Je réaliserai chaque mois un court documentaire oscillant entre 5 et 10 minutes sur le thème de la lutte contre le déménagement du Casino de Montréal dans le quartier Pointe-Saint-Charles, situé dans l'arrondissement du sud-ouest. Cette saga du déménagement du casino nous fera découvrir une lutte sociale en devenir et nous permettra aussi de comprendre comment se bâtit la résistance citoyenne.

Depuis les années 70, Pointe-Saint-Charles semble être devenu un incubateur de la résistance. Les gens du quartier ont appris ensemble à résister à une panoplie de projets proposés par divers paliers gouvernementaux, qui ne cadrent pas avec les besoins de la population locale. Les habitants ont empêché le maire Drapeau de développer l'Expo 67 dans leur quartier. On a aussi empêché qu'une autoroute se développe au c?ur même du quartier sur la rue Hibernia et on a freiné la gentrification en développant les coopératives d'habitation. Aujourd'hui, c'est ici qu'on en retrouve la plus grande concentration au Canada. C'est aussi au prix de luttes citoyennes que le transport en commun est arrivé dans le quartier. On résiste, mais on propose aussi des alternatives. C'est ici qu'est née la première clinique communautaire, l'ancêtre des CLSC. Plus récemment, la Table de Concertation Action Gardien, qui rassemble 25 groupes communautaires du quartier, est en train de faire valoir auprès de la ville un mécanisme de participation démocratique : l'opération populaire d'aménagement (OPA). Ce dispositif permettrait à la population de travailler avec le Conseil d'arrondissement sur les questions d'aménagement du quartier.

Bien sûr, les groupes et les personnes qui s'opposent au déménagement du Casino dans leur quartier ont leur propre vision des choses. C'est ce que l'on découvrira au cours des différents épisodes qui apparaîtront chaque mois sur le site Internet de Parole citoyenne. Il y aura sûrement un portrait du Club de l'âge d'or, du collectif du journal de quartier La Rue Brique, du regroupement de La pointe Libertaire, des regroupements de soutien aux familles et des sans-emploi, le Service d'aide juridique, etc. Contrairement à ce que l'on peut penser, Pointe-Saint-Charles est un quartier riche. Riche sur le plan de l'implication citoyenne et de la solidarité. Pour tous ceux et celles qui essaient de faire changer les choses dans leur ville et qui trouvent que la démocratie telle qu'elle est appliquée actuellement ne représente pas l'ensemble de la population, il y a beaucoup à apprendre de la mobilisation populaire qui existe dans « la Pointe ».

Je vois cette série de courts documentaires comme un outil mobilisateur. Je veux donner le goût aux gens de s'impliquer dans leur quartier. En fait, le déménagement du Casino devient en quelque sorte un prétexte pour s'introduire dans une lutte sociale, comprendre comment on livre bataille. Comprendre aussi ce qui pousse certaines personnes à consacrer une partie de leur temps libre à se faire entendre.

Ma caméra va tenter de s'immiscer au fil des mois à l'intérieur de ces groupes populaires et devenir complice de ces gens qui savent qu'il est possible d'agir sur la trajectoire du monde.

Le projet est exploratoire et expérimental. Je vais découvrir au même rythme que vous le quartier et cette lutte. Ordinairement, dans un documentaire classique, lorsque l'on fait le montage on a une vision d'ensemble du sujet, puisque que l'on a terminé le tournage, jugeant qu'on avait assez de matériel pour faire le film. Mais dans le cas présent, on ne sait pas ce que l'avenir nous réserve: je n'ai pas le recul habituel, je suis dans l'action. Je filme les évènements qui se déroulent pendant un mois donné et durant ce même mois je monte le court métrage et le réalise en fonction de ce qui s'y passe. Au cours des mois, ma perception des choses va changer, évoluer et ces changements se noteront à travers les différents films.

Je vous invite donc à suivre avec moi cette saga du Casino, à être témoin et peut-être acteur de cette lutte qui s'engage dans Pointe-Saint-Charles.