Peut-on poser une question sur le racisme au Québec sans provoquer un tremblement de terre, sans être taxé de paranoïaque et surtout sans se révéler raciste soi-même? Le malaise que ça provoque ne motive personne à trop en parler. Moi-même, je n'accepte pas que certains immigrants voient du racisme partout. Je refuse qu'on utilise le racisme comme prétexte pour justifier un manque de volonté de s'intégrer. Pire que l'ignorance, c'est le manque de curiosité des uns envers les autres qui fabrique des comportements racistes.

Je suis Musulman. Je ne pratique pas le Ramadan. C'est un Québécois de souche qui m'a dit, sans doute il croyait me faire plaisir: 'Toé, t'es un Musulman plus civilisé'. Cela se passait vers la fin du dernier Ramadan, en plein jour, dans un resto arabe de Montréal. Après l'avoir invité à ma table, cet homme a eu droit à un petit cours de Ramadan 101 pour apprendre que c'est au mois de Ramadan que le milliard et demi de Musulmans de la terre sont justement les plus civilisés. Le Ramadan est un mois de pardon, de savoir vivre, de partage et un mois où le taux de criminalité dans les pays musulmans est à son plus bas. Sachant que j'allais participer à l'émission Il va y avoir du sport sur le racisme, j'ai donc demandé tout bonnement à mon nouvel ami s'il croyait que le racisme existait au Québec. Il s'est levé brusquement et a disparu de ma vue sans dire un mot!

Au Québec le racisme c'est un racisme made in Québec. C'est un racisme sans racistes! Un racisme qui ne dit pas son nom tellement il est sournois et discret. Pas de place pour un Jean-Marie Lepen au Québec. Rassurant, n'est-ce pas? Mais un racisme sans visage fait-il moins mal et moins de victimes? Je n'en suis pas sûr. Si les institutions juridiques, chartes des droits et compagnies protègent les individus du racisme et découragent son institutionnalisation, le racisme trouve néanmoins sa mutation dans des comportements dont certains frisent carrément le grand art. L'art d'être raciste sans jamais en avoir l'air. Ainsi, les apparences sont sauves, la paix sociale est maintenue et la réputation d'un Québec accueillant et chaleureux continue de faire l'unanimité. Au nom de la paix sociale, je ne devrais donc pas en parler. Mais, parlons-en quand même, du moins de temps en temps, parce que les apparences ne sont pas si sauves que æa et la paix sociale ne supporte pas longtemps les mensonges.

 

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