Durant le mois de mai mon projet documentaire a émergé naturellement dans le style cinéma-vérité. Cependant le mois de juin fut très décevant. L'esprit du programme Essor a plongé dans l'apathie et tout l'esprit de groupe a évolué vers le pire.

À la surprise générale, l'unique poste d'enseignant pour l'an prochain (à la suite des coupes) au programme Essor a été accordé non à Nicole mais à Pierre.

Nicole, âgée de 53 ans a vécu cette année un divorce après 35 ans de mariage et 4 enfants. Elle vient tout juste d'acheter un condo près du collège et voulait se remettre financièrement sur ses pieds durant ses dernières années d'enseignement à Samuel-Genest. Non seulement elle n'a pas eu le poste Essor, mais elle a raté la date limite pour poser sa candidature à l'école. Le seul poste possible, pour elle, est à l'école Béatrice-Desloges. Ne pouvant s'offrir une voiture, Nicole a fait le trajet à vélo (deux heures et demie) pour évaluer cette option. Résultat : elle doit vendre son condo et tout recommencer à Orléans.

Toutes ces tensions ont entraîné un froid entre Pierre et Nicole et l'esprit des trois classes s'est retrouvé perturbé. Le tout s'est déroulé si rapidement... que seul le visionnement de mon matériel me permettra de comprendre où se situent ces changements de juin dans ma démarche.

Témoin de ces bouleversements, je devais prendre des distances. Nicole était devenue une amie. Elle pleurait, me parlait de sa solitude, de son découragement face à l'enseignement. « S'il vous plaît Andrée, filme pas ça! » J'éteignais ma caméra, par respect.

Une confusion et une incertitude se sont installées. Entre ce que j'ai filmé et ce que je n'ai pas filmé... J'ai filmé les tensions, mais je ne veux que cette chicane devienne le sujet du film, ni la vie personnelle des enseignants. Inconfortable comme position.

Néanmoins, j'ai filmé de beaux moments. Les élèves qui déménagent les plantes de Nicole, la remise de diplôme de John Dale, les enseignants qui font leurs boîtes pour la fin de l'année, les étudiants qui terminent leurs cours.

J'ai bien hâte de voir ce projet dans son ensemble afin de découvrir de nouvelles pistes, de nouveaux thèmes. Ça sera bien de visionner le tout à un mois de distance du projet.

De plus, j'ai observé qu'en travaillant seule, j'ai beaucoup moins de distance. Le collège devient ma gang avec les avantages et les inconvénients. Au mois de mai, j'avais choisi de m'installer aux côtés de Nicole, puisqu'elle était le point central des jeunes. Il y avait toujours quelque chose d'intéressant qui se passait dans sa classe. Cependant, à la suite des décisions administratives, cette approche fut problématique. C'était très difficile pour moi de filmer Nicole qui tombait en morceaux et que les jeunes évitaient le plus possible.

Avec tout ces défis, je me suis épanouie dans le cadre du Projet citoyen. Une expérience inoubliable qui m'a poussée dans ma réflexion professionnelle et qui a grandement nourrit mon autre film en production Les jeunes de la Couronne. Je compte écrire un dernier journal de bord à la fin du visionnement qui résumera mes réflexions et l'ensemble de mon travail. Ce fut un projet risqué et expérimental! À suivre...