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Marche des parapluies rougesS'abonner
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Légaliser la prostitution, c'est ouvrir la porte au trafic international des humains
Les auteurs sont membres du Comité d'action contre le trafic humain
interne et international (CATHII)
Texte tiré
du quotidien Le Devoir, vendredi 15 décembre 2006. p.A9
Alors que le gouvernement du Canada signe depuis quelques années des
conventions et des protocoles, par exemple celui de Palerme en 2001, par
lesquels il s'engage à lutter contre l'exploitation sexuelle des femmes,
voici qu'un sous-comité de l'examen des lois sur le racolage vient de
déposer à la Chambre des communes un rapport (non unanime) demandant à
toutes fins utiles de légaliser la prostitution au Canada.
De fait, la prostitution comme telle n'est pas illégale au Canada. Ce
qui est illégal, c'est le proxénétisme, c'est d'exploiter des lieux de
prostitution (bordels, salons de massages érotiques, agences d'escortes,
etc.), de se trouver dans ces lieux, de solliciter une personne pour
faire de la prostitution (prostituées ou clients), de faire le transport
de ces personnes vers un lieu de prostitution et, bien évidemment, toute
espèce d'exploitation sexuelle des personnes de moins de 18 ans.
Le sous-comité est contre l'exploitation sexuelle des
mineures. Après 18 ans, il l'accepterait si la personne qui se prostitue
donne son consentement. Elle sera une travailleuse du sexe, son
proxénète sera un entrepreneur autonome respectable et l'agence, une
entreprise d'affaires.
Pour justifier que de fait, les personnes
prostituées sont consentantes, le sous-comité a entendu plusieurs
témoignages de personnes prostituées allant dans ce sens.
Or de nombreuses études, faites ici comme dans d'autres pays occidentaux, et
d'ailleurs mentionnées dans le rapport lui-même, ont démontré que si
autour de 8 % des personnes prostituées sont consentantes et participent
au lobby de la légalisation, 92 % d'entre elles veulent en sortir et
considèrent qu'elles sont d'une façon ou d'une autre exploitées dans ce
prétendu «métier».
D'abord besoin d'aide
Les membres du sous-comité de même que les organismes les plus favorables à la
légalisation de la prostitution admettent que les femmes entrent dans la
prostitution à l'âge de 14 ans en moyenne. Or, à 18 ans, elles
deviendraient soudainement consentantes? Les recherches nous démontrent
plutôt qu'arrivées à 18 ans, la majorité d'entre elles sont
conditionnées par le milieu, qu'elles ont perdu l'estime d'elles-mêmes,
ne se croient plus bonnes à rien d'autre et continuent ce «métier» en
recourant à la drogue ou l'alcool. La plupart d'entre elles sont venues
à la prostitution parce qu'elles ont été agressées sexuellement dans
l'enfance, parce qu'elles ont été victimes d'inceste, de parents
indignes. Elles ont besoin d'aide, pas qu'on facilite la tâche à leurs
exploiteurs et qu'on continue à les criminaliser.
Or, sous
prétexte de protéger les personnes prostituées du harcèlement policier
et en vue de leur procurer des conditions de travail plus sécuritaires
et plus saines, ce sous-comité, tenant compte que la prostitution est
légale au Canada, propose qu'on en précise les conditions d'exercice,
c'est-à-dire de considérer comme «travailleuses du sexe» celles que les
comptes rendus de leur vie désignent comme victimes d'une exploitation
sexuelle réelle.
On voudrait nous convaincre que tout cela
est en vue du bien-être des femmes exploitées dans la prostitution alors
que les seuls qui en sortiraient gagnants sont des hommes: les clients,
les proxénètes, les tenanciers de bar, de salon, etc. Pendant ce temps,
à Amsterdam, la capitale de la prostitution, on constate que les mesures
d'encadrement ont échoué et les femmes encore plus en danger, et le
trafic humain en plein essor.
Approche néo-abolitionniste
Le groupe CATHII considère que la légalisation de la prostitution, car c'est
de cela qu'il s'agit ici, ouvrirait la porte toute grande à
l'intensification du trafic et de la traite des humains, un fléau
international qui ne fait que commencer à nous envahir et à faire des
victimes. Nous préférons l'approche néo-abolitionniste qui privilégie la
décriminalisation des personnes prostituées et la criminalisation des
utilisateurs, des proxénètes et autres exploiteurs de la prostitution
des autres, approche qui ne va pas sans des mesures de protection des
victimes, de sensibilisation des utilisateurs, de prévention de la
pauvreté, d'éducation des jeunes et de soutien de celles et ceux qui
veulent quitter la prostitution.
CATHI croit qu'un débat de
société est nécessaire sur cette question qui n'est pas d'abord une
question de santé publique, mais fondamentalement une question d'égalité
entre les femmes et les hommes, du respect mutuel de la dignité de
chacun.







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