Janvier 2004 : à l'instigation de Shani Carter, organisatrice du Centre de ressources de la communauté noire, onze jeunes noirs de Montréal se réunissent et lancent le Projet R.E.E.L. - « Révolution par l'expression, l'éducation et le leadership ». Concrètement, ce projet, qui poursuit les nobles ambitions de favoriser la prise de conscience sociale, l'épanouissement collectif ainsi que le pouvoir des jeunes, allait culminer par la sortie d'un film documentaire entièrement réalisé par des jeunes. L'Office national du film du Canada, Emploi Québec, l'OQAJ et le Centre de ressources de la communauté noire ont fourni un cadre de formation et les ressources nécessaires pour donner le coup d'envoi au projet. Enhardis par les précieux conseils que leur ont prodigués les professionnels de l'ONF sur les techniques de production - allant de l'éclairage à la caméra, jusqu'aux entrevues et au montage, les jeunes étaient suffisamment outillés pour prendre en main la destinée de leur projet. Un mois ne s'était pas encore écoulé après le premier atelier de formation que le collectif avait déjà commencé à produire son documentaire. Réalisé dans un cadre décisionnel non hiérarchique et dans un juste partage des responsabilités inhérentes à la réalisation (cadre expérimental et novateur dans le monde de la réalisation!), ce film est le résultat d'une vision commune et unifiée. Chacun a enrichi le collectif de son lot de connaissances et d'expériences personnelles et a contribué de façon significative au produit fini.

Le tournage a été terminé en avril 2004. Le film, intitulé « Revolution Underground », constitue une source documentaire inspirante de changement social et d'activisme des jeunes dans les communautés de couleur. Se déplaæant en autobus, le collectif a fait deux mois de tournage, dont une semaine à New-York. Au cours de leur périple filmique, les jeunes ont interviewé d'autres jeunes de tous acabits, vibrants et motivés, dans leur milieu de vie respectif : Montréal, Kanawake, Harlem, Brooklyn et le Bronx. De l'activisme étudiant à l'art des graffitis et MC de Montréal, ce document exploratoire révèle les multiples facettes de la résistance contemporaine.

Après avoir mis la dernière main à leur documentaire, soit la phase 1 du projet, les jeunes ont entrepris la seconde phase : la diffusion de leur message. Le défi consiste désormais pour eux à pénétrer le monde des salles communautaires et des écoles secondaires dans tout le pays - particulièrement dans les communautés marginalisées - afin d'y projeter leur film et atteindre les jeunes pour qui le projet a été conçu. Le film ayant été produit avec cette optique particulière de diffusion (film de seulement 30 minutes pour une utilisation efficace dans un contexte de classe), les idées et les points de vue y sont intentionnellement articulés de façon concise pour servir d'entrée de jeu aux échanges en groupe. Idéalement, le film deviendra l'outil pédagogique par excellence dans le cadre d'ateliers et de discussions en classe. Catalyseur de discussion et de pensée critique, le film couvre un large éventail de sujets - à partir des enjeux planétaires tels que la mondialisation et la discrimination raciale jusqu'aux questions individuelles de responsabilité sociale et de relations interpersonnelles. Pendant que le collectif se prépare à animer lui-même ces ateliers, il travaille à l'élaboration d'un guide pédagogique qui pourrait s'avérer utile à d'autres jeunes qui aimeraient utiliser le film à ces mêmes fins.