caruso ont plutôt montré que, dans la région du Tapajós, 95 % du mercure qui est libéré dans l’écosystème est lié au déb
oisement.
Le mercure est un problème de taille en Amazonie en raison de sa forte présence dans les sols de la région et de la hausse de la déforestation au cours des dernières décennies. De plus, la dépendance des communautés amazoniennes à la consommation de poisson aggrave la situation.
La réduction du déboisement est, pour certains, une des solutions au problème de la contamination par le mercure. Mais dans une région où l’agriculture sur brûlis est véritablement un moyen de survie, il est essentiel d’aborder la situation en tenant compte des particularités environnementales et sociales des populations locales. Par exemple, il est possible d’amener les riverains à diminuer leur exposition au mercure en les encourageant à consommer des poissons qui ne mangent pas d’autres poissons (et qui sont donc moins contaminés). Aussi, un soutien aux agriculteurs pour l'amélioration de la gestion de leurs terres contribue à réduire leur besoin de déboiser. C’est dans cette optique que les chercheurs du projet Poor Land Use, Poor Health (PLUPH) travaillent à l’implantation et à l’étude de plantations agro-forestières dans des communautés du Tapajós.
Cependant, malgré l’importance des actions au plan local, le cœur du problème est lié au système global de répartition et d’utilisation des terres en Amazonie. La marge de manœuvre des riverains comme Francisco et sa famille est souvent bien mince. Un réel soutien des décideurs politiques est donc essentiel à l’amélioration de la qualité de vie des colons amazoniens ainsi qu’à la préservation de leur environnement.
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