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Santé et pauvreté : entre l'héroïsme et la dépression
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Comme beaucoup d'autres médecins, j'ai grandi dans le milieu de la petite bourgeoisie canadienne-française, sous l'oeil attentif d'une mère informée, elle-même supervisée par le pédiatre de la famille. Je connaissais de la pauvreté ce que l'Église catholique voulait bien en dire, assez mince bagage pour une pratique débutée en milieu défavorisé.
J'ai eu beaucoup à apprendre. Après cinq ans de travail, j'ai enfin compris que le manque d'argent cause un stress chronique qui sape toutes les énergies. Et il en faut de l'énergie à 17 ans pour s'occuper seule d'un enfant normal, imaginons ce que demande un enfant malade d'otites à répétition... Entre l'héroïsme et la dépression, les mères pauvres naviguent dans un monde exigeant. La télévision leur montre ce qu'elles n'auront pas. La radio des lignes ouvertes les accable. Parfois les miracles arrivent, par l'entremise des groupes communautaires ou des services publics, miracles souvent fragiles.
La pauvreté ne vient pas toute seule. Un enfant pauvre risque davantage d'être malade, bien sûr, mais aussi d'avoir des problèmes scolaires, de décrocher de l'école, d'accoucher à l'adolescence, de se retrouver en situation de pauvreté à l'âge adulte et de mourir jeune. On sait maintenant que les privations précoces s'inscrivent dans la biologie des enfants et entraînent des conséquences à long terme aussi surprenantes qu'une augmentation du diabète ou des maladies cardiovasculaires.
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