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Afrique circassienne
Ouagadougou - La capitale du Burkina Faso est un four. Vers sept heure du matin, une motocyclette orange métallique s'engouffre dans le ventre du monstre urbain qui fume et gronde déjà. La circulation est dense et chaotique. Marie-Hélène Lemieux se faufile vers le centre de formation de Cirque du Monde avant que la chaleur ne devienne étouffante et que les particules de sable ne saturent l'air. Une dizaine de jeunes artistes de cirque l'y rejoignent. Ils viennent apprendre de la conseillère en cirque social.
Entre Stoke et Ouaga
Marie-Hélène vient de Stoke, un petit village en bordure de Sherbrooke. Les jeunes artistes, eux, viennent du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, du Bénin et du Ghana.
Ces jeunes jouent le rôle de multiplicateur d'un modèle de réinsertion sociale. C'est-à-dire qu'avant de devenir les formateurs du programme Cirque du Monde, ils ont eux-mêmes erré dans les rues des bidonvilles ouest africains où ils sont nés. L'apprentissage du cirque les a sortis de là. Maintenant, ils sont à Ouagadougou pour montrer aux enfants de la rue l'entraide, l'estime et l'acceptation de soi, la persévérance et l'expression des émotions à travers l'apprentissage des techniques de cirque.
«Certains sont issus de milieux très défavorisés et ils s'en sont sortis par leur passion pour le cirque. Maintenant, ils représentent l'émergence du cirque africain. Je dirais même que ce sont probablement les piliers du cirque de demain », prédit la conseillère en cirque social. Engagée par Oxfam Québec depuis le mois d'octobre 2004, la coopérante de 25 ans sait de quoi elle parle. Elle a commencé la pratique de son art à l'âge de 11 ans. Elle s'est rapidement spécialisée dans le cirque aérien, particulièrement les anneaux, ainsi que les techniques de main à main. C'est justement cette technique qu'elle est venu montrer aux formateurs de cirque du Monde de Ouagadougou.
Destination : métissage
Tôt dans sa carrière, elle a privilégié l'enseignement. « Même si je donne toujours des spectacles, je retire davantage de satisfaction à former les jeunes artistes qu'à donner mes tripes sur scène.
» Cette passion l'a conduit à faire un stage de six mois auprès de cirque du monde au Honduras. Mais c'est l'Afrique qui l'intéressait depuis le début. « La culture des différents peuples d'Afrique est très forte. Leurs danses et leurs musiques m'ont toujours attirée et inspirée ». Marie-Hélène l'avoue sans gêne, elle est venue s'imprégner de la culture ouest africaine et de ses gens. « La création ne se fait pas en vase clos. L'artiste a besoin de nourriture. En ce moment, l'Afrique me comble ».
Elle conçoit son travail de coopérante internationale comme un échange artistique plutôt qu'une interaction à sens unique. Car les jeunes africains qu'elle forme s'imprègnent eux aussi de la faæon de faire du cirque au Québec. « Ils ont tous vu les spectacles du Cirque du Soleil à la télévision. Ils rêvent d'en faire partie. Je cherche à leur montrer comment s'en inspirer tout en y incorporant des éléments culturels africains. Ils doivent développer leur cirque à eux, exprimer leur histoire à travers leur art ». L'échange a une destination finale, un objectif ultime : le métissage entre les influences québécoises et les particularités locales dont chacun des jeunes artistes est le vecteur.
«Ils commencent à se rendre compte que le public réagit fortement aux numéros qui s'inspirent du quotidien des gens d'ici. Quand Lamil fait tourner le grand bol de riz sur son doigt ou que Sami fait des acrobaties sur le bâton magique, le public se reconnaît dans le spectacle. » La musique du spectacle présenté devant les délégations réunies pour le Xe sommet de la Francophonie à la fin du mois de novembre reflète bien cette volonté de métissage. Les acrobates effectuaient leurs prouesses aux rythmes d'un djembé couplé des mélodies d'un synthétiseur et d'un balafon, ce grand xylophone burkinabé.
Il y a sept mois que le rideau est définitivement tombé et que les délégations de la Francophonie sont reparties. Marie-Hélène a repris les séances en petit groupe, en plus d'assurer la supervision du projet en général. Les formateurs sont retournés dans la rue pour recruter et former d'autres enfants. Car la finalité du programme de Cirque du Monde n'est pas d'encadrer des professionnels du cirque mais plutôt d'aider les jeunes défavorisés à donner un sens à leur vie de survie, dans les plus grands bidonvilles de notre planète.















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